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Association, Aide et Estime de Soi : Combattre la Précarité Menstruelle et le Tabou des Règles

L’écoulement cyclique chez les femmes, composé de sang, de sécrétions vaginales et de cellules utérines, reste un tabou profondément ancré dans de nombreuses sociétés. Souvent passées sous silence, les règles représentent pourtant un coût financier non négligeable pour l’accès aux produits d’hygiène intime, une dépense qui n’est pas à la portée de toutes. L’association Règles Élémentaires met en lumière la précarité menstruelle et ses conséquences néfastes sur la santé physique et psychologique.

Éducation Sexuelle et Tabous : Un Long Chemin Parcouru

En 1972, lors d’un débat sur l’éducation sexuelle, l’actrice et réalisatrice Delphine Seyrig déplorait que « l’éducation sexuelle se résume à l’information sur la transmission de la vie ». De la circulaire Fontanet du 23 juillet 1973, qui intègre des connaissances anatomiques et physiologiques sur la sexualité dans les programmes scolaires, à l’obligation de trois séances annuelles d’éducation à la sexualité au collège et au lycée en 2001, l’éducation sexuelle a progressivement été intégrée aux politiques de santé publique.

La création en 2015 par Tara Heuzé-Sarmini de l’association Règles Élémentaires, dédiée à la lutte contre la précarité menstruelle et le tabou des règles, marque une avancée significative. Il s’agit de la première initiative de ce type en France. Ce projet a mis près de 50 ans à voir le jour, comme si les règles, sujet d’éducation sexuelle pourtant essentiel concernant la moitié de la population, devaient attendre pour ne plus être secrètes, privées et taboues.

Entre 2015 et 2021, l’association a collecté et redistribué des millions de produits, tout en sensibilisant de nombreuses personnes aux enjeux de la précarité menstruelle et aux tabous qui l’entourent. Au-delà de changer les mentalités, l’action de l’association a permis de faire évoluer les lois. En 2020, un budget national de 5 000 000 d’euros a été alloué à la lutte contre la précarité menstruelle, la gratuité des protections périodiques a été actée dans les prisons et les universités, et la sensibilisation de tous les publics est devenue une nécessité.

Précarité Menstruelle : Une Réalité aux Multiples Facettes

Au sens large, la précarité menstruelle désigne les difficultés ou l’impossibilité de se procurer des produits d’hygiène intime de première nécessité et de vivre dignement ses règles. En 2021, on estimait que 20 % des Françaises avaient déjà été concernées par cette forme de précarité. Certaines doivent choisir entre l’achat de protections périodiques et d’autres besoins essentiels comme se nourrir.

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La précarité menstruelle se manifeste de diverses manières : fabrication artisanale de serviettes de fortune à partir de papier toilette, d’essuie-tout ou de chaussettes, absentéisme scolaire ou professionnel par manque de ressources. Ces protections de fortune peuvent être dangereuses, car elles ne respectent pas les normes d’hygiène nécessaires à la santé vaginale.

Les conséquences de la précarité menstruelle ne se limitent pas à la santé physique. Elles affectent également la santé psychologique des personnes concernées, entraînant une perte de confiance en soi, une baisse de l’estime de soi et des difficultés de réinsertion. Aujourd’hui encore, parler des règles est source de gêne, d’inconfort ou de honte, ce qui rend difficile la demande d’aide ou d’accompagnement.

La précarité menstruelle touche tous les milieux et tous les âges, que ce soit à l’école, à l’université, au travail ou dans la rue, dès 12 ans ou jusqu’à 40 ans. Elle affecte particulièrement les personnes évoluant dans des contextes socio-économiques déjà fragiles. L’accès difficile ou impossible aux protections périodiques constitue une inégalité supplémentaire et un frein majeur au maintien d’une bonne santé globale, définie par l’OMS comme « un état de complet bien-être physique, mental et social [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».

Initiatives et Solutions : Vers un Accès Universel et une Éducation Décomplexée

86 % des Français sont favorables à la mise à disposition gratuite de protections d’hygiène intime pour les personnes dans le besoin, et près de la moitié se déclarent « très favorables ». La précarité menstruelle recouvre des réalités diverses, et la mise en place d’un dispositif permettant à toutes les personnes qui en ont besoin de bénéficier de protections gratuites nécessite une analyse approfondie des besoins à toutes les échelles territoriales.

À l’image de l’enquête réalisée par la FAGE, l’ANESF et l’AFEP, soutenue par Règles Élémentaires, chaque acteur de terrain doit pouvoir évaluer la précarité menstruelle dans son environnement afin de mettre en place des actions concrètes et efficaces.

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Depuis 2015, de nombreuses actions ont été mises en place. À la rentrée 2021, toutes les universités françaises et tous les lycées franciliens disposent de distributeurs de protections périodiques gratuites. Des initiatives similaires ont vu le jour dans les Hauts-de-France et l’Orne, et Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, a annoncé leur déploiement dans les établissements de l’enseignement secondaire sur cinq nouveaux territoires.

Cependant, de nombreux territoires restent dépourvus de ces ressources, et seules les actions ponctuelles de collectifs, d’associations et d’acteurs locaux permettent de réduire les inégalités. De plus, les actions menées n’intègrent pas les personnes précaires hors du système de santé. À l’instar de la politique menée par la mairie de Montreuil depuis mars 2021, la seule solution pour garantir l’accès aux protections périodiques à toutes les personnes qui en ont besoin serait d’installer des distributeurs gratuits dans l’espace public.

Rupture du Tabou : Les Règles au Cœur des Revendications Féministes

Comme le souligne Élise Thiébaut, les règles commencent à ne plus être taboues et font l’objet de revendications féministes depuis quelques années seulement. Dans l’histoire, les règles sont peu mentionnées, voire pas du tout. On trouve quelques références antiques dans les textes politiques et religieux, notamment chez Aristote et Pline l’Ancien. Les médecins ne se sont penchés sur l’aspect scientifique des règles que récemment. Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti notent que de Galien en 160 jusqu’au docteur Georges Houlnick en 1926, les règles sont perçues comme « morbides », « impures », « toxiques ». Tantôt considérées comme un « écoulement nécessaire qui permet de purger l’organisme de toutes ses impuretés », tantôt comme un « état maladif », elles restent un sujet de préjugés et de croyances.

Autrefois, on parlait des règles à voix basse, loin des hommes et à la maison. Aujourd’hui, on en parle ouvertement. La pop culture en est le reflet : on est passé de dix saisons de Friends sans mentionner les règles à Sex Education, une série qui aborde l’éducation sexuelle sous tous ses aspects. De L’Équipe, qui a consacré un numéro spécial au tabou des règles dans le sport en 2016, aux séries Bon Sang et Des filles et des règles, diffusées sur TV5Monde et France TV, les médias s’emparent du sujet.

Il est aujourd’hui essentiel que des informations accessibles, actualisées et vérifiées soient mises à disposition de tous les élèves dès le plus jeune âge. Les actions autour de la santé sexuelle s’adressent principalement aux classes de 4e, alors que les premières règles peuvent survenir dès 8 ans. De même, « l’acquisition d’aptitudes individuelles » ne peut se faire que grâce à une éducation sexuelle débarrassée de ses tabous.

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Bien que la question des règles soit abordée à l’école (elle est obligatoire en SVT et dans les interventions généralistes d’éducation sexuelle), elle est peu détaillée et ne fait l’objet d’aucun temps spécifique. Même dans les programmes de médecine générale, il n’y a pas systématiquement de cours consacrés aux règles, mais plutôt des cours généraux sur « le cycle menstruel ». Selon Carole Maître, gynécologue à l’INSEP, seules deux heures facultatives sont consacrées à « la femme sportive » en médecine du sport.

Ces informations incomplètes ne permettent pas aux jeunes de connaître leur corps et de maîtriser leur état de santé. Pour mettre en place des politiques de santé qui luttent durablement contre la précarité menstruelle, il faut non seulement un accès libre aux protections périodiques pour toutes les personnes qui en ont besoin, mais aussi un processus d’information et de sensibilisation à la santé menstruelle dès le plus jeune âge.

Précarité Menstruelle et Santé Mentale : Un Lien Indissociable

La stigmatisation des règles a des impacts profonds sur la santé mentale. Vivre ses règles dans une société qui les considère comme un tabou peut générer un fardeau psychologique considérable. L’anxiété et le stress sont des compagnons fréquents pour de nombreuses personnes réglées, avec la peur constante des fuites, des taches visibles et du jugement.

La honte et la baisse de l’estime de soi sont également des conséquences directes. Lorsque la société renvoie l’image que quelque chose d’aussi naturel que les règles est sale ou doit être caché, il est difficile de ne pas intérioriser ces messages. Beaucoup de personnes développent un rapport compliqué à leur propre corps, se sentant « impures » ou « anormales » pendant leurs règles.

Le tabou rend difficile la communication autour des douleurs et des problèmes gynécologiques, empêchant souvent de chercher de l’aide ou de consulter un professionnel de santé. Ce silence peut entraîner des retards de diagnostic dramatiques, des souffrances inutiles et un sentiment d’isolement profond.

Conséquences Économiques : Un Coût Invisible Mais Réel

La stigmatisation des règles a des conséquences économiques tangibles, souvent sous-estimées. La précarité menstruelle touche près de 4 millions de femmes en France, les contraignant à utiliser des solutions de fortune ou à choisir entre acheter des protections et subvenir à d’autres besoins essentiels.

Au-delà de la précarité, le coût des protections périodiques représente une charge financière spécifique pour toutes les personnes qui ont leurs règles, constituant une inégalité économique de fait. La stigmatisation a également un impact sur la productivité et l’absentéisme au travail et à l’école, en raison des douleurs menstruelles et du manque d’accès à des sanitaires adéquats.

Dans de nombreuses régions du monde, le manque d’accès aux protections et la stigmatisation des règles constituent un frein majeur à l’éducation des jeunes filles, entraînant un absentéisme scolaire et limitant leurs opportunités futures.

Impacts Sociaux : Entrave à l’Égalité des Genres

La stigmatisation des règles entrave l’égalité des genres en maintenant les règles dans la sphère du tabou, renforçant l’idée que certains aspects du corps sont problématiques. La peur de la fuite et l’inconfort peuvent conduire certaines personnes à s’isoler, appauvrissant leur vie sociale.

Le manque de dialogue ouvert sur les règles crée des difficultés de communication et d’incompréhension au sein des familles, des couples et entre collègues. Il est pourtant essentiel que chacun puisse comprendre ce phénomène naturel pour mieux accompagner les personnes concernées et déconstruire les préjugés.

La stigmatisation des règles peut avoir des répercussions sur la manière dont les politiques publiques et les entreprises abordent la question, rendant difficile la mise en place d’un meilleur accès aux protections et d’une meilleure prise en charge des douleurs menstruelles.

Conséquences Environnementales : Un Tabou Qui Pèse Sur la Planète

Le tabou des règles a également un coût écologique non négligeable, lié à la production, à l’utilisation et à l’élimination des protections périodiques conventionnelles. La plupart des tampons et serviettes jetables contiennent des matières plastiques qui mettent des centaines d’années à se dégrader, contribuant à la pollution des systèmes d’assainissement et des milieux aquatiques.

La production de ces protections conventionnelles est également source de pollution, avec la culture du coton non biologique nécessitant d’importantes quantités d’eau et de pesticides.

Lever le tabou permet d’exiger plus de transparence sur la composition des produits et de choisir des options plus écologiques, comme les protections réutilisables ou jetables fabriquées à partir de matériaux biodégradables et biologiques.

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