L’accident vasculaire cérébral (AVC), également appelé "attaque cérébrale", est une complication grave d’une maladie vasculaire affectant le cerveau. Bien que souvent associé aux adultes, l’AVC peut également toucher les enfants, y compris les nourrissons. Cet article vise à informer sur les causes, les symptômes et les conséquences de l’AVC chez le nourrisson.
Qu'est-ce qu'un AVC ?
Dans le cas d'un AVC, la circulation sanguine vers le cerveau est interrompue. Il existe deux types principaux d'AVC :
- AVC ischémique (80% des cas) : Une artère cérébrale est obstruée, empêchant le sang d'atteindre une partie du cerveau.
- AVC hémorragique (20% des cas) : Une artère cérébrale se rompt, provoquant un saignement dans le cerveau.
Quand le cerveau ou une partie du cerveau n'est plus irrigué, il ne reçoit pas son apport de sang, qui transporte entre autres l'oxygène et des substances nutritives vitales. Les cellules cérébrales vont alors mourir, ce qui provoque une perte des fonctions cérébrales.
L'AVC chez l'enfant : une réalité méconnue
Bien que moins fréquent que chez les adultes, l'AVC infantile est une condition grave qui peut entraîner des séquelles importantes. Chaque année, entre 500 et 1000 enfants en sont victimes. Malheureusement, 70% des enfants touchés gardent des séquelles (motrices, épileptiques, cognitives…). Il est donc essentiel de reconnaître les signes avant-coureurs et d'agir rapidement.
À l’occasion de la journée mondiale de l’AVC, il est important d’évoquer un AVC méconnu, celui de l’enfant. Peu savent en effet que les accidents vasculaires cérébraux ne touchent pas uniquement les adultes et qu’ils peuvent frapper sans prévenir des enfants.
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Causes de l'AVC chez le nourrisson
Chez l'enfant, seuls 20% des cas ont une cause connue. La plupart du temps, il n’y a pas de cause identifiée. Lorsqu’il y en a une, il s’agit de malformations vasculaires, de maladies comme la maladie de moyamoya, les vascularites cérébrales ou encore la drépanocytose.
Les causes de l'AVC chez le nourrisson peuvent varier en fonction de l'âge de l'enfant :
- Période périnatale (AVC fœtal et néonatal): L'AVC fœtal survient lors du 3e trimestre de grossesse, et l'AVC néonatal, de la naissance jusqu'au 28e jour après la naissance. Chez le nouveau-né, la moitié des causes de l'AVC restent inconnues. On pense que c'est dû à un problème de circulation foeto-placentaire (formation de caillots ou problème de débit qui ne permet plus au cordon ombilical et au placenta d'alimenter le foetus), mais on n'en est pas certain. Dans certains cas, l'AVC peut être la conséquence d'une cardiopathie congénitale ou d'une infection, de problèmes liés au placenta, d'un trouble de coagulation sanguine ou d'une intense déshydratation. Au cours de l’accouchement, le nouveau-né peut être victime d’accidents vasculaires responsables d’un arrêt de la circulation sanguine et d’un manque d’oxygénation du cerveau.
- Après 28 jours et chez les enfants: L'attaque cérébrale peut être due à une anomalie congénitale, des problèmes cardiaques, des troubles des vaisseaux sanguins, une infection, à une maladie du sang comme la leucémie ou la drépanocytose, un traumatisme crânien…
Symptômes de l'AVC chez le nourrisson
Selon un sondage, près de 8 Français sur 10 avouent ne pas reconnaître les symptômes de l'AVC chez un nourrisson ou un enfant. Il est donc crucial de connaître les signes d'alerte. Bien souvent, les symptômes de l’AVC chez l’enfant sont les mêmes que chez l’adulte.
Les symptômes d'un AVC chez le nourrisson peuvent être subtils et difficiles à reconnaître. Il est important d'être attentif à tout changement soudain dans le comportement ou les capacités de l'enfant.
► lors du stade périnatal : "Les seuls signes d'un AVC périnatal sont l'apparition de troubles convulsifs (révulsion oculaire, accès brutal de pâleur, mouvements répétitifs (face, succion, yeux… comme une succession rapide de grimaces, de clignements de paupières…), fixité du regard, apnées respiratoires…). Plus le bébé est petit, plus une agression du cerveau peut le faire convulser", explique la neuro-pédiatre.
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"Le bébé peut ne pas du tout convulser et dans ce cas, l'AVC du nouveau-né passe totalement inaperçu. Ce n'est qu'au bout de quelques mois lorsque sa motricité va s'affiner (4-6 mois, mais ça peut être plus tard) que les médecins peuvent remarquer une faiblesse d'un côté du corps, une utilisation systématique d'une seule main, des orteils recroquevillés d'un seul côté ou un des deux poing trop souvent fermé. Et c'est plutôt fréquent."
L'apparition très soudaine de certains symptômes (hors traumatisme de type chute ou blessure) comme des paroles inappropriées, l'incapacité de parler, des problèmes de vision (vision trouble, cécité), l'engourdissement, l'incapacité de bouger un côté du corps, des maux de tête très intenses, des troubles convulsifs ou une modification de la vivacité peut être considérée comme des signes d'alerte d'un d'AVC. Ces symptômes s'accentuent en quelques minutes. Ils peuvent parfois survenir pendant le sommeil et peuvent être très marqués au réveil de l'enfant.
Dans 90% des cas chez l’enfant, ce symptôme est un déficit moteur hémicorporel ± troubles du langage de survenue brutale. Ce déficit peut régresser en quelques minutes puis récidiver dans les heures ou jours qui suivent. Une telle présentation fluctuante est très évocatrice d’artériopathie cérébrale, constitutionnelle (drépanocytose, moyamoya) ou post-infectieuse. De même, le clinicien doit être particulièrement alerté par les atteintes transitoires et migrantes des paires crâniennes ± associées à une dysmétrie, une ataxie ou des vertiges. Ces signes sont caractéristiques d’un AVC de la fosse postérieure dont l’évolution peut être rapidement dramatique. L’accident est parfois accompagné d’une crise d’épilepsie. Lorsque le déficit précède la crise, la présentation clinique est alors très suggestive d’AVC.
Autres signes possibles :
- Ataxie avec syndrome cérébelleux symétrique
- Vertiges
- Diplopie ou paralysie durable des nerfs crâniens lorsqu’ils surviennent de manière isolée (leur association ou leur caractère fluctuant est par contre très suggestive)
Que faire en cas de suspicion d'AVC ?
Au moindre doute, n'attendez pas que ces symptômes persistent et réagissez immédiatement. Appelez le 15 (le SAMU). "Le médecin régulateur du SAMU organisera le transfert dans une Unité neurovasculaire, si la suspicion d'AVC est confirmée", précise la Fondation de la Recherche sur les AVC.
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Cette prise en charge initiale consiste en un diagnostic précis par des actes d’imagerie médicale de manière à confirmer le diagnostic et à localiser la ou les lésions et leur étendue. Souvent, une intervention pourra être réalisée très rapidement en neuro-radiologie interventionnelle de manière soit à déloger le caillot soit à « réparer » le vaisseau qui provoque l’hémorragie. Des médicaments pourront également être administrés.
Séquelles possibles de l'AVC chez l'enfant
L’AVC peut causer diverses séquelles chez l’enfant. Lesquelles séquelles peuvent apparaître immédiatement après l’accident ou dans les mois ou les années qui suivent. En effet, l’enfant est par définition en pleine croissance et en plein développement cognitif et motrice. Dès lors qu’il n’a pas acquis toutes les compétences qu’il est supposé acquérir une fois adulte, il est impossible d’évaluer l’ensemble des séquelles dont il risque de souffrir.
- Hémiparésie: il s'agit d'une faiblesse d’un côté du corps, habituellement le côté opposé à celui où l'AVC est survenu. Si l’enfant a subi un AVC affectant le côté gauche du cerveau, il peut être paralysé ou affaibli du côté droit du corps. Et inversement. Comme le côté gauche du cerveau contrôle la lecture, la parole, la pensée, les fonctions mathématiques, ces habiletés pourraient être affectées. Le côté droit quant à lui dirige des habiletés comme la mémoire, ou encore boutonner une chemise, faire ses lacets…
- Troubles cognitifs ou de comportement: Les séquelles physiques peuvent être apparentes chez l'enfant immédiatement. En revanche, certains troubles cognitifs ou de comportement peuvent apparaitre bien après.
Il est important de noter que bien souvent, les enfants récupèrent plus vite que les adultes étant donné que leur cerveau est encore en pleine croissance. Cependant, après un AVC, vous comme votre enfant pouvez vous sentir effrayés ou dépassés par certaines réactions. C'est tout à fait normal.
Plus de la moitié des nouveau-nés faisant un infarctus cérébral (ou AVC ischémique) présente des crises épileptiques pendant la phase initiale. La taille de tissu cérébral atteint semble être un facteur de pronostic. Après cet épisode, il existe des séquelles irréversibles sur le cerveau en développement.
Chez Soline, un AVC périnatal a provoqué une paralysie cérébrale, avec hémiparésie du côté gauche et risque épileptique.
Prise en charge et rééducation
Il n'y pas de traitement standard de l'AVC chez les enfants, tout dépend de la cause, la localisation exacte de l'AVC et les séquelles qu'il a laissées. Le plus souvent, l'enfant devra récupérer ses facultés motrices et intellectuelles via une rééducation psychomotrice (à l’hôpital, puis auprès de spécialistes libéraux tels que des kinésithérapeutes, des orthophonistes ou des ergothérapeutes…), plus ou moins importante et plus ou moins longue en fonction du type d'AVC et du diagnostic qui a été posé. Les traitements médicamenteux (médicament thrombolytique) restent très rares chez l'enfant pour soigner les séquelles d'un AVC. "Parce que d'une part, nous avons rarement les autorisations de l'administration de ce médicament chez les moins de 18 ans et d'autre part, ce médicament doit être administré dans les 4h30 qui suivent le début de l'AVC. Or, la plupart des enfants arrivent aux urgences après ce délai.
La prise en charge de l'AVC périnatal est adaptée à ses causes mais elles peuvent être multifactorielles, comme une naissance prématurée ou un cordon enroulé autour du cou. Bonne nouvelle, toutefois, plus le repérage est précoce plus les chances de limiter les séquelles sont grandes mais cela suppose une rééducation pluridisciplinaire (kinésithérapie et orthophonie, notamment). En effet, « le cerveau du nouveau-né a des capacités d'adaptation souvent plus importantes que celui de l'adulte », avec la création « de nouvelles connexions nerveuses », rappelle la Fondation. Agir tôt, c'est la promesse, selon son président, Alain Chatelin, de faire bénéficier au bébé de « traitements individualisés plus efficaces permettant de réduire les déficits ».
Recherche et soutien
L’équipe de Christiane Charriaut-Marlangue, du laboratoire « Neuroprotection du cerveau en développement » (Inserm U1141 - Hôpital Robert Debré), a mis au point un modèle expérimental mimant l’AVC du nouveau-né chez le rongeur. Leurs récents travaux ont permis de montrer qu’il existait également des crises épileptiques chez ces modèles. Ces chercheurs tentent donc de répondre à deux questions : Les crises épileptiques au moment de l’AVC augmentent-elles la taille de la lésion cérébrale ?
Le projet de recherche « Ensemble », porté par la Fondation, s'inscrit dans cet objectif. Quinze centres européens ont mis en commun leur expertise, avec une enveloppe budgétaire d'1,5 million d'euros sur cinq ans.
Face aux difficultés de prise en charge de leur fille, les parents de Soline ont décidé de créer, en 2023, l'association « Avec Soline contre les paralysies cérébrales » pour « sensibiliser » et « récolter des fonds pour financer des thérapies et des chirurgies ». Quant aux parents de Soline, ils ont conçu un livre, Tous avec Yujie, qui doit « permettre aux parents et aidants d'aborder le sujet avec les enfants ».
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