Loading...

L'avortement sélectif en Arménie : Une crise démographique et sociale

Introduction

L'avortement sélectif en fonction du sexe, une pratique consistant à interrompre une grossesse en raison du sexe du fœtus, est devenu un problème préoccupant dans plusieurs régions du monde, notamment en Asie et dans le Caucase. L'Arménie, en particulier, a connu un déséquilibre significatif entre les sexes à la naissance, ce qui a suscité des inquiétudes quant aux conséquences démographiques et sociales à long terme. Cet article examine l'ampleur de l'avortement sélectif en Arménie, ses causes sous-jacentes, ses conséquences et les efforts déployés pour lutter contre ce phénomène.

Ampleur de l'avortement sélectif en Arménie

Selon le ministère de la Santé de l'Arménie, le pays a enregistré entre 7 000 et 9 000 avortements par an au cours de la dernière décennie. Bien que le déséquilibre entre les sexes parmi les nouveau-nés et le nombre global d'avortements aient légèrement diminué ces dernières années, l'Arménie reste confrontée à un problème important. En 2023, le plus grand nombre d'avortements réalisés dans les cliniques arméniennes a été enregistré dans la capitale, Erevan, avec 2 529 cas. La région de Lori a suivi avec 709, puis sont venues Kotayk, Ararat et les provinces d'Armavir. Après l'Albanie, l'Arménie est le pays où le taux d'interruptions de grossesse liées au sexe de l'enfant est le plus élevé au monde, selon l'ONU. Résultat : on compte en moyenne 114 naissances de bébés garçons pour 100 naissances de bébés filles. En moyenne dans le monde, il naît 105 garçons pour 100 filles. Mais la Chine, l’Inde et d’autres pays d’Asie ou d’Europe orientale enregistrent une proportion anormalement élevée de garçons chez les nouveau-nés, liée notamment à des avortements sélectifs. Il naît près de 118 garçons pour 100 filles en Chine, environ 117 en Azerbaïdjan ou près de 115 en Arménie, d’après des données recueillies autour de 2010.

Causes sous-jacentes

Plusieurs facteurs contribuent à la pratique de l'avortement sélectif en Arménie. Les préférences culturelles et sociales pour les fils jouent un rôle important. Dans de nombreuses familles arméniennes, les fils sont considérés comme porteurs du nom de famille et sont censés subvenir aux besoins de leurs parents pendant leur vieillesse. Cette préférence pour les fils peut conduire les familles à opter pour l'avortement si elles découvrent qu'elles attendent une fille. Tamara Gevorkyan observe par la fenêtre un groupe d'hommes qui fument dans les rues de Chambarak, petite ville à trois heures de minibus au nord-est d'Erevan la capitale de l'Arménie. « Beaucoup veulent un garçon pour perpétuer le nom de famille », raconte Tamara Gevorkyan, embarrassée. Lorsqu'elle attendait sa quatrième fille, sa belle-famille a tenté de la convaincre d'avorter, mais, soutenue par son mari, elle a refusé.

Les difficultés économiques et les conditions de vie précaires peuvent également influencer les décisions des familles. Le témoignage d'une femme qui a avorté d'une fille en raison de difficultés financières illustre cette réalité. Elle explique que son mari et elle avaient déjà deux fils et qu'ils vivaient dans des conditions terribles, avec des salaires bas. Ils ont donc décidé de ne pas avoir un autre enfant, surtout si c'était une fille.

L'accès facile à la technologie de détermination du sexe, comme l'échographie, et aux services d'avortement contribue également au problème. Aujourd'hui, grâce à l'échographie connaître le sexe du futur enfants est devenu très facile et pas cher, donc accessible à tous. Les avortements sélectifs ont lieu autour des trois mois de grossesse, moment à partir duquel l'échographie peut révéler le sexe de l'enfant. Trois mois, c'est aussi le délai au-delà duquel la loi arménienne interdit l'IVG.

Lire aussi: Histoire et fabrication du doudouk arménien

Conséquences

L'avortement sélectif a de graves conséquences démographiques et sociales. En raison des avortements sélectifs sexuels, l'Arménie a déjà perdu environ 80 000 personnes en termes de capital humain. En d'autres termes, en remplaçant les filles par des garçons, l'Arménie a perdu non seulement les filles, mais aussi les futures mères. Ces dernières années, une tendance à la dépeuplement a été observée en Arménie. Dans la région de l'Eurasie et de l'Asie centrale, l'Arménie occupe la troisième place, derrière la Moldavie et le Bélarus.

Un déséquilibre entre les sexes peut entraîner des problèmes sociaux tels qu'une diminution du nombre de mariages, une augmentation de la migration des femmes à des fins de mariage et un risque accru d'agitation sociale. Démographiquement parlant, les femmes ont de moins en moins de poids. On estime que, d’ici 2013, on comptera neuf femmes pour dix hommes. Et d’ici la fin des années 2020, ce chiffre pourrait passer à huit femmes pour dix hommes. Plusieurs scénarios sont possibles quant à la manière dont ces hommes se comporteront s’ils ne trouvent pas de femme -et, bien sûr, tous ne veulent pas d’une femme- mais plusieurs d’entre eux évoquent des risques d’agitation.

Efforts pour lutter contre l'avortement sélectif

Le gouvernement arménien et les organisations internationales ont pris des mesures pour lutter contre l'avortement sélectif et promouvoir l'égalité des sexes. En octobre 2024, le ministre de l'Arménie du Travail et des Affaires sociales, Narek Mkrtchyan, a pris la parole lors d'une réunion du Cabinet des risques et des conséquences des avortements sélectifs sexuels en Arménie. La stratégie comprend également des étapes pour atténuer l'impact des avortements sélectifs sexuels. Pour les résultats à long terme, les experts du ministère soulignent la nécessité de changer le comportement du public et de démanteler les stéréotypes qui conduisent à de tels avortements.

La stratégie démographique de l'Arménie vise à augmenter le taux de natalité et à atténuer l'impact des avortements sélectifs. L’augmentation du taux de natalité est le fondement du premier objectif de la stratégie. Malgré les tendances démographiques mondiales, le ministère est convaincu que la stratégie permettra à l’Arménie d’atteindre un taux de fertilité plus élevé. Lusine Sargsyan, chef du Bureau du Fonds de la population des Nations Unies (UNFPA) en Arménie, a salué cette stratégie comme étant l'une des meilleures au monde.

Des organisations telles que le Women Resource Center à Erevan s'efforcent de contrer les stéréotypes patriarcaux et de promouvoir l'égalité des sexes. Dans les locaux de l'association Women ressource center, à Erevan, Anush Poghosyan tente de contrer les stéréotypes patriarcaux très ancrés. À Erevan, devant l'entrée de l'association Women ressource center, Anush Poghosyan désigne une fresque sur laquelle une femme s'exclame : « Hourra ! C'est une fille ! » Difficile de désamorcer les stéréotypes de genre : un garçon, c'est mieux… « Les femmes décident aussi d'avorter de leur fille car elles refusent qu'elles aient la même vie qu'elles.

Lire aussi: L'histoire chrétienne de l'Arménie et de l'Éthiopie

Lire aussi: La pilule du lendemain après une IVG

tags: #arménie #avortement #sélectif #sexe

Articles populaires:

Share: