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Arguments contre l'anti-avortement : Démystification et défense du droit à l'IVG

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental et un soin de santé courant auquel des millions de personnes ont recours chaque année. Pourtant, ce droit est encore questionné, stigmatisé et criminalisé dans de nombreuses régions du monde. Cet article vise à déconstruire les arguments fréquemment avancés par les opposants à l'avortement et à réaffirmer l'importance de ce droit pour l'autonomie et l'égalité des femmes.

L'IVG, un droit fragile, même en France

L'IVG, bien qu'ayant toujours existé, n'a été reconnue et garantie légalement que très récemment, y compris en France. Après la Première Guerre mondiale, le gouvernement français, cherchant à encourager la croissance démographique, a criminalisé l'avortement par la loi du 31 juillet 1920, réprimant la provocation à l'IVG et la propagande anticonceptionnelle. Il a fallu attendre 55 ans pour que le gouvernement reconsidère cette question.

La loi Veil, autorisant l'interruption volontaire de grossesse, a finalement été adoptée le 17 janvier 1975, après des manifestations féministes et des débats houleux. Portée par Simone Veil, alors ministre de la santé, cette loi autorise l'IVG sur demande à un médecin, avant la fin de la 10e semaine de grossesse et si la femme enceinte se trouve dans une situation de détresse. Seule la personne concernée peut faire la demande d'IVG.

Aujourd'hui, il n'existe plus aucune condition de « détresse » pour avoir recours à une IVG. Une personne mineure n'a pas besoin d'une autorisation parentale pour avorter, mais doit être accompagnée d'une personne majeure de son choix. L'anonymat total est possible, les IVG sont prises en charge à 100% par l'Assurance maladie, et les sages-femmes sont autorisées à pratiquer des IVG médicamenteuses. L'IVG instrumentale peut être pratiquée jusqu'à la fin de la 14e semaine de grossesse, et l'IVG médicamenteuse jusqu'à la fin de la 7e semaine de grossesse. Il n'y a pas de délai légal de réflexion entre la première consultation et le recueil de consentement, et il n'est pas nécessaire d'avoir la nationalité française pour avorter en France.

L'inscription de l'IVG dans la Constitution : Un symbole ?

Le 28 février 2024, l'inscription de l'IVG dans la Constitution a été votée puis approuvée par les parlementaires le 4 mars. Un alinéa a été inséré après le dix-septième alinéa de l'article 34 de la Constitution, stipulant que « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».

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Bien que cette constitutionalisation confère un statut juridique solide et contraignant à l'IVG, certains estiment que ce texte n'est qu'un symbole. En étant placée dans l'article 34, cette disposition est intégrée dans la section de la Constitution qui traite des compétences législatives du Parlement. Cela signifie que bien que la liberté d'accès à l'IVG soit protégée, les détails spécifiques de sa mise en œuvre restent du ressort du Parlement.

Si cette disposition avait été insérée dans l'article 1er de la Constitution, la liberté d'avoir recours à l'IVG aurait été considérée comme un principe fondamental de la République, renforçant ainsi sa protection constitutionnelle. De plus, le choix du terme "liberté" plutôt que "droit" décharge l'État français de toute obligation de garantir l'accès à l'IVG, et l'utilisation du terme "femme" plutôt que "individu" peut être perçue comme essentialisante et transphobe.

Un droit toujours menacé

Malgré ces avancées, l'accès à l'IVG reste menacé dans le monde entier. L'annulation de l'arrêt Roe v. Wade aux États-Unis en 2022 a permis à de nombreux États d'interdire l'avortement, et la Pologne a durci sa législation en l'interdisant en cas de malformation du fœtus. En Italie, des propositions de loi anti-IVG se multiplient.

Il est donc crucial de lutter contre la mésinformation et la désinformation qui alimentent les tentatives de restriction de ce droit fondamental.

Déconstruire les arguments anti-avortement

Voici une réfutation de certains des arguments les plus courants contre l'avortement :

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1. L'IVG, c'est un meurtre

Cet argument repose sur la conviction que la vie humaine commence dès la conception. Cependant, la définition de la vie et de la mort est complexe. D'un point de vue biologique, un être vivant se caractérise par des fonctions vitales telles que la respiration, la circulation sanguine, la nutrition et la digestion, l'excrétion, la capacité à répondre aux stimuli, la croissance et le développement, ainsi que la reproduction. D'un point de vue philosophique, la capacité à raisonner, à avoir conscience de soi, à ressentir des émotions et des sensations subjectives définit un être humain.

La loi française stipule que la mort est déclarée lorsqu'un individu présente soit un arrêt cardiaque irréversible, soit une cessation irréversible de toute activité cérébrale.

Or, à 14 semaines de grossesse (délai maximum légal pour pratiquer une IVG en France), le fœtus n'est pas capable de respirer de manière autonome, son système nerveux central est encore en développement et son système immunitaire est immature. Les chances de survie d'un fœtus de 14 semaines de grossesse en dehors de l'utérus sont quasi nulles. La viabilité du fœtus est fixée à 20 semaines de grossesse (22 semaines d'aménorrhée).

À 14 semaines de grossesse, on ne peut pas considérer un fœtus comme un être vivant, mais comme un être qui progresse vers la vie autonome. Tant qu'il ne naît pas, il ne peut mourir et donc encore moins subir un meurtre. De plus, le risque de perception de la douleur par le fœtus peut être écarté avant la fin du deuxième trimestre de grossesse.

2. Il faut se protéger si on ne veut pas d'enfant

L'enquête COCON (Cohorte Contraception) montre que 2 fois sur 3, les femmes ayant eu recours à une IVG étaient sous contraception, et qu'une fois sur deux, il s'agissait d'un contraceptif médical. Un rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) révèle que 72% des femmes ayant eu recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception, et que dans 42% des cas, la méthode utilisée était médicale.

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Il est important de noter que nous ne sommes pas toustes à égalité en termes de contraception (éducation à la santé sexuelle, manque d'informations sur les dispositifs disponibles, précarité, etc.). De plus, la contraception n'est jamais fiable à 100% ! Les échecs surviennent souvent lorsque la méthode employée ne correspond pas au mode de vie de la personne en charge de la contraception. La charge contraceptive est majoritairement imputée aux femmes (dans un couple cis-hétéro).

De plus en plus de personnes aimeraient se tourner vers des contraceptions définitives et se heurtent à un refus médical. Enfin, n'oublions pas les cas d'agressions sexuelles que subissent de nombreuses personnes.

3. Il y a trop d'avortements de confort

Les personnes qui utilisent l'expression « avortement de confort » suggèrent que les personnes ayant recours à une IVG le font par commodité. En réalité, avoir recours à une IVG est loin d'être une décision qu'on prend à la légère. Généralement ce choix est le résultat d'une réflexion sérieuse où de nombreux paramètres sont pris en compte. Choisir d'avorter montre un véritable sens des responsabilités.

Reconnaître ses limites (émotionnelles, mentales, physiques, financières…), c'est faire preuve de bon sens quand on sait à quel point il est essentiel d'accueillir un enfant dans les meilleures conditions possibles. De plus, parler d'avortement de « confort » c'est mal connaître la procédure d'une interruption volontaire de grossesse, qui peut causer un véritable stress émotionnel et des symptômes désagréables.

4. L'avortement est traumatisant (syndrome post abortif)

Un des arguments anti-IVG qui revient le plus est l'existence d'un syndrome post-abortif.

L'importance de l'accès à l'IVG

L'avortement est un acte médical qui permet de mettre fin à une grossesse. Il s'agit d'un soin de santé courant auquel des millions de personnes ont recours chaque année.

  1. Pouvoir prendre soi-même les décisions concernant sa santé, son corps et sa vie sexuelle est un droit humain fondamental, constitutif de l'égalité entre les femmes et les hommes et d'une société plus juste.
  2. L'avortement, médicamenteux ou chirurgical, est une intervention simple qui peut être effectuée sans risque par un large éventail de professionnel·les de santé. Lorsqu'ils sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d'hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles. Quand l'accès à l'avortement est restreint, les personnes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux.
  3. La criminalisation de l'avortement entraîne une tendance à le considérer comme une exception, artificiellement placée hors du champ des soins médicaux classiques. Les soins liés à l'avortement sont pourtant des soins de santé essentiels.
  4. Aujourd'hui, environ 45 % des avortements sont pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité selon l'OMS. Le manque d'accès, en temps opportun, à un avortement sécurisé, abordable et respectueux est un problème majeur de santé publique. Les avortements pratiqués dans des conditions dangereuses sont la 3e cause de mortalité maternelle au monde. Les décès sont particulièrement courants dans les pays où le recours à l'avortement sûr est limité ou complètement interdit.
  5. Interdire ce droit ne fait pas baisser le nombre d'avortements. D'après l'Institut Guttmacher, le nombre d'avortements est significativement le même dans les pays qui l'interdisent ou le restreignent et dans ceux qui l'autorisent.
  6. Ces dix dernières années, il y a eu des avancées législatives majeures en faveur du droit à l'avortement en Europe. Cependant, dans la pratique, l'accès à l'avortement est loin d'être une réalité pour tout le monde.
  7. La criminalisation de l'avortement et les obstacles persistants au droit à l'avortement touche de manière disproportionnée les groupes et les personnes déjà marginalisées.

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