Léonie Bathiat, plus connue sous le nom d'Arletty, est née en mai 1898 à Courbevoie, une banlieue parisienne à la fois rurale et industrielle. Fille d'un ajusteur et d'une lingère, elle a hérité de ses parents ses traits physiques et un fort attachement à ses origines populaires. Son langage argotique et son accent prononcé ont contribué à forger son tempérament unique et illustre. Après une éducation religieuse à Clermont-Ferrand, elle a développé une aversion durable pour le clergé.
Les Premières Épreuves et le Serment de Célibat
Avant la Première Guerre mondiale, Arletty menait une vie paisible. Cependant, à l'âge de 17 ans, elle a été confrontée à une tragédie : la perte de son fiancé, un jeune soldat surnommé « Ciel », tué au début de la guerre. Cette perte l'a profondément marquée, la conduisant à faire le serment de ne jamais se marier ni avoir d'enfants. Peu après, en 1916, elle a subi une autre épreuve avec la mort de son père, écrasé par un tramway alors qu'il travaillait. Ces pertes ont forgé son caractère et l'ont transformée en une femme combative.
L'Entrée dans le Monde Artistique
Contrainte de travailler à l'usine avec sa mère pour subvenir aux besoins de la famille, Arletty a exercé divers métiers. Elle a été sténo-dactylo, mannequin pour des couturiers séduits par sa taille de guêpe, et a finalement été introduite dans le monde artistique dès sa majorité. Elle a fréquenté les théâtres, les grands restaurants et la haute société parisienne, séduisant les hommes par sa beauté et son charme.
Au milieu des années 1920, elle a fait ses débuts dans le music-hall en tant que meneuse de revue, participant à des opérettes et découvrant un talent insoupçonné pour la scène. C'est à l'âge de 30 ans que le cinéma lui a ouvert ses portes, avec des rôles dans La douceur d'aimer et Un Chien qui rapporte. Sa silhouette, son port de tête et sa chevelure brune ont attiré l'attention des peintres de l'époque, tels que Kissling, Braque et Matisse, qui ont réalisé ses portraits.
L'Ascension Cinématographique et la Rencontre avec la Légende
Arletty s'est distinguée par sa beauté atypique et sa forte personnalité, mêlant sensualité, érotisme chaste et gouaille. Son jeu naturel et authentique a fait d'elle un diamant brut. Après plusieurs rôles dans des films mineurs, sa rencontre avec Sacha Guitry lui a permis de révéler son talent dans Désiré, Faisons un rêve et Les Perles de la Couronne.
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Le véritable tournant de sa carrière est survenu en 1938, lorsque Marcel Carné l'a dirigée dans Hôtel du Nord. Son interprétation de Raymonde, une prostituée attachante, et sa réplique culte « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? » l'ont propulsée au rang de légende. L'année suivante, Carné lui a offert un autre rôle marquant dans Le Jour se lève, où elle a incarné un personnage tragique aux côtés de Jean Gabin. Surnommée « Lady Paname » par ses admirateurs, elle alliait modestie et assurance.
L'Âge d'Or et les Chefs-d'Œuvre du Cinéma Français
Arletty a atteint la gloire à près de 40 ans, conservant sa lucidité et sa conscience des revers possibles. Son franc-parler et son indépendance ont fait d'elle une figure emblématique des films du début des années 1940, notamment Fric Frac avec Fernandel et Michel Simon. Elle a également brillé dans Madame sans gêne, confirmant sa place privilégiée dans le cœur des Français.
Pendant l'Occupation allemande, Arletty a connu son âge d'or en participant à deux chefs-d'œuvre du cinéma français. Dans Les Visiteurs du Soir (1942), réalisé par Marcel Carné sur un scénario de Jacques Prévert, elle a incarné une Dominique énigmatique et romantique. Puis, en 1945, elle a interprété Garance dans Les Enfants du Paradis, considéré comme l'un des plus beaux films du monde. Son personnage, tiraillé entre trois hommes et éprise du mime Baptiste, a marqué les esprits grâce à sa subtilité, sa douceur et son humanité.
La Liaison Controversée et les Accusations de Collaboration
La vie privée d'Arletty, marquée par sa bisexualité et ses nombreuses liaisons, a suscité des controverses. Sa relation amoureuse avec un officier allemand nommé Soering pendant l'Occupation a provoqué l'indignation et lui a valu des accusations de complaisance avec l'ennemi. Malgré sa réplique ironique « Mon cœur est français, mon cul est international ! », elle a dû rendre des comptes à la Libération.
Comme son ami Sacha Guitry et d'autres artistes, elle a été accusée de ne pas avoir suffisamment montré son patriotisme et d'avoir participé à des soirées de bienfaisance sous le régime de Vichy. Elle a été emprisonnée à Drancy, puis placée en résidence surveillée pendant plusieurs mois. Son amitié avec l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, connu pour son antisémitisme, a également été critiquée.
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Le Retour au Théâtre et la Redécouverte de son Talent Tragique
Mise au ban du cinéma, Arletty s'est tournée vers le théâtre après son exil. Elle a interprété Blanche Dubois dans Un tramway nommé désir, révélant une facette émouvante de son talent. Elle a refusé de suivre son amant allemand à Berlin, préférant sauver son honneur.
Malgré les scandales et le lynchage médiatique, Arletty a conservé sa joie de vivre. Le cinéma des années 1950 a marqué son retour timide dans des seconds rôles, mais quelques films intéressants ont émergé, tels que Huis Clos (1954), Portrait d'un assassin et L'Air de Paris. Elle a également continué à briller sur les planches, notamment dans Gigi, La descente d'Orphée et Un otage.
La Cécité et les Mémoires
Alors que le général de Gaulle accédait au pouvoir, Arletty a affirmé avec son esprit légendaire : « Non, gauloise ! ». Cependant, sa santé a commencé à décliner, et elle a progressivement perdu la vue à partir de 1962 en raison d'un glaucome mal soigné et d'une cataracte. Cette année a marqué ses deux derniers films.
En 1966, elle a joué dans Les Monstres sacrés de Jean Cocteau, mais a dû renoncer à la pièce en raison de sa cécité totale. Elle a alors entrepris l'écriture de ses mémoires, publiées en 1971 sous le titre La Défense. Dans cet ouvrage, elle a évoqué avec lucidité et franchise les moments marquants de sa vie et l'importance de la culture et de l'art.
Arletty a passé ses 25 dernières années dans son appartement de la rue de Rémusat, sortant au bras de sa dame de compagnie et recevant les témoignages d'affection de ses admirateurs. Elle s'est éteinte en été 1992, et ses obsèques ont ravivé la flamme populaire, avec un arrêt symbolique devant l'Hôtel du Nord.
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