À la fin de l'année 1944, un nouveau titre émerge dans le paysage médiatique régional : Midi Libre. Comment ce journal montpelliérain a-t-il réussi à s'imposer comme le principal quotidien régional, supplantant ainsi d'autres publications aujourd'hui disparues ? Quelles dynamiques politiques et ambitions professionnelles ont façonné cette ascension ? Cet article explore les circonstances de la naissance de Midi Libre, en s'appuyant sur une étude réalisée en 1988 par Pierre Mazier, historien et ancien collaborateur du journal. Cette étude, bien que non publiée à l'époque, offre un récit vivant et détaillé des premières années du quotidien, grâce à l'accès aux archives et à la collaboration du personnel de Midi Libre, en activité ou retraité dans les années 1980.
Le Contexte Historique : Rivalités et Disparitions
Durant la Troisième République, les habitants de Montpellier et de l'Hérault avaient le choix entre deux quotidiens concurrents : Le Petit Méridional et L’Éclair. Le Petit Méridional incarnait les courants républicains et radical-socialistes favorables à un progrès social modéré. L’Éclair, quant à lui, était l'organe des milieux conservateurs, notamment royalistes, très présents dans la région. Ces deux journaux avaient étendu leur influence sur une dizaine de départements, atteignant même l'Ariège, le Tarn ou la Haute-Provence.
La période de l'Occupation, marquée par la censure et l'adhésion au régime de Vichy, a conduit les deux journaux à adopter des positions similaires, entraînant leur déclin. Leur disparition à la Libération a ouvert la voie à de nouveaux titres, à la fois en rupture et en continuité avec le passé. C'est sur la base logistique de L’Éclair que s'est construit Midi Libre, dont la première parution date du 27 août 1944.
L'Équipe Fondatrice : Un Alliage de Compétences et d'Amitié
La fondation de Midi Libre est le fruit d'un travail d'équipe. Une équipe solide, aux compétences complémentaires, qui s'est rapidement transformée en un groupe d'amis. Parmi les figures clés de cette aventure humaine et professionnelle, on retrouve Jacques Bellon (Armand Labin), et Maurice Bujon.
Jacques Bellon (Armand Labin) : L'Homme d'Expérience
Armand Labin, né à Bucarest le 20 janvier 1906, était un journaliste chevronné. Son père, Saniel Labin, dirigeait à Bucarest deux journaux libéraux et francophiles et était le président fondateur de la Ligue des droits de l'homme. Contraint à l'exil en raison de ses convictions, le jeune Armand a étudié en France, obtenant des certificats d'histoire et de philosophie à la Sorbonne.
Lire aussi: Poussette Hauck Rapid 4 à l'épreuve
En 1927, il embrasse la carrière de journaliste. Après un passage au service militaire en Roumanie, il collabore avec divers titres, dont Le Petit Parisien, l’Agence Fournier et l’hebdomadaire Paris-Balkan. Son engagement contre le nazisme le pousse à quitter Paris en 1940. Il s’engage alors dans la Résistance à Lyon, où il prend le nom de Jacques Bellon. En août 1944, à 38 ans, Bellon met son expérience et son énergie au service de la création de Midi Libre.
Maurice Bujon : L'Enracinement Régional et l'Engagement Résistant
Maurice Bujon, né à Narbonne, est un pur produit de la région. Après des études brillantes, il devient journaliste au Petit Méridional. Mobilisé en 1939, il entre dans la Résistance, où il prend le nom de guerre de Bucard. Traqué par la Gestapo, il rejoint un maquis avant d'être appelé, à la Libération, à prendre le poste de rédacteur en chef de Midi Libre. Son engagement républicain le conduit à témoigner en faveur de son ancien directeur du Petit Méridional, Georges Soustelle, accusé de collaboration.
Albert Marsal
Albert Marsal a vu le jour le 5 février 1910 au sein d’une vieille famille montpelliéraine, où le culte de la tradition s’allie à une grande sensibilité artistique transmise de génération en génération. Son grand-père, Édouard Marsal, artiste peintre et majoral du Félibrige, a donné son nom à une rue de Montpellier. Son père, Louis Marsal, entré au Journal L’Éclair en 1903, y a poursuivi pendant cinquante ans une carrière de rédacteur. Lui-même, attiré à son tour par le dessin, a été élève aux Beaux-Arts avant son service militaire. Mobilisé en 1939, le sergent Marsal est fait prisonnier en juin 1940 dans la Somme, et emmené en Allemagne. En juillet 1941, il s’évade une première fois de l’Oflag VI-D à Munster (Westphalie). Il est repris quatre jours auprès en Hollande et, ramené au camp, subit les traditionnelles représailles. Cela ne l’empêche pas de récidiver le 19 août 1942. Après un périple de 16 jours à travers l’Allemagne, la Belgique, la Hollande et la France occupée, il arrive enfin à Bourg-en-Bresse où il est démobilisé. Il reprend son service à L’Éclair mais ce n’est pas, sa journée accomplie, pour rester dans ses pantoufles. Dès le mois de novembre 1942, il entre au réseau de résistance NAP à Montpellier. De mai 1943 à mai 1944, il est agent de liaison du chef départemental des MUR et accomplit, sous le nom de guerre de Marceau un certain nombre de missions aussi dangereuses les unes que les autres mais qui le mettent en contact avec quelques grands noms de la résistance, tels que le chef régional des MUR, de Chambrun. Ce n’est pas tout : de novembre 1943 à la Libération, il est responsable du service des faux papiers de Montpellier.
Les Premières Années : Entre Défis et Ambitions
La naissance de Midi Libre s'inscrit dans un contexte de reconstruction et d'épuration. Le journal doit s'imposer face à la concurrence, tout en reflétant les aspirations d'une région en pleine mutation. L'équipe fondatrice, forte de ses convictions et de son expérience, s'attelle à la tâche avec détermination. Midi Libre ambitionne de devenir la voix du Midi, un journal proche de ses lecteurs, ancré dans la réalité locale, mais ouvert sur le monde.
Lire aussi: Avis et avantages de Babybiane Nourrisson pour les nourrissons
Lire aussi: Disneyland Paris avec une poussette : notre expérience
tags: #avis #de #naissance #midi #libre #sete