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Fermetures de maternités en France : causes, conséquences et perspectives

La fermeture de maternités, en particulier dans les zones rurales, est un problème croissant en France. Cette situation engendre des difficultés d'accès aux soins pour les femmes enceintes, met en danger les patientes et leurs enfants à naître, et surcharge les hôpitaux restants. L'exemple de la maternité du Blanc, fermée en 2018, illustre parfaitement les enjeux et les conséquences de ces fermetures.

La fermeture de la maternité du Blanc : un cas emblématique

Le 27 juin 2018, la maternité du Blanc a cessé son activité, officiellement en raison d'un manque de personnel, notamment d'anesthésistes. Malgré la mobilisation de citoyens, d'élus et d'associations, la décision est devenue définitive. Cinq ans plus tard, la fermeture laisse un goût amer aux habitants, qui se sentent abandonnés par les services publics.

Wilfried et Aurélie, un couple de Blancois, témoignent des difficultés rencontrées après la fermeture de la maternité. Pour la naissance de leurs enfants, ils ont dû parcourir 50 minutes en voiture pour se rendre à une autre maternité. Aurélie a également été mal reçue lors de son échographie du premier trimestre au Blanc. Le suivi de sa grossesse a été assuré par une sage-femme libérale du Blanc, puis par la maternité de Châtellerault, ce qui impliquait des trajets de plus d'une heure trente aller-retour.

Lors de la naissance de leur deuxième enfant, Wilfried a dû conduire à grande vitesse pour arriver à temps à la maternité. Le couple avait préparé un sac d'accouchement d'urgence, mais heureusement, Aurélie n'a pas eu à accoucher sur la route. Malgré le soulagement, Wilfried regrette de ne pas avoir pu rester plus longtemps auprès d'Aurélie et de ne pas avoir pu accueillir son fils dans de meilleures conditions. Il dénonce un "énorme gâchis territorial, de santé publique" et estime que la fermeture de la maternité fait prendre des risques aux habitants.

Les causes des fermetures de maternités

Plusieurs facteurs expliquent les fermetures de maternités en France :

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  • Manque de personnel médical : C'est l'argument principal avancé par les directions d'hôpitaux et les Agences Régionales de Santé (ARS). Le manque d'anesthésistes, de gynécologues-obstétriciens et de pédiatres rend difficile le maintien de l'activité des petites maternités.
  • Normes de sécurité : Les maternités doivent respecter des normes de sécurité strictes, notamment en termes d'effectifs et d'équipements. Les petites maternités ont souvent du mal à répondre à ces exigences, ce qui conduit à leur fermeture. En 1998, des décrets concernant la périnatalité paraissent et ont deux effets : conseiller de fermer des maternités qui font moins de 300 accouchements par an, toujours pour des raisons de sécurité, et hiérarchiser, comme partout ailleurs en Europe, les maternités en trois niveaux.
  • Rentabilité : Les maternités sont soumises à des impératifs de rentabilité. Les petites maternités, qui réalisent moins d'accouchements, sont souvent considérées comme non rentables et sont donc fermées.
  • Baisse de la natalité : La baisse de la natalité en France réduit le nombre d'accouchements dans certaines maternités, ce qui fragilise leur situation financière.

Les conséquences des fermetures de maternités

Les fermetures de maternités ont de nombreuses conséquences négatives :

  • Difficultés d'accès aux soins : Les femmes enceintes doivent parcourir de plus longues distances pour accéder à une maternité, ce qui peut être problématique en cas d'urgence.
  • Augmentation des risques : L'éloignement des maternités augmente les risques de complications pendant la grossesse et l'accouchement, notamment en cas d'accouchement prématuré ou d'hémorragie. Une étude réalisée en Bourgogne a montré qu'au-delà de 45 minutes de trajet, les taux de mortinatalité et de mortalité périnatale augmentent.
  • Surcharge des hôpitaux : Les fermetures de maternités entraînent une surcharge des hôpitaux restants, ce qui peut nuire à la qualité des soins.
  • Désertification médicale : La fermeture d'une maternité peut entraîner la disparition d'autres services de santé dans la région, contribuant ainsi à la désertification médicale.
  • Impact psychologique : Les fermetures de maternités peuvent avoir un impact psychologique sur les femmes enceintes et les habitants, qui se sentent abandonnés par les services publics.
  • Renoncement aux soins : Le comité de défense a commandé un audit auprès d'un cabinet indépendant pour faire un bilan de la situation. "Aujourd'hui, sur l'ensemble du bassin, 15% des personnes renoncent au soin faute d'une offre de soin de proximité. Avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Elle est où l'égalité ? On veut juste un accès au service public, comme tout le monde".

Les alternatives et les solutions possibles

Face à la fermeture des maternités, plusieurs alternatives et solutions peuvent être envisagées :

  • Maintien des petites maternités : Il est possible de maintenir les petites maternités en leur accordant des dérogations aux normes de sécurité et en leur assurant un financement adéquat. La Cour des comptes soulignait que ces dérogations étaient accordées "à titre dérogatoire lorsque l’éloignement des établissements pratiquant l’obstétrique impose des temps de trajet excessifs à une partie significative de la population".
  • Développement des centres de périnatalité de proximité (CPP) : Les CPP peuvent assurer un suivi de grossesse et une prise en charge après l'accouchement en proximité du domicile des femmes. Toutefois, il est essentiel que ces centres disposent de suffisamment de personnel et de moyens pour répondre aux besoins de la population.
  • Amélioration de la coordination entre les maternités et les professionnels de santé : Une meilleure coordination entre les maternités, les médecins généralistes et les sages-femmes libérales permettrait d'assurer un suivi de grossesse de qualité et de faciliter l'orientation des femmes vers les structures adaptées à leurs besoins.
  • Soutien à l'accouchement à domicile (AAD) : L'AAD est une alternative pour les femmes qui souhaitent accoucher chez elles. Il est important de soutenir cette pratique en assurant la formation et l'assurance des sages-femmes qui la pratiquent.
  • Incitation à l'installation de professionnels de santé dans les zones rurales : Des mesures incitatives, telles que des aides financières et des facilités de logement, pourraient encourager les professionnels de santé à s'installer dans les zones rurales et à y exercer leur activité.

L'accouchement à domicile : une pratique controversée

L'accouchement à domicile (AAD) est une pratique qui consiste à accoucher chez soi, avec l'assistance d'une sage-femme. En France, l'AAD est un sujet tabou au sein du milieu médical. Les sages-femmes qui pratiquent l'AAD rencontrent de nombreux obstacles, tels que les résistances de leur profession et du conseil national de l'ordre des sages-femmes, la difficulté de s'assurer à des tarifs raisonnables, et le dialogue compliqué avec les maternités censées accueillir leurs patientes en cas de problème.

Elena Le Gal, sage-femme libérale en Loire-Atlantique, est suspendue administrativement depuis le 9 octobre 2025 pour avoir accompagné des grossesses de femmes qui accouchent à domicile. Elle conteste fermement cette sanction, estimant qu'elle est victime d'une "chasse aux sorcières" de la part des ARS et des maternités.

Jérémy Lesieur, dont la femme a été accompagnée par Elena Le Gal pour un accouchement à domicile, dénonce un dossier "monté de toutes pièces" et une "injustice insupportable". Il souligne que sa femme a été moquée et raillée à l'hôpital, et qu'un psychologue a même été envoyé pour savoir s'ils étaient aptes à éduquer leur enfant.

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