L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une expérience complexe qui peut engendrer des difficultés relationnelles, particulièrement avec les hommes. Cet article explore les témoignages de femmes ayant vécu cette situation, en mettant en lumière les défis émotionnels, les dynamiques de couple affectées, et les parcours de reconstruction.
Impact de l'IVG sur la Sexualité et le Corps
Après un avortement, il est fréquent de constater des changements dans la sexualité et la perception du corps. Manon, 31 ans, témoigne que "tout est devenu bien moins léger après". Elle se sentait plus vulnérable, évitant les relations occasionnelles par peur d'un nouveau risque. Pour beaucoup, le sexe est synonyme de plaisir et de légèreté, mais une grossesse non désirée peut bouleverser cette perception.
L'IVG sollicite fortement le corps, avec des examens, une anesthésie, des contractions utérines, une dilatation du col, des douleurs abdominales et des saignements. Marie-Laure Brival, gynécologue, souligne que le corps est mis à rude épreuve. Bien que les conséquences médicales à long terme soient minimes, le corps peut être marqué par cette expérience.
Parfois, la douleur physique est telle qu'il devient difficile de considérer à nouveau le corps comme un outil de plaisir. Julia, 30 ans, ayant vécu une IVG médicamenteuse, se souvient avoir souffert pendant quatre heures et avoir ressenti quelque chose se décrocher en elle. Les mois suivants, elle a fait un blocage, ne supportant plus qu'on touche cette partie de son corps.
Il est essentiel de se réapproprier son corps après une IVG. Alain Héril, psychanalyste et sexothérapeute, explique que ce qui était un espace de plaisir a été traversé par des énergies morbides et violentes. La réappropriation peut se faire progressivement avec des exercices de rééducation du périnée, l'utilisation de boules de geisha, des massages et des caresses, sans oublier la masturbation.
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Difficultés au Sein du Couple
En couple, il peut être difficile de recréer une atmosphère érotique après une IVG. La différence de vécu a souvent tendance à éloigner les partenaires. Éliette, 29 ans, aurait aimé que son copain soit plus attentif lors de son IVG à domicile. Elle a ressenti de la rancœur envers lui, car il s'était rendormi alors qu'elle souffrait.
Géraldine et Jérémy, eux, ont vite voulu "se remettre en selle" dès la fin de la période de saignements. Alain Héril valide cette démarche, tant qu'elle ne sert pas à condamner la parole. Il est important que le corps prenne le relais sur les mots à un moment donné.
Cependant, beaucoup se refusent à en parler, voulant passer rapidement à autre chose. Alain Héril souligne qu'il y a un deuil à faire, car l'idée de l'enfantement a été présente. Souvent, les hommes s'enferment dans le mutisme, tandis que les femmes s'auto-culpabilisent d'avoir besoin de parler. Il est essentiel de reconnaître ce que l'on ressent pour éviter que le corps ne somatise.
Impact Psychologique et Surprotection
Marie-Laure Brival insiste sur le fait que ce n'est pas l'IVG en elle-même qui impacte la sexualité, mais plutôt les circonstances, le comportement du partenaire et l'accueil médical. Un regard violent peut laisser des traces profondes.
Après une IVG, la contraception devient souvent un terrain d'angoisse. Caroline Rebhi, co-présidente du Planning Familial, assure que le stress de retomber enceinte est la conséquence majeure. On a tendance à se surprotéger, allant jusqu'à déclarer qu'on ne fera plus jamais l'amour.
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Manon a vécu un pic d'anxiété après chaque rapport sexuel. Elle a pris plusieurs fois la pilule du lendemain et a fait régulièrement des tests de grossesse. Il lui a fallu six ans pour retrouver confiance.
Renforcer le Lien avec Son Corps
De façon inattendue, l'IVG peut rapprocher les femmes de leur propre corps. Alain Héril confirme que pour certaines, elle amène une prise de conscience de leur corps, de leur sexualité et de leur espace génital. Cela peut redonner une forme de puissance.
Éliette met l'avortement sur le même plan que les expériences sexuelles qu'elle a eues dans le passé. Cela lui a appris à connaître son corps et à lui donner du crédit. Elle a réalisé qu'elle n'avait besoin de la validation de personne.
Témoignages d'Hommes et de Femmes
De nombreux témoignages montrent que l'IVG peut être une épreuve difficile pour les hommes aussi. Certains regrettent l'IVG de leur compagne et en souffrent. Jason témoigne que sa compagne lui a montré l'embryon ensanglanté dans les toilettes après l'avortement, ce qu'il n'a pas pu supporter.
Mickaël, dont la compagne a avorté un an plus tôt, se faisait une joie d'être père, mais a été très mal lorsque sa compagne a envisagé d'avorter. Il a ressenti cela comme une trahison. Tony, 39 ans, affirme que cela lui a laissé de profondes cicatrices.
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Karl, 65 ans, a tout essayé pour convaincre la femme qu'il voyait de garder l'enfant, mais elle a refusé. Il a déménagé en Californie parce qu'il ne supportait pas ce qu'il avait fait. Rodolfo, 29 ans, se sent la plus grosse merde du monde et pense qu'il ne mérite pas d'avoir un autre enfant.
D'autres hommes témoignent de la difficulté d'exprimer leur souffrance après un avortement. Ils ont l'impression que leur condition d'homme ne leur donne pas le droit de souffrir de cette situation. Certains proches estiment que leur détresse n'est pas justifiée, car ils n'ont rien traversé physiquement.
L'avortement peut avoir de graves conséquences psychiques pour l'homme, quelle que soit la façon dont il s'est positionné pour la décision de cet acte. Selon une étude, quatre hommes sur dix ayant fait une IVG souffraient de syndrome de stress post-traumatique chronique 15 ans après l'avortement.
Pouvoir parler est un premier pas essentiel pour se libérer de la souffrance du regret de l'avortement. Les hommes confrontés à l'IVG peuvent avoir peur d'en parler dans leur entourage ou leur famille. Un suivi psychothérapeutique peut être utile.
Virginie a fait une IVG il y a quelques jours et se sent terriblement mal. Elle voudrait avoir du soutien et des avis. Elle se demande si c'est normal d'être si mal après un avortement et si c'est possible de retrouver une vie normale suite à cet événement.
Une autre femme témoigne qu'elle a choisi l'avortement pour sauver trois vies : un enfant non désiré par son papa, l'avenir d'un jeune homme de 33 ans et le sien. Elle a besoin de soutien pour gérer le post-IVG.
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