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L'assistante maternelle : Définition et rôle en Allemagne et en France

L'assistante maternelle, une figure clé dans le paysage de la petite enfance, joue un rôle essentiel dans le développement et la sécurité des jeunes enfants. Cet article explore la définition et le rôle de l'assistante maternelle, en mettant en lumière les différences et les similitudes entre la France et l'Allemagne.

L'importance du "care" et le rôle des assistantes maternelles

Dès sa naissance, l’enfant a besoin de l’aide des autres pour se développer et s’affirmer dans la vie. La procréation, garantissant le renouvellement des générations, est donc essentielle à la survie de l’espèce humaine. Le travail du "care", qui englobe les soins et l'attention portés aux enfants, aux personnes âgées et aux personnes dépendantes, est devenu un enjeu majeur dans nos sociétés modernes. Les assistantes maternelles, en France comme en Allemagne, se situent au cœur de ce dispositif de "care", en offrant un accueil et une garde individualisés aux enfants de moins de 6 ans.

Définition de l'assistante maternelle

Un assistant maternel ou une assistante maternelle est une personne qui travaille dans le domaine de la petite enfance. Les professionnels assistants maternels gardent des enfants de moins de 6 ans. En France, l'assistante maternelle est une professionnelle de la petite enfance agréée, chargée d'accueillir à son domicile ou dans une Maison d'Assistantes Maternelles (MAM) des enfants de moins de 6 ans. On parle parfois de “nourrice agréé” ou de “nounou”. En revanche, on ne peut pas être assistant maternel sans agrément. Ce métier s’exerce exclusivement dans un lieu dédié (Mam, crèche) ou à son domicile. Elle veille à leur bien-être, à leur sécurité et à leur développement, en proposant des activités adaptées à leur âge et à leurs besoins. En Allemagne, le terme équivalent est "Tagespflegeperson", qui s'applique à toute personne, indépendamment de son genre, offrant un accueil individualisé aux enfants.

Le cadre légal et l'agrément

Pour travailler en tant qu’assistant maternel agréé, il faut obtenir un agrément car ce métier est une profession réglementée. En France, l'agrément est délivré par les services de la Protection Maternelle et Infantile (PMI) après une évaluation des compétences et des conditions d'accueil de la candidate. Cet agrément permet ensuite à l’assistant maternel d’exercer en toute légalité. Dès que l’agrément est validé, l’assistant maternel suit une formation de 120 heures. Les 80 premières heures sont obligatoirement réalisées avant l’arrivée du premier enfant. La formation inculpée à un assistant maternel reprend des enseignements de base pour la bonne réussite de sa mission de garde d’enfants. Il garantit aux parents que l'assistante maternelle possède les compétences nécessaires pour assurer la sécurité et le bien-être de leur enfant. En Allemagne, les "Tagespflegepersonen" doivent également suivre une formation et obtenir une autorisation d'exercer.

Les politiques du "care" en France et en Allemagne : une comparaison

En France et en Allemagne les politiques du care (« care policies ») ont toujours été développées de manières très différentes. Un point digne d’attention est celui que la France a commencé à installer des règlements pro-natalistes en raison d’une stagnation des naissances et d’une pénurie de main-d’œuvre dès le début de l’ère industrielle. Vers la fin du xixe siècle (Ehmann 1999 : 7) l’État français a alors commencé à recruter de la main-d’œuvre masculine et féminine venant d’autres pays et a organisé la prise en charge de leurs enfants en dehors de leur domicile. Par contraste, l’Allemagne est devenue un pays d’immigration beaucoup plus tardivement et n’a commencé à établir les règles d’une véritable politique familiale qu’après la deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, une nouvelle loi garantit, depuis 2013, une place en crèche ou chez un(e) assistant(e) maternel(le) pour les enfants de moins de 3 ans, le « Tagesbetreuungsausbaugesetz ». Dans l’espace intermédiaire, l’offre a surpassé la demande dans des deux pays. Cependant, alors qu’en France, la garde d’enfants est déjà beaucoup plus professionnalisée, les institutions familiales et scolaires allemandes ne sont pas ouvertes pendant toute la journée et les familles bénéficient de moins d’allégements fiscaux (Ehmann 1999 : 63 sq.). De plus, alors que les revenus professionnels des assistant (e) s maternel(le)s allemands proviennent d’un travail non-salarié, en France, ce travail est subventionné par la PMI4 (cotisation à la Sécurité sociale, réduction des coûts pour les parents), payé au moins au SMIC5 (Drees 2009 : 3, Loi n° 2005-706), enfin, ses revenus sont imposables mais bénéficient d’avantages spécifiques. Par conséquent, les revenus pour garde d’enfants sont bien plus faibles en Allemagne qu’en France.

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Le quotidien d'une assistante maternelle

Le quotidien d’un assistant maternel est ponctué par l’accueil et la garde des enfants. L’assistant maternel a un rôle clé pour le développement et la sécurité des enfants. L'assistante maternelle accueille les enfants à son domicile ou dans une MAM, généralement de manière régulière et à temps plein ou partiel. Elle propose des activités d'éveil adaptées à l'âge et aux besoins de chaque enfant : jeux, activités manuelles, sorties, etc. Elle assure également les soins quotidiens : repas, sieste, toilette, etc. L'assistante maternelle est responsable de la sécurité des enfants et doit veiller à leur bien-être physique et émotionnel.

Les défis et les enjeux du métier

Bien que gratifiant, le métier d'assistante maternelle présente des défis. La professionnalisation du secteur, la reconnaissance des compétences et la revalorisation salariale sont des enjeux majeurs. En France, le statut juridique des assistants maternels a beaucoup changé au cours des dernières années. Dans la plupart des cas, c’est le parent qui est directement l’employeur de l’assistant maternel. Les personnes peuvent donc désormais bénéficier des avantages liés au droit du travail, ce qui n’était pas le cas avant 2005. En Allemagne, la situation est plus contrastée, avec des disparités régionales et des conditions de travail parfois précaires.

L'exemple de Milana : une assistante maternelle en Allemagne

Milana, est une jeune femme de 39 ans issue de l’immigration, et a grandi en Allemagne en situation de « discrédit ». Pour Goffman ce terme est défini comme une « situation de l’individu que quelque chose disqualifie et empêche d’être pleinement accepté par la société » (Goffmann 1975 : 7). Sa mère est une immigrée de Serbie (ancienne « Yougoslavie »), pays situé au sud de l’Allemagne. Depuis l’origine, leur situation financière était précaire, parce que sa mère devait élever Milana et son frère aîné dans la condition de parent isolé. De plus, elle ne maîtrisait pas encore suffisamment la langue allemande et travaillait dans des usines où elle était mal payée. Milana et son frère étaient encore mineurs lorsque leur mère décéda des suites d’un cancer. Sur le plan scolaire, Milana passa d’abord par la « Hauptschule » (cycle court de l’école secondaire), puis par l’école d’enseignement ménager pour préparer le BEPC6. Elle commencera ultérieurement un apprentissage commercial, sera apprentie couturière et finira son cursus de formation par un baccalauréat technique. Après avoir exercé pendant quelques années son métier de couturière dans l’industrie du vêtement dans une grande ville située en Allemagne de l’Ouest, elle donnera naissance à une petite fille. Avec son mari, mécanicien automobile, et leur jeune enfant, Milana vivra pendant quelque temps dans une certaine précarité. « Bon, tu ne peux prendre aucun risque, ni par rapport au temps partiel ni sur le plan financier. Car, sur le plan financier, je n’aurais jamais pu l’envisager si cela aurait été payant. Mais tout était gratuit. Alors l’office de protection de la jeunesse m’a fait cette proposition et je me suis dit : c’est ce travail que je veux faire maintenant.

Pour Milana l’activité d’assistante maternelle semble prometteuse car elle lui permet de concilier son emploi avec le temps qu’elle peut passer avec son enfant. Cette activité est cependant mal rémunérée. Milana se fait payer par la ville, mais pour gagner décemment sa vie il lui faudra solliciter un complément financier auprès des parents des enfants qui lui sont confiés. 8 Traduit de l’allemand : « Und das ist das Problem. « Et c’est là que commence le problème. Il faudrait que l’Office pour la protection de la jeunesse (OPJ) puisse comprendre la situation à laquelle je suis confrontée. À l’OPJ ils m’ont dit : « Nous avons souvent devant nous des parents qui ne peuvent pas payer de supplément mais qui ont besoin d’une prise en charge de leur enfant. Comment pouvons-nous résoudre cette situation ? À qui allons-nous pouvoir confier cet enfant ? » Je sais par expérience ce que c’est de se trouver dans une situation financièrement difficile et pour cette raison, de ne plus pouvoir aller de l’avant. Dans un tel contexte, la recherche de solutions se transforme en véritable cas de conscience. Je m’occupe aussi d’une maman d’un enfant à qui je ne fais pas payer de supplément. C’est une personne qui élève seule son enfant et dont le mari est décédé. Mais pour compenser cette perte d’argent mensuelle je suis contrainte d’accueillir un enfant supplémentaire. Il arrive alors un moment où je me mets à peser le pour et le contre.

Curieusement l’« éthique du care » que Gilligan a décrite est applicable au cas de Milana. Comme femme, grâce à l’aide des institutions sociales, elle s’est socialisée dans des professions traditionnellement réservées aux femmes (l’enseignement ménager et le travail de couturière). Pour elle, le soin de l’autre est une activité vers laquelle elle se sent attirée. Elle est déchirée entre la réalité du marché du travail et celui d’être prête à témoigner sa sollicitude à d’autres. Encadrée par une politique qui ne sait pas correctement répondre au déficit du care, elle prend conscience que l’énergie qu’elle déploie pour les autres se fait à son propre détriment.

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Bien qu’en ayant augmenté sa capacité depuis quelques années, l’Allemagne manque toujours cruellement de crèches, ce qui désespère souvent les parents à la recherche d’une place d’accueil pour leurs enfants. Corrélativement, comme les assistant(e)s maternel(le)s restent, toujours et encore, dans l’ombre de ce développement, ils demeurent donc aussi en sous-effectifs. En Allemagne, l’infrastructure du care n’a pas encore atteint le niveau qu’elle a en France et les conditions varient d’une région à l’autre. Paradoxalement, la construction de nouvelles crèches que l’État allemand considère comme une priorité est bien plus coûteuse que ne le serait le fait de favoriser l’extension du métier d’assistant(e) maternel(le) en auto-entreprise, même s’il devait prendre à sa charge, pour les plus démunis, une partie ou la totalité des suppléments financiers qui sont demandés aux parents par ces dispensateurs du care lorsqu’ils exercent en dehors du cadre institutionnel d’une crèche.

Bien que Milana soit née en Allemagne, elle porte sur ses épaules les lourds bagages de son expérience migratoire. Sa trajectoire de vie passe par l’héritage d’être née dans une situation de discrédit qui se prolonge institutionnellement et structurellement jusqu’à nos jours par le fait d’être discriminée en fonction de son genre, son origine ethnique et son éducation. Cette discrimination résulte principalement d’un marché de l’emploi du care dévalorisé économiquement et juridiquement alors qu’il reste encore insuffisamment développé en Allemagne et qu’il bénéficie presque essentiellement à une main-d’œuvre féminine peu qualifiée et souvent issue de l’immigration. S’agissant le plus souvent de travail à temps partiel ou à contrats à durée déterminée, ces travailleuses du care doivent, non seulement accepter de vivre avec des revenus modestes mais elles sont aussi, plus que d’autres, confrontées aux conditions de travail précaires, aux chances inégales de promotion ainsi qu’à une sécurité sociale insuffisante. Ce qui pas le cas pour le personnel qui travaille en crèche, le plus généralement composé d’autochtones, plus qualifiés, mieux mais toujours insuffisamment rémunérés et assujettis à l’assurance sociale obligatoire. Cette situation, qui concerne autant le travail en crèche que l’aide à domicile, est d’autant plus paradoxale que le système de garde d’enfants nécessite une main-d’œuvre importante et qualifiée.

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