L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est une décision personnelle et une étape qui peut susciter de nombreuses questions, tant sur le plan physique que psychologique. Cet article vise à fournir des informations claires et structurées sur les conseils et recommandations à suivre après une IVG, en particulier concernant la reprise des rapports sexuels, le choix de la contraception et la gestion du bien-être émotionnel.
Qu'est-ce qu'une IVG ?
L’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou avortement désigne le fait de mettre fin à une grossesse non désirée grâce à une procédure médicale. Il s’agit d’une interruption médicale de la grossesse. Il existe deux méthodes principales d'IVG :
- IVG médicamenteuse : Cette méthode consiste à prendre deux médicaments sous forme de comprimés. Le premier servant à interrompre la grossesse et le second à provoquer l’expulsion de l'œuf ou de l’embryon en générant des contractions de l’utérus. L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée sous la supervision d’un médecin généraliste, d’un gynécologue ou d’une sage-femme. Elle peut aussi être réalisée dans un centre de planification (planning familial).
- IVG chirurgicale (ou instrumentale) : Il s’agit d’une petite intervention chirurgicale qui se déroule à l’hôpital ou dans un centre spécialisé. Elle peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale en fonction de votre état de santé et de votre souhait. En passant par le vagin, le médecin va dilater le col de l’utérus puis venir aspirer l'embryon grâce à un tube.
Reprise des rapports sexuels après une IVG
La reprise des rapports sexuels après une Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) peut être une étape difficile pour certaines femmes. Les professionnels de santé conseillent généralement de ne pas avoir de rapports sexuels post-IVG jusqu'à l'arrêt des saignements (pouvant aller d'une semaine à 15 jours). Ceci pour éviter des risques d'infections gynécologiques.
Délai recommandé et précautions
Après un avortement, le col de l'utérus peut rester ouvert jusqu'à 15 jours dans le cas d'une IVG chirurgicale ou d'un curetage. Il est donc conseillé d'attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période.
Si vous avez des complications post-IVG (échec, curetage, infections vaginales, lésions), ce sont des contre-indications pour la reprise d'une activité sexuelle.
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Écoute de soi et communication avec son partenaire
Il est très important de ne pas vous forcer à avoir des rapports sexuels. Faites l’amour seulement si vous en avez envie et pas uniquement pour faire plaisir à votre partenaire ou par sentiment d’obligation. Même si vous êtes à l'initiative du rapport sexuel, vous avez tout à fait le droit de l’interrompre si vous n’en avez plus envie. N’hésitez pas à lui confier vos appréhensions et à formuler ce dont vous avez envie et au contraire ce que vous ne voulez pas.
Après une IVG surtout lorsqu’elle est chirurgicale, il arrive que le vagin et l’utérus soient sensibles ce qui peut occasionner des douleurs à la pénétration. En plus des saignements provoqués par l'avortement qui peuvent aussi gêner certaines femmes. C’est pourquoi il est préférable de vous tourner vers les rapports non pénétratifs. Caresses, sexe oral, utilisation de sextoys… Il existe une multitude de manières de vous faire plaisir. Le meilleur moyen de se réapproprier son corps, c’est de l’explorer soi-même. Avec les doigts ou un sextoy, redécouvrez votre plaisir au rythme qui vous convient.
Contraception après une IVG
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé de reprendre une contraception le jour même de l’IVG. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).
Choix de la contraception
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier.
Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
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Moment de débuter la contraception
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
- Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse.
- Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée :
- le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ;
- le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.
- Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
Remboursement de la contraception
Sont remboursables par l'Assurance maladie :
- certaines pilules contraceptives ;
- les implants contraceptifs hormonaux ;
- les progestatifs injectables ;
- les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ;
- les diaphragmes ;
- certaines marques de préservatifs externes (masculins).
Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret.
Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles.
Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.
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Suivi médical après une IVG
Après une IVG, le suivi par le professionnel de santé est essentiel pour s’assurer que la méthode a bien fonctionné et qu’il n’y a aucune complication. C’est aussi l’occasion d’aborder certaines questions, comme les prochaines règles après l’IVG ou le choix de la contraception.
La consultation de suivi
La consultation de suivi est indispensable après une IVG médicamenteuse ou une IVG instrumentale. Le professionnel de santé (médecin ou sage-femme) :
- s'assure que l’interruption de la grossesse a bien eu lieu ;
- vérifie que vous ne présentez aucune complication ;
- aborde avec vous le choix de la contraception la plus adaptée à votre mode de vie, qui peut être prise ou posée lors de cette consultation si ce n'est pas déjà le cas.
Examens médicaux
Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Saignements vaginaux
Après un avortement, les saignements vaginaux peuvent durer de deux à trois semaines. Les règles arrivent dans les quatre à huit semaines après l’avortement. Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.
Symptômes de grossesse
Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale. Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné.
Quand consulter en urgence ?
Après votre IVG, n’attendez pas votre consultation de suivi si vous présentez :
- de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ;
- des pertes très abondantes de sang ;
- de très fortes douleurs abdominales ;
- un malaise.
Contactez alors rapidement l’établissement où a eu lieu votre intervention, le médecin ou la sage-femme.
Soutien psychologique après une IVG
Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.
Consultation psychosociale
La consultation psychosociale est obligatoire pour les personnes mineures et doit être réalisée avant le recueil du consentement. Toutes les personnes majeures peuvent la demander dans le cadre du suivi de l’IVG. Cette consultation est gratuite. C’est une conseillère conjugale et familiale qui vous reçoit et vous écoute. Pour les majeures, cet entretien peut se dérouler avant l’IVG et/ou après. N’hésitez pas à en formuler la demande auprès du professionnel de santé si vous en ressentez le besoin.
Gérer les émotions
Le temps après l’avortement est vécu différemment par chaque femme. Certaines éprouvent un soulagement, d’autres sont habitées par des émotions intenses et douloureuses. Le bouleversement hormonal induit par l’arrêt de la grossesse peut engendrer tristesse et pleurs. Ces émotions ne sont pas toujours comprises et difficiles à partager en couple et avec l’entourage le plus proche. Ce mal-être peut être aussi alimenté par un sentiment de colère et d’abandon quand la grossesse et l’avortement se sont accompagnés d’une rupture et d’une séparation.
Si ces sentiments et ces émotions douloureuses durent dans le temps, il est important de vous confier pour ne pas rester seule, à des proches ou à des professionnels. Il n’est pas toujours facile de trouver le bon interlocuteur pour se sentir entendue et comprise. Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.
Parler de l'IVG
Parler de votre IVG ou non est un choix personnel. Vous êtes libre d'en parler à qui vous le souhaitez. Les professionnels de santé vous accompagnent et vous conseillent sans jugement. L’IVG ne doit pas être taboue, c’est un acte médical courant qui concerne une femme sur trois en France.
Vous pouvez également en parler à votre partenaire et/ou à une personne de confiance si vous en ressentez le besoin. Partager votre expérience peut vous permettre de mieux vivre cet événement. Si vous ne vous sentez pas à l’aise avec vos proches, certaines associations ou sites web existent pour libérer la parole autour de ce sujet.
Impact sur la fertilité
Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc).
Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale. Ce risque n’est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.
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