L'équilibre entre la vie politique et la maternité est un défi complexe, souvent semé d'embûches et de préjugés. Le documentaire "Au pouvoir et enceintes" met en lumière les expériences de cinq femmes politiques françaises de différents horizons : Aurore Bergé, Sarah El Haïry, Olivia Grégoire, Marlène Schiappa et Mathilde Hignet. Leurs témoignages poignants révèlent les difficultés rencontrées, les compromis nécessaires et les combats menés pour concilier leur rôle de mère et leur engagement politique.
Préjugés et Jugements : Un Parcours Semé d'Embûches
Les femmes politiques qui choisissent de devenir mères sont souvent confrontées à des préjugés tenaces et à des jugements sévères. Olivia Grégoire, par exemple, s'est vu dire par un médecin après plusieurs fausses couches qu'elle devait choisir entre être ministre et être mère. Cette phrase, profondément blessante, illustre la pression sociale exercée sur les femmes pour qu'elles fassent un choix entre leur carrière et leur vie personnelle.
Aurore Bergé, ministre déléguée à l'Égalité entre les femmes et les hommes, a même choisi de cacher sa grossesse lors de la campagne des élections législatives de 2022, craignant que cela ne la désavantage dans sa course à la tête des députés macronistes. Elle évoque le "risque d'une petite mort sociale et d'une petite mort professionnelle" pour les femmes enceintes en politique, soulignant ainsi les obstacles systémiques auxquels elles sont confrontées.
Sarah El Haïry, devenue Haut commissaire à l’Enfance, a rendu public son recours à la PMA pour devenir mère avec sa compagne. Elle a subi des messages haineux, avant de recevoir des remerciements pour ce coming-out.
L'Absence de Cadre Légal Adapté : Un Déficit Démocratique
Un autre défi majeur pour les femmes politiques enceintes est l'absence de cadre légal adapté à leur situation. Mathilde Hignet, députée LFI, n'a pas pu laisser son siège à son suppléant lors de la naissance de son enfant en 2022, faute de base légale en ce sens. Elle souligne que "l'institution a été pensée par des hommes pour des hommes", mettant en évidence le manque de considération pour les réalités des femmes en politique.
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En effet, le mandat de député n'est pas considéré comme un emploi, ce qui signifie qu'il n'existe pas de congé maternité ou paternité pour les parlementaires. Bien qu'il soit possible de demander une délégation de droit de vote à un autre député, cette solution reste imparfaite et ne compense pas l'absence physique de l'élue.
Mathilde Hignet entend faire valoir plus largement la cause. « Je n'ai pas caché le fait que j'étais enceinte pendant la campagne des législatives. Il faut que toutes les femmes puissent avoir leur place en politique, sans doute ou culpabilité », dit cette ouvrière agricole de profession. Dans la même situation, sa collègue socialiste du Finistère Mélanie Thomin, soulignait que « c'est important de pouvoir faire partie de la représentation nationale, peu importe sa situation sociale ou personnelle ».
L'insoumise Mathilde Hignet entend faire valoir plus largement la cause. « Je n'ai pas caché le fait que j'étais enceinte pendant la campagne des législatives. Il faut que toutes les femmes puissent avoir leur place en politique, sans doute ou culpabilité », dit cette ouvrière agricole de profession.
Pour remédier à cette situation, le groupe LFI prépare un texte visant à traiter la question des pauses maternité comme paternité des députés. Une tentative similaire avait échoué en 2013, l'amendement proposé par l'écologiste Eva Sas ayant été jugé inconstitutionnel.
Concilier Vie Privée et Obligations Politiques : Un Jonglage Constant
Le documentaire met également en lumière les difficultés rencontrées par les femmes politiques pour concilier leur vie privée et leurs obligations professionnelles. Elles doivent jongler avec des emplois du temps chargés, des déplacements fréquents et des responsabilités importantes, tout en assurant leur rôle de mère.
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Marie Lebec, ancienne vice-présidente du groupe LREM, a constaté que "s'éclipser deux mois en politique, c'est comme si vous aviez disparu des années". Elle souligne la nécessité de "porter ses sujets" pour ne pas perdre sa place, illustrant la pression constante exercée sur les femmes pour qu'elles soient toujours présentes et performantes.
Le documentaire souligne l'importance du rôle des conjoints dans la conciliation de la vie privée et professionnelle des femmes politiques. Les intervenantes reconnaissent que sans le soutien de leur conjoint, elles n'auraient sans doute pas pu poursuivre leur carrière politique.
Aurore Bergé : Une Nouvelle Ère ?
La situation d'Aurore Bergé, première femme présidente du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, est particulièrement emblématique. Son choix de prendre un congé maternité, bien que plus court que celui auquel elle aurait droit en tant que salariée, marque une évolution positive. Elle a affirmé qu'il ne serait pas un bon signal envoyé aux femmes de revenir immédiatement après l'accouchement, en référence au retour express de Rachida Dati en 2009.
C'est la nouvelle ère : Mme Bergé, première femme dans l'Histoire présidente du groupe majoritaire au Palais-Bourbon, se mettra ainsi en retrait pour s'occuper de son nouveau-né, dans une Assemblée rajeunie et féminisée (37 % de députées).
Aurore Bergé a eu la meilleure réponse face à la remarque anti-avortement de Christine Boutin. Après son accouchement, Aurore Bergé a eu la meilleure réponse face à cette anti-avortement. Moins d’une heure après la publication du message de Christine Boutin, Aurore Bergé s’est fendue d’une réponse sans ambages pour défendre son combat politique. « Ma fille est née et se porte merveilleusement bien. Merci », écrit l’élue francilienne, comme pour critiquer l’indélicatesse de l’ancienne présidente du Parti Chrétien-Démocrate dans son attaque. « Ma mère s’est battue pour que je puisse avoir plus de droits qu’elle n’en avait à disposer de mon corps », ajoute celle qui dit se battre pour que sa fille, et « toutes nos filles » n’aient pas moins de droits qu’elle à l’avenir.
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Son absence temporaire de l'Assemblée nationale, bien que motivée par sa maternité, soulève des questions sur la représentation et la prise en compte des réalités des femmes en politique.
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