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L'Histoire Fascinante de la Bague de Naissance Trinity de Cartier

Créée à Paris en 1847, la maison Cartier est devenue, en moins de deux siècles, l'expression même du luxe français en matière de joaillerie et de créations horlogères. Cartier, fort d’une griffe et d’un savoir-faire reconnus, compte parmi les plus grands joailliers au monde. Parmi les centaines de compositions joaillières signées Cartier, l’Histoire a retenu une poignée de modèles devenus iconiques, réédités et modernisés au fil des ans. Cet article explore l'histoire et l'évolution de l'une de ses créations les plus emblématiques : la bague Trinity, un symbole d'élégance, d'amour et d'amitié.

Les Débuts de Cartier : De l'Atelier Montorgueil à la Rue de la Paix

C’est au milieu du XIXe siècle que le maître joaillier Louis-François Cartier donne naissance à la marque, dans un modeste atelier du quartier Montorgueil. Premiers bijoux et pièces d’horlogerie, notamment des montres de gousset. Le fils, Alfred, puis les petits-fils, Louis, Pierre et Jacques, s’associent à l’entreprise, qu’ils développent. Déménagée boulevard des Italiens, la maison inaugure en 1898 son studio de création qui marque l’émergence du style Cartier. L’année suivante, Louis installe l’entreprise familiale au 13, rue de la Paix, haut lieu du luxe et de la mode. La boutique attire rapidement une clientèle de bourgeois et d’aristocrates, conquis par les bijoux d’inspiration néo-classique, le style « Guirlande » (diamant et platine) et les créations perlières.

La maison imagine en 1904 sa première montre-bracelet, baptisée la « Santos », du nom d’un pionnier de l’aviation et ami de Louis Cartier, Alberto Santos-Dumont. Les années 1900 marquent l’ouverture de l’entreprise à l’international : implantation à Londres en 1902 puis à New York en 1909. Apparition en 1914 du motif panthère, transformé par la suite en véritable emblème par la directrice Jeanne Toussaint, surnommée… la Panthère. L’animal fétiche sera décliné jusqu’à aujourd’hui en bracelet, collier, broche et autres parures. Le joaillier métisse ses créations d’influences exotiques, extrême-orientales, russes, égyptiennes et japonisantes, inspirées des voyages des petits-fils à l’étranger.

La Naissance de la Bague Trinity : Une "Idée Mère"

La bague Trinity est née en 1924 dans l’esprit de Louis Cartier. En pleines Années folles, Cartier dévoile une bague « trois anneaux » mêlant l'or jaune, l'or rose et le platine. Louis Cartier, qui dirige alors le studio de création, parle d'une « idée mère ». Une intuition, une nouvelle façon de concevoir la joaillerie.Dès sa fondation en 1847, Cartier crée les bijoux les plus prestigieux du monde et est aimé par la royauté au point que le roi Édouard VII de Grande-Bretagne le surnomme “le joaillier des rois”. Louis Cartier sait pourtant que pour entrer dans la modernité, il doit associer la haute joaillerie à un symbole certes précieux mais plus accessible.

“Il ne s'agissait pas d'une théorie, plutôt une vision”, explique Pierre Rainero, directeur de l’image et du patrimoine chez Cartier International. “L'évolution des formes était son obsession. Nous avons retrouvé un échange de lettres avec la créatrice Jeanne Toussaint dans lequel il parlait de sa propre conception de Trinity et de la façon dont le nouveau bijou serait le point de départ des déclinaisons les plus diverses.”

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Les Origines Mystérieuses et Symboliques

L’identité des parents de la bague Trinity est plus mystérieuse. Pour les uns, elle est d’origine russe. Une version traditionnelle de la bague de mariage dans la Russie des tsars est composée de trois anneaux entrelacés. Pour d’autres, Cocteau serait son inspirateur. De sa rencontre avec Louis Cartier serait né ce bijou unique.

La première mention de la bague composée de trois bandes entrelacées de trois différents métaux (platine, or rose, or jaune) remonte aux années 1924.Soit, 80 ans après la création de la marque.L’idée venait de celui même qui a rendu la marque célèbre « Louis Cartier », fils de Louis-François Cartier.L’histoire raconte que c’était l’artiste et poète français Jean Cocteau qui avait demandé à son collègue Louis Cartier de donner vie au fruit de son imagination portant sur les formes saturniennes.Rencontrant Louis Cartier, il lui définit avec plus de précision ses idées sur la symbolique de ces trois anneaux. Il commanda deux de ces anneaux, un pour lui…, et l'autre pour Raymond Radiguet l'auteur du diable au corps.

Longtemps considérée dans les milieux initiés, comme "la" bague d'amour des homosexuels, que ces derniers portaient à l'instar de Cocteau et de Radiguet à l'auriculaire, son histoire originelle a peu a peu disparue.

L'Assemblage Secret de la Trinity

L’assemblage de Trinity de Cartier, bague composée de trois anneaux entrelacés et mobiles dans trois ors différents, reste un secret bien gardé au sein de la maison. “Trois qui ne font qu'un et un qui fait trois. Il y a du mystère dans la façon dont elle est assemblée et de la magie dans la manière dont chaque personne la porte” relève Pierre Rainero. Bombés à l'extérieur et lisses à l'intérieur, les trois anneaux possèdent une fluidité de mouvement qui leur permet de glisser l'un sur l'autre dans un jeu de superpositions infini.

“C'est l'aspect le plus sensuel de l'anneau. Aux États-Unis, on l'appelle ‘rolling ring’ précisément pour ce mouvement singulier.” Trinity n'est jamais la même, elle ne prend en compte ni le style, ni le genre, ni l'âge de celle ou celui qui la porte. “Louis Cartier a tout de suite vu dans ce modèle un objet unique, mais il était aussi en avance sur son temps : Trinity est l'un des premiers bijoux genderless. On l'a vu au doigt de Grace Kelly et Romy Schneider comme sur celles de Gary Cooper et d’Alain Delon.”

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La Signification des Trois Ors

On interprète à travers l’or jaune, l’or blanc et l’or rouge (rose) la fidélité, l’amitié et l’amour.

L'Ascension de la Bague Trinity : Succès et Adoption par les Célébrités

Dès sa naissance, en 1924, la bague connaît un succès fulgurant. Outre son côté addictif avec ses anneaux qui roulent sur le doigt, elle peut se porter aussi bien dans la journée que le soir, ce qui est très nouveau à une époque où les bijoux s'accordent aux robes changées pour les dîners et les spectacles. Les Américains ne s'y trompent pas. Dès 1925, le Vogue publie la photographie d'une jeune femme aux bras couronnés de deux bracelets « Trinity » vantés pour leur « chic incroyable » (« amazing chic ») - on doit aux Anglo-Saxons le nom de la ligne que Cartier n'adoptera officiellement qu'en 1997. Autre particularité du bijou, il est autant conçu pour les femmes que pour les hommes.

Très rapidement, ce modèle aux trois couleurs à joncs mêlés a été adopté par les hommes et femmes du monde entier.Les personnalités les plus affluentes de ce monde n’ont également pas résisté à cette merveille signée Cartier.Cette bague pourtant si simple a notamment séduit l’excentrique et professionnelle dans l’univers de la décoration intérieure de l’époque : Elsie de Wolfe.Elle aurait été l’une des premières à avoir acheté ce beau bijou.Après Elsie de Wolfe, l’artiste et à la fois poète Jean Cocteau était sensible au côté mystérieux et au style particulier de la bague Trinity.Il se l’est approprié vers le début des années 30 et l’a porté de manière singulière.Au lieu de porter une seule bague, Jean Cocteau en a arboré deux à son auriculaire gauche.

Gary Cooper, la star de la Paramount au faîte de sa gloire, porte la bague sur le tournage de L'Adieu aux armes en 1932. Jean Cocteau l'adopte à son tour - l'idée qu'il en portait deux au petit doigt en souvenir de Raymond Radiguet tient plus de la légende urbaine. En revanche, Cocteau offre bel et bien une « Trinity » à la princesse russe Natalie Paley, la seule femme dont il fut amoureux. Tout auréolée de son Oscar de meilleure actrice, Grace Kelly vient à Cannes en mai 1955 où elle rencontre le prince Rainier de Monaco qu'elle épouse un an plus tard. À son doigt, une « Trinity ». Romy Schneider fait aussi partie des adeptes, tout comme Lady Di qui la porte à l'annulaire, avec sa chevalière.

Si la bague devient rapidement populaire, le bracelet reste d’abord un objet de niche. Le premier de l'histoire est acheté par la décoratrice d'intérieur américaine Elsie de Wolfe, mais c'est l'actrice Kendall Lee qui le rend célèbre lorsqu'elle en superpose deux et les associe à la bague en couverture de Vogue. “Ce fut un moment important pour Cartier”, explique Pierre Rainero. C'était la première fois que le mot Trinity apparaissait dans un magazine et que le titre annonçait : “Les nouveaux bijoux de Cartier”. Ce n'était pas une invention de la maison de dire que l'objet était moderne mais bien la perception que les gens en avaient.Le mérite en revient également à la valeur sémiotique du chiffre trois, qui se retrouve non seulement dans le nom Trinity, mais aussi dans le nombre d'ors utilisés et d'anneaux qui le composent. “C'est devenu un code, un élément du vocabulaire esthétique de Cartier. Il n'en existe pas de preuve écrite dans nos archives mais je trouve une certaine affinité de forme avec les cercles croisés japonais. Aussi, la technique de travail de l'alliage d'or, en différentes gradations, Louis Cartier l'a apprise des orfèvres russes.”

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Trinity à travers les âges et les personnalités

Une vision née dans le Paris euphorique de la Belle Époque des années 1920, avide de progrès. “Ce que j'aime, c'est l'intimité qui s'établit avec Trinity. J'aime l'appeler ‘le lien’ entre l'objet et la personne qui le porte, parce qu'il agit en quelque sorte d'un contenant des valeurs les plus personnelles. Cartier n'a jamais imposé un symbolisme spécifique à la bague, son design ne fait que l'alimenter.”

Par exemple, dans les années 1930, Jean Cocteau avait superposé deux bagues Trinity à l'auriculaire. “Je me souviens que dans les années 1980, les hommes la portaient aussi au pouce. C'était une telle tendance que Cartier a décidé de créer un modèle avec du noir et du blanc pour la mettre encore plus en valeur sur ce doigt. J'aime l'idée d'un bijou qui occupe la mémoire, non seulement visuelle, mais aussi tactile ou même sonore. C'est le cas du bracelet, né quelques mois après la bague. Je me souviens encore d'une dame qui disait quepour elle, c'était une sorte de madeleine de Proust de sa mère ; elle percevait son arrivée par ce tintement singulier.”

L'Évolution de la Trinity : Réinventions et Déclinaisons

Au fil des décennies, la collection accueille diverses déclinaisons de teintes et de matières. Inspirée de l'orfèvrerie russe, la combinaison des trois couleurs demeure, le platine étant remplacée par l'or blanc. Apparu en 1925, le bracelet va jusqu'à sept anneaux en 1967. Dans les années 1970, cette bague fut lancée en série et en trois tailles et est devenue une alliance de mariage, de plus en plus demandée par les couples hétérosexuels. Dans les années 1990, la « Trinity » gagne en volume, jusqu'à exister en format XL en 2004. Anneaux pavés de diamants, céramique noire, taches de panthère en laque ponctuent les propositions.

Victime de son succès, la bague Trinity s’est imposée comme étant le terrain de jeu créatif des joailliers passionnés.Une multitude de modèles a vu le jour pour offrir encore plus d’originalité à l’icône de Cartier.

Au fil des décennies, Trinity a toujours su se réinventer. Notamment en jouant avec les volumes de ses anneaux, en les stylisant pour leur donner un aspect cannelé, facetté ou godronné. Ou encore en les multipliant, allant même jusqu’à en imbriquer dix. Au fil du temps, Cartier assume des portés créatifs et des matières inattendues. Dans les années 2000, Cartier ose la bague et le bracelet XXL - réédités aujourd’hui - et s’amuse avec ses proportions.On se souvient aussi de la collaboration - exercice inédit pour Cartier - réalisée il y a quelques années avec la créatrice japonaise avant-gardiste Chitose Abe. L’éminence créative de la griffe Sacaï l’avait alors revisitée en bague trois doigts, mono boucle d’oreille, collier torque tribal ou bracelet elliptique.

Comment réinventer une telle icône ? Le défi a toujours donné du fil à retordre aux équipes créatives de la maison qui, au fil des ans, ont réinventé Trinity sans jamais en forcer le trait et en partant toujours du principe de trois.

Le Centenaire de Trinity : Une Nouvelle Forme Carrée

Cette année, la bague « Trinity » de Cartier célèbre ses 100 ans d’existence. Pour commémorer le 100e anniversaire de sa légendaire bague Trinity, Cartier nous a d’ailleurs fait part de la version carrée de sa bague, de ses paires de boucles d’oreilles et de son bracelet.Une manière de rendre hommage au style si particulier de ce bijou emblématique de la marque.

En 2022, une rencontre créative avec la créatrice de mode japonaise Chitose Abe donne naissance à une édition limitée où bracelets elliptiques, bagues deux ou trois doigts et ras du cou rivalisent d'épure.

“L’idée même de réinventer Trinity de Cartier, icône par excellence, semblait presque risible, un exploit impossible. Mais le défi nous intriguait. Nous nous sommes lancés sans nous imposer l’obligation de produire un résultat à tout prix. Si un nouveau design piquait notre inspiration, alors nous y souscririons sans modération. Mais si rien ne trouvait d’écho en nous, nous étions d’accord pour ne pas forcer l’affaire », livre Marie-Laure Cérède. La talentueuse créatrice a ainsi poussé l’audace de revisiter ces anneaux mobiles cultes dans une forme… carrée ! Un exercice de style et de distorsion bluffant. La version arborant la forme coussin se manipule avec la même facilité que la version initiale. Chaque anneau glisse l’un au-dessus de l’autre. Un design qui se décline en bagues plus ou moins girondes, tout or ou pavées de diamants, mais aussi en bracelet ou en pendentif.

Cartier ose aussi une version modulaire et ludique qui peut, en un clin d’œil, passer de trois à un seul grand anneau, selon ses envies. Une fois imbriqués les uns aux autres, les trois anneaux se déploient. « La bague Trinity modulaire résulte d’une approche contre-intuitive du design : construction puis déconstruction. Comme dans un casse-tête kumiki, dans lequel chaque pièce de bois s’emboîte parfaitement, nous avons imaginé les anneaux de Trinity imbriqués pour former une structure unique, puis nous les avons rétroconçus pour la déconstruire en trois parties. Une solution qui crée naturellement de multiples façons de porter la même bague, ce qui rend cette version de Trinity si contemporaine et d’autant plus universelle.

“Quand j'ai réfléchi à ce défi, car c'en est un, il y avait évidemment un côté intimidant. C'est un anneau parfait par essence, un produit abouti dans son esthétique et son sens. On se dit que l'on ne va pas forcément y arriver, ce qui représente une liberté donnée par la direction de Cartier. » Dès sa naissance, en 1924, la bague connaît un succès fulgurant. Outre son côté addictif avec ses anneaux qui roulent sur le doigt, elle peut se porter aussi bien dans la journée que le soir, ce qui est très nouveau à une époque où les bijoux s'accordent aux robes changées pour les dîners et les spectacles.

Revisitée pour la première fois, la forme ronde originelle laisse la place à un très élégant carré adouci proposé en trois bagues, anneaux larges, fins ou pavés. « Une fois que l'on a la bague et le volume, c'est le devoir du joaillier de toujours s'améliorer. D'où cette idée d'apporter une touche joaillière en termes de sertissage qui soit de la grande façon sur un modèle qui est plutôt très quotidien. Il fallait être méticuleux sur les questions de courbure et d'angle qui vont définir la capacité à sertir en ayant aussi peu de métal possible. » La même minutie s'applique au nouveau bracelet. « Nous avons retrouvé cette musique, ce qui était pour moi extrêmement important. Nous avons tous une histoire avec 'Trinity', qui est une sorte de madeleine de Proust. En ce qui me concerne, c'est ma mère qui portait ses deux bracelets 'Trinity' et l'entrechoquement des anneaux qui créait cette musique. » Tout aussi réussi, le pendentif s'accroche sur une superbe chaîne gourmette plate. « Ce qui m'intéressait sur cette architecture-là, c'était de se dire que l'on peut la rendre suffisamment malléable pour qu'elle s'adapte à chaque porter. Quand on regarde le pendentif ou le bracelet, c'est la même architecture et le même code stylistique mais ce n'est pas le même volume. On est loin d'une adaptation immédiate d'un motif sous toutes ses formes de porter, en prenant ledit motif et en le collant sur un pendentif ou un bracelet. Cela va au-delà du fait de prendre un motif et le mettre au bout d'une chaîne. D'ailleurs, ce pendentif a énormément de succès. Je pense que les gens sentent cette ergonomie et ce confort.

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