L'arrivée d'un poulain est un moment crucial et attendu dans l'élevage équin. Cependant, des complications peuvent survenir, notamment la rétention placentaire. Cet article aborde les causes, les conséquences et la gestion de cette condition chez la jument, en mettant l'accent sur la nécessité d'une intervention rapide pour préserver la santé de la mère et son avenir reproducteur.
Préparation au poulinage
Quelques jours avant la mise-bas, des modifications physiologiques importantes se produisent chez la jument et le poulain. Le poulain se prépare à la vie extra-utérine, tandis que la jument subit des changements hormonaux, notamment la production de relaxine, qui entraîne un relâchement des tissus et des ligaments, visible au niveau de la croupe.
Pour préparer la jument au poulinage, il est recommandé de :
- La rentrer le soir dans un box de poulinage vaste, très bien paillé et propre.
- Lui mettre un licol.
- Lui mettre une bande de queue, pas trop serrée.
- Faire découdre la vulve par le vétérinaire si elle a été cousue auparavant.
Déroulement normal du poulinage
Le poulinage se déroule généralement en trois phases :
- Phase de travail: Contractions utérines rythmiques et douloureuses, signes de coliques, transpiration, grattage du sol, couchers et levers fréquents.
- Expulsion du poulain: Rupture de l'allantoïde (poche des eaux), apparition de l'amnios (membrane blanche), expulsion des membres antérieurs et de la tête, puis du reste du corps. Cette phase dure entre 5 et 30 minutes.
- Délivrance: Expulsion des enveloppes fœtales (placenta), qui survient généralement dans un délai de quelques minutes à une heure après la naissance du poulain.
Qu'est-ce que la rétention placentaire ?
La rétention placentaire est définie comme la non-expulsion complète ou partielle des membranes fœtales (allantochorion et membrane amniotique) dans les 3 à 6 heures suivant le poulinage. Certains auteurs considèrent même qu'une expulsion non réalisée dans les 3 heures est anormale. C'est une complication relativement fréquente, touchant jusqu'à 10 % des poulinages eutociques (normaux) et jusqu'à 50 % des poulinages dystociques (difficiles) ou des césariennes. Les juments ayant déjà connu une rétention placentaire sont plus susceptibles d'en présenter une nouvelle lors d'un futur poulinage.
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Causes de la rétention placentaire
Les causes exactes de la rétention placentaire ne sont pas toujours bien connues. Plusieurs facteurs peuvent être impliqués, tels que :
- Poulinage dystocique: Difficultés lors de la mise-bas, nécessitant une intervention obstétricale.
- Césarienne: Intervention chirurgicale pour extraire le poulain.
- Gestation gémellaire: Présence de deux fœtus, pouvant entraîner des anomalies placentaires.
- Infections placentaires (placentites): Inflammation du placenta due à des bactéries, des champignons ou des virus.
- Facteurs hormonaux: Déséquilibre hormonal affectant la contraction utérine et le détachement du placenta.
- Déficiences nutritionnelles: Manque de certains nutriments essentiels, tels que le sélénium ou la vitamine E.
- Fatigue utérine: Utérus ayant subi de nombreuses gestations, avec une diminution de sa capacité à se contracter.
Conséquences de la rétention placentaire
La rétention placentaire peut entraîner des complications graves pour la jument, notamment :
- Métrite: Inflammation de l'utérus, due à la prolifération bactérienne dans les membranes placentaires retenues. La métrite peut être aiguë et potentiellement mortelle.
- Endotoxémie: Passage de toxines bactériennes dans la circulation sanguine, provoquant un choc toxique.
- Septicémie: Infection généralisée du sang.
- Fourbure: Inflammation des pieds, pouvant entraîner une boiterie sévère et chronique.
- Retard d'involution utérine: Difficulté pour l'utérus à retrouver sa taille et sa fonction normales après le poulinage.
- Subfertilité: Diminution de la fertilité lors des chaleurs suivantes.
- Mort: Dans les cas les plus graves, la rétention placentaire peut entraîner la mort de la jument.
Diagnostic de la rétention placentaire
Le diagnostic de la rétention placentaire est généralement évident lorsque le placenta est visible aux lèvres vulvaires et n'a pas été expulsé dans les délais normaux. Cependant, dans certains cas, seule une partie du placenta peut être retenue, ce qui rend le diagnostic plus difficile.
Il est essentiel d'examiner attentivement le placenta après son expulsion pour vérifier son intégrité. Le placenta doit être étalé sur le sol en forme de "F", avec le corps de l'utérus correspondant au pied du F et les cornes utérines aux branches. Il faut vérifier l'absence de morceaux manquants, la couleur (rouge à rosée, uniforme) et l'épaisseur (à peu près identique partout). Une couleur jaunâtre ou marron peut indiquer une infection, tandis qu'une couleur hétérogène ou une zone blanche peut traduire une diminution des échanges mère-poulain pendant la gestation.
Gestion et traitement de la rétention placentaire
La gestion de la rétention placentaire doit être rapide et efficace pour minimiser les risques de complications. Le traitement repose sur plusieurs approches :
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- Ocytocine: L'administration d'ocytocine est la pierre angulaire du traitement. Cette hormone stimule les contractions utérines, favorisant le détachement et l'expulsion du placenta. L'ocytocine peut être administrée par voie intraveineuse ou intramusculaire, en bolus répétés toutes les 1 à 2 heures.
- Tractions douces: Si une partie du placenta est visible à la vulve, des tractions douces peuvent être exercées pour faciliter son expulsion. Il est important de ne jamais tirer avec force sur le placenta, car cela peut provoquer des déchirures utérines. La mise en place de nœuds multiples avec les annexes faisant protrusion et/ou la mise en place d’un poids sur ces annexes améliorent l’effet de la gravité et aident à la délivrance. Remonter le niveau du placenta qui pend au-dessus de la pointe des jarrets de la jument permet de ménager l’effet de traction naturelle douce imprimé par le balan, tout en évitant que la jument déchire le placenta ou invagine une corne utérine en marchant dessus.
- Lavages utérins: Les lavages utérins permettent d'éliminer les débris placentaires, les lochies (écoulements post-partum) et les bactéries de l'utérus. Ils peuvent être réalisés avec du sérum physiologique stérile.
- Antibiotiques: L'administration d'antibiotiques par voie générale est souvent nécessaire pour prévenir ou traiter une métrite. Le choix des antibiotiques dépendra des bactéries impliquées, identifiées par un antibiogramme. Les associations pénicilline-gentamicine et triméthoprime-sulfonamide sont fréquemment utilisées.
- Anti-inflammatoires: Des anti-inflammatoires peuvent être administrés pour réduire l'inflammation et la douleur associées à la métrite et à l'endotoxémie.
- Calcium: Il est nécessaire de s’interroger sur le statut en calcium si la délivrance n’intervient pas rapidement, malgré le traitement ocytocique. En cas d’anormalité de celui-ci, du calcium gluconate à 23 % est utilisé : 100 à 150 ml dans 3 à 5 litres de Ringer lactate en perfusion lente.
- Extraction manuelle: Dans certains cas, l'extraction manuelle du placenta peut être nécessaire. Cette procédure doit être réalisée avec précaution par un vétérinaire expérimenté, sous anesthésie et avec une asepsie rigoureuse, pour éviter de léser l'utérus. La torsion du placenta peut être utilisée : il convient de réaliser une tresse ou une torsade avec les éléments de placenta faisant protrusion à la vulve. La torsade, en progressant, aura pour effet de provoquer un décollement progressif de l’allantochorion. Si l’allantochorion est intact, un lavage utérin peut être réalisé en remplissant l’espace entre l’allantochorion et la membrane amniotique. - création d’un anneau avec pouce et index de la main droite (progression rétrograde) et traction/tension simultanée exercée par la main gauche, ou inversement, selon la dextérité de l’opérateur.
Prévention de la rétention placentaire
Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir la rétention placentaire, certaines mesures peuvent réduire le risque :
- Assurer une bonne nutrition à la jument pendant la gestation: Une alimentation équilibrée, riche en vitamines et en minéraux, est essentielle pour la santé du placenta et de l'utérus.
- Surveiller attentivement la jument pendant le poulinage: Une surveillance étroite permet de détecter rapidement les anomalies et d'intervenir si nécessaire.
- Faire appel à un vétérinaire en cas de poulinage dystocique: Une intervention obstétricale rapide et appropriée peut réduire le risque de rétention placentaire.
- Réaliser un examen gynécologique avant la mise à la reproduction: Cet examen permet de détecter les anomalies de l'appareil génital de la jument, qui pourraient augmenter le risque de rétention placentaire.
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