Introduction
La pose d'une sonde nasogastrique (SNG), et plus particulièrement d'une sonde de Salem, est une procédure courante en pédiatrie, permettant l'aspiration du contenu gastrique ou l'administration de nutriments. Cet article détaille les indications, les contre-indications et les précautions à prendre lors de l'utilisation de la sonde de Salem chez l'enfant.
Définition et Types de Sondes Nasogastriques
Une sonde nasogastrique est un tube souple inséré par le nez jusqu’à l’estomac. Elle peut servir à plusieurs fins, notamment l’administration de nutriments ou de médicaments, ainsi qu’à l’aspiration de contenu gastrique. On distingue principalement deux types de sondes :
- Sondes de Salem : Ce sont des sondes de gros calibre, radio-opaques et semi-rigides, munies d’une prise d’air. Elles sont principalement utilisées pour la vidange gastrique.
- Sondes de Levin : Elles sont généralement utilisées pour l’alimentation entérale.
Indications de la Sonde de Salem en Pédiatrie
L'utilisation d'une sonde nasogastrique, et en particulier d'une sonde de Salem, est envisagée dans plusieurs situations cliniques en pédiatrie:
- Syndrome occlusif : Caractérisé par un arrêt brutal des matières et des gaz, entraînant des douleurs importantes, un météorisme abdominal, des nausées et des vomissements.
- Mise au repos du tube digestif : Notamment après une chirurgie sur l’appareil digestif. La SNG permet l’aspiration des sécrétions gastriques, hépatiques et pancréatiques qui peuvent stagner dans l’estomac, en particulier après une chirurgie digestive ou en cas d'abus d'opiacés, qui peuvent stopper le péristaltisme intestinal.
- Apport nutritionnel insuffisant : La sonde nasogastrique est utilisée pour fournir une alimentation et une hydratation adéquates aux patients qui ne peuvent pas manger ou boire suffisamment, assurant au moins deux tiers de leurs besoins nutritionnels.
- Troubles de la déglutition et/ou de la mastication : Les patients ayant des difficultés à avaler ou à mâcher peuvent bénéficier de l’utilisation d’une sonde nasogastrique.
- Chirurgies ou traumatismes maxillo-faciaux ou ORL : Après une chirurgie ou un traumatisme au niveau de la face, de la mâchoire ou de la région ORL (oto-rhino-laryngologie), un patient peut avoir du mal à manger ou à boire normalement.
- Traitement d’une hémorragie digestive : En cas d’hémorragie digestive, une sonde nasogastrique peut être utilisée pour aspirer le sang de l’estomac.
- Traitement d’un iléus : L’iléus est une obstruction du tube digestif qui empêche le passage des aliments et des liquides.
- Administration de produits de contrastes ou d’antidotes : Une sonde nasogastrique peut être utilisée pour administrer des produits de contraste utilisés dans certaines procédures d’imagerie, ou des antidotes comme le charbon activé.
- Gastro-entérite chez les très jeunes enfants: La gastro-entérite peut entraîner une déshydratation rapide chez les jeunes enfants.
Contre-indications
Bien que la pose d'une sonde de Salem puisse être extrêmement bénéfique, elle n'est pas sans risque et certaines situations nécessitent une prudence particulière ou constituent des contre-indications formelles :
- Présence d’une douleur importante lors de la pose de la SNG.
- Lésions hémorragiques et varices œsophagiennes.
- Antécédents ORL connus : Dans ce cas, il est préférable que la pose soit effectuée par un médecin.
- Traumatisme crânien.
- Suspicion de fracture de la base du crâne : Risque de fausse route intracrânienne.
Pose de la Sonde de Salem : Procédure et Préparation
La pose d'une sonde nasogastrique est un acte infirmier qui requiert une prescription médicale, précisant le matériel choisi, le calibre et la longueur de la sonde.
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Préparation du Matériel
Le matériel nécessaire comprend :
- Sonde de Salem adaptée à la taille de l'enfant (calibre adapté).
- Gants non stériles.
- Lubrifiant hydrosoluble.
- Seringue à embout conique (60 ml).
- Stéthoscope.
- Sparadrap ouFixation adaptée.
- Poche de recueil.
- Matériel d'hygiène des mains.
- Verre d’eau (si l’enfant est coopératif).
- Anesthésique local en spray (sur prescription).
Préparation du Patient
- Information et consentement : Expliquer la procédure à l’enfant (si son âge le permet) et à ses parents, en soulignant l’intérêt de la SNG et en prévenant du caractère désagréable mais peu douloureux du soin.
- Installation :
- Patient conscient : Installation en position assise ou demi-assise, tête légèrement inclinée vers l’avant.
- Patient inconscient : Installation en Position Latérale de Sécurité (PLS).
- Hygiène : Demander à l’enfant de se moucher. Réaliser une hygiène des mains.
Technique de Pose
- Mesure de la longueur de la sonde à introduire : Évaluer la distance Nez - Lobe de l’oreille, Lobe de l’oreille - Nombril. Une autre méthode consiste à mesurer la distance narine-tragus-appendice xiphoïde.
- Lubrification : Lubrifier l’extrémité de la sonde.
- Insertion : Introduire la SNG de manière perpendiculaire au plan facial, en l’orientant vers le palais. Pousser doucement jusqu’à la glotte.
- Déglutition : Demander à l’enfant de déglutir (si possible, l’aider avec un verre d’eau). Faire progresser la sonde pendant la déglutition.
- Vérification du positionnement :
- Injecter 5 à 10 ml d'air avec la seringue à embout conique. Clamper la prise d’air.
- Placer le stéthoscope au niveau de l’abdomen et écouter les gargouillis.
- Fixation : Fixer la sonde avec du sparadrap sur le nez et la joue, en évitant de comprimer la peau.
Complications Potentielles et leur Gestion
La pose d’une SNG peut entraîner diverses complications :
- Fausse route : La sonde peut être poussée dans la trachée par accident. Il est crucial de vérifier systématiquement le positionnement de la sonde.
- Epistaxis : Les saignements de nez sont courants, surtout si la pose est difficile. Bien lubrifier la sonde et ne pas forcer.
- Passage en sous-muqueuse ou fausse route intracrânienne : Ces complications rares mais graves nécessitent une attention particulière lors de l'insertion.
- Douleur : Introduire la sonde doucement, sans forcer.
- Enroulement de la sonde : Retirer et reposer la sonde.
- Hémorragie nasale : Retirer la sonde, comprimer la narine, appeler le médecin.
- Obstruction des orifices nasaux : Nettoyer la narine avec du sérum physiologique.
- Régurgitation : Installer le patient en position latérale de sécurité s’il vomit.
- Toux, larmoiements : Retirer la sonde, la réintroduire, vérifier le positionnement avant chaque utilisation.
- Positionnement de la sonde dans l’arbre trachéo-bronchique : Effectuer un test d'injection d’air avant chaque utilisation et vérifier l’emplacement par contrôle radiologique après la pose.
Surveillance et Soins Infirmiers
La surveillance et les soins infirmiers sont essentiels pour assurer la sécurité et le confort du patient :
- Vérification du positionnement : Vérifier la position de la SNG à chaque prise de service. Le contrôle radiologique est le meilleur moyen de vérification immédiate et en cas de doute.
- Soins de la peau et des muqueuses : Réaliser des soins de bouche réguliers et changer les strips de fixation pour prévenir les irritations.
- Surveillance du résidu gastrique : Contrôler le résidu gastrique sur prescription médicale. Un résidu supérieur à 150 ml indique une intolérance digestive et des troubles de la vidange gastrique.
- Surveillance clinique : Surveiller la distension abdominale, les douleurs et le transit.
- Perméabilité de la sonde : Rincer la SNG à la fin de chaque administration (alimentation ou médicament) pour éviter qu’elle ne se bouche.
- Surveillance de l’aspiration : Vérifier la stabilité de la dépression sur le manomètre mural (ne pas dépasser -40mbar). S’assurer que les tubulures ne sont pas coudées, comprimées ou bouchées.
- Education du patient et de sa famille : Expliquer les soins à réaliser et les signes d’alerte à surveiller.
- Vérification de la perméabilité du tube Salem®: La prise d’air doit rester ouverte pour éviter l’érosion de la muqueuse gastrique.
- Administration des médicaments: Administrer les médicaments par la sonde de manière appropriée, en privilégiant les formes liquides lorsque cela est possible.
Nutrition Entérale par Sonde Nasogastrique
La nutrition entérale est souvent administrée via une SNG lorsque l’alimentation orale est insuffisante ou impossible. Elle consiste à administrer une solution nutritive directement dans l’estomac ou l’intestin.
Administration de la Nutrition Entérale
- Utiliser un régulateur de débit pour obtenir un débit lent et constant (inférieur à 300mL/h).
- Suspendre la poche de nutrition à un pied à perfusion ou utiliser un sac à dos spécifique avec une pompe de nutrition entérale.
- Connecter la tubulure à la sonde du patient.
- Il est possible d’administrer des médicaments via ce dispositif (en utilisant les formes liquides et en dehors des périodes d’administration de la nutrition) ou d’hydrater le patient.
Choix de l’Abord Digestif
Le choix de l’abord digestif dépend de la durée de la nutrition entérale et du risque d’inhalation. L’abord par sonde nasale est la méthode la plus couramment utilisée pour les nutritions entérales courtes (<1 mois) ou de moyenne durée (4-6 semaines).
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Types de Sondes d’Alimentation
- Sondes en silicone : Utilisées pour les périodes de sondage de longue durée (jusqu’à 4 semaines).
- Sondes en polyuréthane de type Freka® (avec mandrin) : Destinées aux sondages de très longue durée (au-delà de 30 jours).
Cadre Législatif
En France, la pose de sondes gastriques est encadrée par le Code de la Santé Publique, notamment les articles R. 4311-5 et R. 4311-7, qui définissent le rôle et les compétences de l’infirmier(e) dans la réalisation de cet acte.
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