L'assistance médicale à la procréation (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) suscitent de vifs débats éthiques, notamment au sein de l'Église catholique. Cet article explore la position de l'Église sur ces questions, en tenant compte des évolutions sociétales et des enjeux liés à la dignité humaine et à la filiation.
La position de l'Église catholique sur la PMA et la GPA
L'Église catholique fonde sa position sur deux piliers éthiques fondamentaux : la dignité de l'embryon, considéré comme une personne dès sa conception, et la dignité de la procréation, qui doit se dérouler dans le cadre du mariage et de l'acte conjugal, compris comme un don mutuel des époux.
Opposition à la PMA hétérologue et à la FIV
En conséquence, l'Église catholique s'oppose à l'insémination artificielle avec donneur (IAD) et à toutes les formes de fécondation in vitro (FIV), même homologues (c'est-à-dire sans tiers donneur). Cette opposition repose sur plusieurs arguments :
- Atteintes à l'embryon : La FIV implique souvent le diagnostic préimplantatoire (DPI) et la destruction d'embryons non implantés, ce qui est considéré comme une atteinte à la dignité de l'embryon.
- Dissociation de l'acte conjugal et de la fécondation : La PMA dissocie l'acte sexuel de la procréation, qui devrait être le "fruit de la donation sexuelle des époux". En substituant un acte technique à l'étreinte des corps, on pervertit la relation à l'enfant : celui-ci n'est plus un don mais un dû.
- Dissociation de la parenté : L'IAD et la FIV avec tiers donneur divisent la parenté en différentes "parentalités" (biologique, gestationnelle, affective, éducative, civile, etc.), ce qui lèse les droits de l'enfant et peut faire obstacle à la maturation de son identité personnelle.
Rejet de la GPA
L'Église catholique rejette également la gestation pour autrui (GPA), considérant qu'elle est contraire à l'unité du mariage et à la dignité de la procréation de la personne humaine. La GPA représente un manquement objectif aux obligations de l'amour maternel, de la fidélité conjugale et de la maternité responsable. Elle offense la dignité de l'enfant et son droit à être conçu, porté, mis au monde et éduqué par ses propres parents. Elle instaure, au détriment des familles, une division entre les éléments physiques, psychiques et moraux qui les constituent. Certains évêques la comparent même à une forme de traite d'êtres humains, mettant en cause "l'emprise sur le corps de la mère porteuse", voire son "aliénation".
Évolution des débats bioéthiques et positionnement de l'Église
Les débats sur la PMA et la GPA ont évolué au fil des ans, notamment avec l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules en France. Cette évolution a conduit l'Église catholique à réaffirmer ses positions, tout en reconnaissant les transformations de la famille et les aspirations des personnes concernées.
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Le magistère catholique face aux évolutions sociétales
Le magistère catholique cherche à montrer que ses prescriptions en matière familiale ne se fondent pas uniquement sur la foi, mais sur une juste compréhension des mécanismes de la nature. Les normes procréatives catholiques, édictées au sein de plusieurs encycliques, sont désormais retraduites dans un argumentaire séculier. Cependant, il existe un décalage entre le magistère et les pratiquants sur ces questions.
La mobilisation catholique et ses enjeux
La mobilisation catholique contre l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules s'inscrit dans le prolongement de la lutte contre le "mariage pour tous". Cette mobilisation révèle des conceptions de la parenté qui opposent un modèle traditionnel à un modèle contemporain, à savoir celui du pluralisme familial. Toutefois, le magistère a pris ses distances par rapport à certaines associations, et les scandales d'abus sexuels ont fragilisé la crédibilité de l'institution catholique.
L'importance du débat et du respect de la dignité humaine
Malgré les divergences de points de vue, il est essentiel de maintenir un débat serein et respectueux sur ces questions éthiques. L'enjeu principal est de sauvegarder la dignité de l'enfant et de garantir son droit à une filiation claire et stable. Il est également important de prendre en compte la souffrance des personnes confrontées à l'infertilité, tout en veillant à ne pas instrumentaliser le corps humain ou à marchandiser la procréation.
Les fondements anthropologiques de la position catholique
Pour le père Laurent Stalla-Bourdillon, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) semble avoir perdu « tout contact avec la réalité de l'éthique ». L'énoncé de l'avis suffit à attester que le comité d'éthique a perdu tout contact avec la réalité de l'éthique. En effet, il s'agit d'une simple appréciation de la recevabilité de la souffrance induite par une impossibilité naturelle de concevoir. Le pathos domine l'éthos et bâillonne le logos. Autrement dit, la chape émotive dicte le droit et enterre la raison. L'éthique est la réponse à la découverte d'un ordre qui ne dépend pas d'elle. Les personnes homosexuelles ou célibataires, selon ce statut, sont privées de la possibilité de concevoir un enfant, à moins d'une relation hétérosexuelle féconde. Le seul bon sens le comprend. Ce n'est pas une injustice, c'est le fait d'un ordre des choses. Il apparaît aujourd'hui que cet ordre contrevient gravement à la mentalité contemporaine en quête de puissance sur le vivant. Qu'à cela ne tienne, la technique de procréation rend possible la venue d'un enfant en dehors de toutes considérations pour les droits fondamentaux de l'enfant.
La PMA change profondément le cadre et les conditions naturelles de la procréation humaine qui doit manifester le don total et fidèle des époux. La sexualité conjugale offre le berceau anthropologique adéquat à la conception éventuelle d'un enfant mais la PMA change profondément ce cadre et ces conditions naturelles.
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La sexualité humaine exprime au sein du mariage le don total et fidèle des époux et c'est pourquoi la procréation d'une personne humaine doit être fruit de l'acte conjugal spécifique de l'amour des époux. « L'acte par lequel les parents mettent en œuvre les conditions pour qu'une nouvelle personne existe est le seul et même acte par lequel les conjoints témoignent réciproquement de leur amour et de leur don » (Dionigi Tettamanzi, Donner la vie : à quel prix ?), observe avec pertinence le cardinal Tettamanzi. L'assistance médicale à la procréation homologue, c'est-à-dire au sein du couple demandeur, contourne l'obstacle de la stérilité en mettant en jeu des techniques de substitution aux relations conjugales (insémination artificielle et fécondation in vitro avec transfert d'embryon). Elle exclut le langage des corps et l'union affective et spirituelle des époux. La procréation est amputée, non pas des mécanismes reproductifs, lesquels sont récupérés par la technique, mais de la communion interpersonnelle conjugale et de son expression corporelle (Olivier Bonnewijn, Éthique sexuelle et familiale, Édition de l'Emmanuel, Paris, 2006, pp. La relation conjugale est dissociée de la procréation et déclassée à un fait simplement reproductif. L'une des preuves de l'instrumentalisation de la sexualité humaine est le recours quasi systématique à la masturbation de l'homme sommé de fournir les spermatozoïdes nécessaires aux opérations techniques suivantes. « La masturbation, par laquelle on se procure habituellement le sperme, est un signe de cette dissociation ; même quand il est posé en vue de la procréation, le geste demeure privé de sa signification unitive : il lui manque la relation sexuelle requise par l'ordre moral, celle qui réalise, dans un contexte d'amour vrai, le sens intégral du don mutuel et de la procréation humaine (DV, II, 6). Le véritable protagoniste de la procédure devient alors le technicien qui insémine artificiellement la femme ou qui transfère l'embryon fabriqué dans son utérus dans le cadre d'une fécondation in vitro.
Pour sauvegarder la signification authentique de la procréation humaine, l'Église a été conduite à énoncer de nouveaux droits qui reposent sur la loi morale naturelle : « le droit des conjoints à devenir père et mère uniquement l'un à travers l'autre » (Dignitas personae, 12) et « le droit de l'enfant d'être le fruit de l'acte spécifique de l'amour conjugal de ses parents » (Donum vitae, II, 8). Ces affirmations ne remettent pas en cause la bonté morale de l'adoption, de même, que le fait que les enfants nés de PMA sont infiniment dignes de respect et d'amour comme n'importe quel enfant, faut-il le rappeler ? Le langage existentiel des couples rend ainsi témoignage au délicat discernement opéré depuis plus de vingt ans par le Magistère sur cette question complexe. Aujourd'hui, les considérations morales, anthropologiques et psychologiques étayent en profondeur la réflexion menée par le Magistère sur ce sujet. La procréation humaine ne peut être appréhendée comme une vulgaire mécanique reproductive sans vie ni amour. C'est pourquoi le Magistère en est venu à énoncer deux droits inédits pour protéger la signification profonde de la procréation humaine : « le droit des conjoints à devenir père et mère uniquement l'un à travers l'autre » (DP, 12) et « le droit de l'enfant d'être le fruit de l'acte spécifique de l'amour conjugal de ses parents » (DV, II, 8). Ce qui montre a posteriori que les critères d'une procréation responsable s'appuient sur la recta ratio (la « raison droite ») et sont inhérents à la structure même de la sexualité conjugale.
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