La situation des établissements de santé en Auvergne-Rhône-Alpes, et plus particulièrement en Ardèche, suscite de vives inquiétudes. Les difficultés financières rencontrées par de nombreux hôpitaux, dont le Centre Hospitalier des Vals d'Ardèche à Privas, mettent en lumière les défis auxquels est confronté le système de santé français. Cet article se penche sur les causes de ces difficultés, les mesures prises pour y remédier et les conséquences pour l'offre de soins, notamment en ce qui concerne la maternité de Privas.
Fragilité Financière des Hôpitaux en Auvergne-Rhône-Alpes
De nombreux établissements de santé en Auvergne-Rhône-Alpes, où l'on recense 284 hôpitaux publics, ne s'en sortent plus. Selon Serge Malacchina, délégué régional de la Fédération hospitalière de France (FHF), les deux tiers connaissent des problèmes au point de devoir mettre en place des plans d'économies. Igor Busschaërt, directeur de l'offre de soins de l'agence régionale de santé (ARS), partage ce constat : « Aujourd'hui, nous voyons que les finances des hôpitaux de notre région se fragilisent. »
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La baisse importante des dotations de l'État depuis plusieurs années, ainsi que des missions d'intérêt général (Samu et Smur), ont plongé les hôpitaux dans une crise profonde. La Cour des comptes fait état d'un déficit global de 835 millions d'euros « qui a quasi doublé » en 2017.
Le Problème de la Démographie Médicale et le Recours aux Intérimaires
Un autre facteur aggravant est le manque de personnel médical qualifié. « Il y a dans beaucoup d'endroits un nombre insuffisant de médecins », constate Igor Busschaërt. Faute de personnel qualifié, les hôpitaux ont recours à des intérimaires payés à prix d'or. « L'établissement ne peut pas fermer un service. Il a le couteau sous la gorge. Que fait-il ? Il prend en charge le salaire d'un intérimaire qui profite allègrement du système à plus de 2 000 euros par jour », déplore ce responsable à l'ARS.
L'hôpital de Privas se retrouve ainsi victime de cette pratique et affiche un déficit record de 4,4 millions d'euros. Pour une direction d'établissement, combler un déficit est un travail difficile et épuisant. Le point de rupture dans les hôpitaux de la région est proche, selon Serge Malacchina. Privas a dû être mis sous tutelle pour une durée de six mois et un administrateur provisoire a été nommé.
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Fermeture de la Maternité de Privas et Création d'un Centre de Périnatalité
Parmi les mesures envisagées pour redresser la situation financière de l'hôpital de Privas, la fermeture de la maternité est sans doute la plus emblématique. Suspendue depuis le premier août, elle va être définitivement fermée. Il n'y aura plus d'accouchement à Privas. Elle est remplacée par un centre de péri-natalité de proximité comme à Saint-Agrève ou à Die.
Ce centre de périnatalité assurera le suivi des grossesses à bas risque du lundi au samedi matin sous la responsabilité du service d'obstétrique d'Aubenas. Quatre sages-femmes se relayeront dans le service. Cette décision s'inscrit dans une logique de « gradation des soins », selon l'ARS. Dans le cas d'une maternité, nous estimons qu'au-dessous de 300 accouchements par an, les médecins n'exercent pas assez pour assurer la sécurité des patientes.
En 2014, la maternité de Privas avait enregistré 263 accouchements. La Cour des Comptes avait d'ailleurs pointé du doigt les maternités de Privas et de Die, réalisant moins de 300 accouchements par an, et demandé à ce qu'elles soient surveillées de plus près et fermées sans délai si les normes de sécurité ne sont pas respectées.
Maintien et Développement d'Autres Services à l'Hôpital de Privas
Malgré la fermeture de la maternité, l'ARS a confirmé que le service de chirurgie et pas seulement en ambulatoire serait maintenu et développé. L'activité de chimiothérapie/oncologie sera également maintenue. L'hôpital va renouveler son scanner et va lancer une procédure pour acquérir un IRM.
Un recrutement de médecins titulaires (praticiens hospitaliers) a débuté aux services des urgences. L'objectif est d'en finir avec les médecins intérimaires qui grèvent gravement le budget de l'hôpital et ne permettent pas de développer la confiance avec les équipes médicales, paramédicales et les patients. Enfin, il sera créé un service d'hospitalisation à domicile dont la région de Privas était privée.
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Réactions Syndicales et Défis à Relever
Les syndicats prennent acte des annonces de l'ARS, mais Force Ouvrière se dit très réservé et attend de voir comment les choses vont se mettre en place. Il est vrai que ce soutien de l'ARS est le bienvenu, mais il passe nécessairement par le recrutement de médecins dont on sait qu'ils sont peu enclins à rejoindre Privas.
Il va également falloir retrouver la confiance des patients et des médecins de ville. Le tout dans un contexte difficile puisque la haute autorité de santé a retiré à l'hôpital de Privas son homologation. Cela signifie qu'elle considère qu'un certain nombre de procédures ne sont pas respectées. La direction fait savoir que des mesures ont déjà été prises pour retrouver le plus rapidement possible cette homologation.
Reconstruction de l'EHPAD du Montoulon
Le directeur général de l'ARS a par ailleurs annoncé la reconstruction à neuf de l'EHPAD du Montoulon, actuellement 66 lits à Privas. Le nombre de lits sera augmenté.
Alliances et Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT)
Face aux difficultés financières, des alliances entre établissements de santé peuvent se révéler intéressantes. Comme à Saint-Étienne (Loire), où l'on trouve le groupement hospitalier de territoire (GHT) le plus important de France. Il compte 20 établissements publics dont l'hôpital de Roanne, qui vient de signer une convention de direction commune avec le CHU stéphanois. Par ce biais, il est possible de réorganiser l'offre de soins. La maternité sera remplacée par un centre de péri-natalité.
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