Mademba Sock, figure emblématique du syndicalisme sénégalais, a marqué son époque par son audace, sa détermination et son éloquence. Son parcours, tant professionnel que syndical, témoigne d'un engagement sans faille au service des travailleurs et de la nation sénégalaise. Cet article retrace sa vie, de son enfance à Louga à ses responsabilités nationales, en mettant en lumière son impact sur le paysage syndical et politique du Sénégal.
Jeunesse et Formation : Les Racines d'un Leader
Mademba Sock est né le 16 août 1951 à Louga, fils aîné d'Elhadj Momar Sock et de Thilal Diop, tous deux originaires de cette ville. Son père, agent de la Senelec (Société Nationale d'Électricité du Sénégal), fit venir sa mère à Dakar, quartier Kaye Findiw, quelques mois après sa naissance. Vers 1959, la famille s'installe à la Sicap Liberté 3, où Mademba grandit.
Son parcours scolaire est marqué par une certaine turbulence, liée à son tempérament bouillant. Il fréquente plusieurs établissements : l'école Faidherbe, l'école Baobab 1, le lycée Blaise Diagne, le collège Saint Michel, le collège Sacré-Cœur et le lycée Faidherbe de Saint-Louis. Il obtient finalement son baccalauréat en candidat libre et s'inscrit à la faculté de Droit à l'université de Dakar.
Parallèlement à ses études, Mademba Sock est un grand footballeur dans les années 1960. Cependant, une fracture de la jambe l'oblige à quitter définitivement le terrain, sur l'insistance de son père.
Carrière Professionnelle à la Senelec : Un Engagement de 50 Ans
En 1975, avant la fin de ses études universitaires, Mademba Sock est recruté à la Senelec au service des salaires. Il y effectue toute sa carrière professionnelle, tout en suivant une formation continue en comptabilité. Il gravit les échelons, devenant chef de service avant d'être licencié en 1998, avec 25 de ses camarades, lors de la grande grève du Sutelec (Syndicat Unique des Travailleurs de l'Électricité du Sénégal).
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Ce parcours professionnel de 50 ans est marqué par un engagement constant au service de la Senelec et de ses travailleurs.
Syndicaliste Audacieux : La Naissance d'un Leader Incontournable
Mademba Sock s'engage très tôt dans le syndicalisme. Dans un contexte où la plupart des organisations syndicales sont affiliées à la CNTS (Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal), centrale syndicale unique intégrée au parti unique, il se distingue par son esprit contestataire et sa volonté d'indépendance.
Lors d'une assemblée générale des travailleurs de la Senelec, il remet publiquement la plateforme revendicative au leader syndical de Dakar, Madia Diop. C'est le début de son ascension. Il quitte le Syntes (Syndicat National des Travailleurs de l'Électricité du Sénégal), jugé peu combatif, et crée avec la majorité des travailleurs un nouveau syndicat autonome, le Sutelec, dont il prend la tête en 1987.
Sous sa direction, le Sutelec devient un acteur incontournable de la scène syndicale sénégalaise, capable d'imposer ses revendications et de garantir la fourniture normale d'électricité au Sénégal.
Création de l'UNSAS : Vers une Centrale Syndicale Autonome
L'exemple du Sudes (Syndicat Unique et Démocratique des Enseignants du Sénégal) et la création d'autres syndicats autonomes inspirent Mademba Sock et ses camarades. Ils créent la Coordination des Syndicats Autonomes (CSA) pour faire face à la CNTS.
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Des divergences profondes surgissent quant aux rapports avec la CNTS. Finalement, le Sutelec, l'UDEN (Union Démocratique des Enseignants), le SUTSAS (Syndicat Unique des Travailleurs de la Santé et de l'Action Sociale), le SNPT (Syndicat National des Postes et Télécommunications) et le SAES (Syndicat Autonome de l'Enseignement Supérieur) optent pour la création d'une centrale autonome alternative à la CNTS : l'Union des Syndicats Autonomes du Sénégal (UNSAS), créée le 1er mai 1991.
Mamadou Ndoye, ancien secrétaire général du Sudes, propose Mademba Sock comme secrétaire général de l'UNSAS. Il est élu à l'unanimité.
Actions Syndicales et Défense des Travailleurs : Les Marques d'un Leader
Plusieurs événements témoignent du courage, de la détermination et de la personnalité du syndicaliste Mademba Sock :
- Le refus d'une promotion après la création du Sutelec : Le Directeur général de la Senelec lui propose le poste de chef du recouvrement, mais Mademba Sock refuse pour éviter d'être accusé de profiter de sa position syndicale. Il accepte finalement sur l'insistance du Président Abdou Diouf.
- La coupure de courant du 31 décembre : Face à l'ampleur des arriérés de factures de l'État, il décide de couper le courant dans toutes les régions, y compris l'université de Dakar. Cette action audacieuse permet à la Senelec d'encaisser 13 milliards de francs CFA.
- La lutte contre les mesures d'austérité : Il mène la lutte contre l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) et la taxe complémentaire de 5%, ainsi que contre la dévaluation du franc CFA en 1994.
Opposition à la Privatisation de la Senelec : Un Combat Acharné
Mademba Sock s'oppose farouchement à la privatisation de la Senelec, demandée par les bailleurs de fonds. La signature du protocole d'accord de 1997, non respecté par le gouvernement, provoque la démission du ministre de l'économie et des finances, Pape Ousmane Sakho.
La décision de privatiser le commercial uniquement avec Elyo Hydro Québec entraîne une grève générale et active du Sutelec en 1998, accompagnée de coupures de courant et de pannes des centrales de Kahone et Kolda. Mademba Sock est arrêté, jugé et condamné à 6 mois de prison ferme. Il est libéré en 1999 mais licencié avec 25 de ses camarades.
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Candidature à l'Élection Présidentielle de 2000 : Un Engagement Politique
En 2000, Mademba Sock se présente à l'élection présidentielle. Il obtient 1% des voix au premier tour. Malgré ce score modeste, Maître Abdoulaye Wade, arrivé en tête, lui rend visite pour solliciter son soutien au second tour. Mademba Sock pose comme condition la réintégration de ses 25 camarades licenciés.
Après sa victoire, Abdoulaye Wade tient parole : les 25 sont réintégrés à la Senelec et remboursés de leurs arriérés de salaire. Mademba Sock est nommé Président du Conseil d'Administration (PCA) de l'Agence sénégalaise des énergies renouvelables (ASER).
Responsabilités Nationales et Engagement Continu : Un Homme d'État
Tout en restant secrétaire général de l'UNSAS, Mademba Sock occupe plusieurs responsabilités nationales :
- Président de l'IPRES (Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal)
- Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE)
- Président de la commission santé et affaires sociales du CESE
- Président de la caisse de sécurité sociale
- Coordonnateur de la convergence des syndicats des travailleurs de Senelec (CSTS)
Après 31 ans à la tête du Sutelec, il quitte définitivement ce poste en 2018. Il avait annoncé son départ de la direction de l'UNSAS au prochain congrès.
Disparition et Héritage : Un Monument du Syndicalisme
Mademba Sock décède à Paris le 15 juin 2024. Son enterrement à Dakar est marqué par une forte mobilisation populaire.
Fils aîné, il a assumé de grandes responsabilités sociales, notamment après la disparition de son père en 2007. Il était connu pour sa rigueur, sa générosité et son engagement constant.
Son décès est une perte immense pour le syndicalisme sénégalais et pour le pays tout entier. Il laisse derrière lui un héritage de lutte, d'engagement et de défense des droits des travailleurs.
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