La cohabitation avec un animal de compagnie pendant la grossesse est une source de joie pour de nombreuses femmes. Cependant, elle soulève des questions concernant les risques potentiels pour la santé de la future mère et de son bébé, notamment en ce qui concerne les traitements anti-puces. Cet article vise à informer les femmes enceintes sur les dangers liés à l'utilisation d'anti-puces et à fournir des conseils pour minimiser les risques tout en assurant le bien-être de leurs animaux de compagnie.
Animaux de compagnie et grossesse : une cohabitation à risque ?
Avec 63 millions d’animaux domestiques, la France est le pays européen qui compte le plus d’animaux de compagnie : près d’un foyer sur deux en possède un. Avoir un animal de compagnie pendant la grossesse peut être une source de réconfort et de bonheur. Néanmoins, il est essentiel d'être conscient des risques potentiels pour la santé, notamment en ce qui concerne les allergies, les maladies transmissibles et l'utilisation de produits antiparasitaires. Les femmes enceintes sont plus vulnérables en raison de la baisse d'immunité physiologique qui permet au corps de tolérer le fœtus.
Allergies aux animaux : un risque accru pendant la grossesse
Si les allergies au chat sont répandues, celles au chien existent cependant également. Ainsi, quel que soit votre animal de compagnie, il peut être source d’une allergie. Les allergènes sont en fait présents dans sa salive et se retrouvent sur les poils de votre animal préféré quand il se lèche : partout où votre animal en laisse, il y a donc potentiellement des allergènes. Même si vous n’avez pas de terrain allergique, vous faites partie de la population dite à risque : durant la grossesse, il n’est pas rare que les allergies s’intensifient ou apparaissent carrément, sous l’effet des hormones de grossesse.
Les manifestations allergiques vont de la rhinite allergique, aux yeux larmoyants, en passant par une gêne respiratoire. Il est donc important de rester vigilante si vous avez un animal de compagnie et que vous êtes enceinte, particulièrement en cas d’asthme préexistant à la grossesse. En effet, si vous avez du mal à respirer… votre bébé sera moins bien oxygéné. Il est donc important de vous traiter et de faire en sorte de réduire les sources possibles d’allergie.
Zoonoses : les maladies transmissibles par les animaux
Votre animal de compagnie peut aussi être vecteur de maladies, appelées aussi « zoonoses », bien que les risques soient relativement faibles. Chat, chien, oiseaux, tortues ou NAC (nouveaux animaux de compagnie, auxquels appartiennent les serpents par exemple) peuvent vous contaminer.
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Parmi les zoonoses les plus préoccupantes pendant la grossesse, on retrouve :
- La toxoplasmose : Bégnine en temps normal, la toxoplasmose, transmise par le parasite Toxoplasma gondii, peut s’avérer très dangereuse pour la femme enceinte. Beaucoup d’animaux et en particulier le chat sont porteurs de ce parasite sans le savoir. En début de grossesse, il est conseillé de passer une sérologie de la toxoplasmose afin de savoir si vous avez déjà été en contact avec la maladie. Si c’est le cas, vous êtes immunisée contre la maladie. Si la sérologie indique que vous avez actuellement la toxoplasmose, vous passerez une amniocentèse afin de vérifier que votre futur bébé va bien. Si c’est le cas, un traitement sera prescrit pour éviter que le parasite ne contamine le fœtus ou pour l’aider à lutter contre la maladie s’il est touché. S’il présente déjà des malformations, les médecins pourront proposer une interruption médicale de grossesse.
- La salmonellose : Nos fidèles amis à quatre pattes transportent également des salmonelles, une bactérie responsable d’une fièvre importante et soudaine, de douleurs abdominales et de diarrhées accompagnées de nausées, voire de vomissements. Si là encore cette infection est sans risque pour la population, enceinte, cela représente un danger pour vous, en raison des risques de déshydratation, et peut causer le décès de votre fœtus. Fréquente chez les reptiles, la maladie bactérienne (la salmonelle), présente dans les intestins, passe inaperçue mais est particulièrement contagieuse. La maladie ressemble à une gastro-entérite classique avec fièvre, diarrhée, vomissements. Plus rarement, elle peut aussi entraîner une forte déshydratation, une septicémie voire un avortement spontané.
- La teigne : Chat, chien, lapin, cochon d’Inde et autres boules de poils peuvent véhiculer cette maladie due à un champignon. Si la maladie ne présente pas de danger immédiat, puisqu’elle se manifeste sous forme de plaques localisées généralement sur le cuir chevelu, le traitement habituellement donné pour la traiter est déconseillé durant la grossesse, rendant la guérison difficile et plus longue. Maladie provoquée par un champignon (microsporum canis), la teigne est souvent véhiculée par le cochon d’Inde bien que le lapin, le chien ou le chat soient tout autant concernés. Si votre animal présente quelques tonsures, des endroits où il manque de poils, des croûtes sur la tête, c’est qu’il a sûrement la teigne. Cela dit, la maladie est parfois asymptomatique. Si la maladie est bénigne, elle peut être longue à soigner et particulièrement désagréable. Si son traitement consiste en de simples cachets oraux, il est contre-indiqué durant la grossesse.
- La pasteurellose : Transmise par morsure ou griffure, la pasteurellose est due à la bactérie Pasteurella multocida. Vivant sur les gencives de nos animaux, une légère griffure ou une morsure suffit à nous contaminer. Si vous êtes touchée, vous le saurez très rapidement : la zone de griffure ou de morsure devient vite douloureuse, elle gonfle, est rouge, chaude, peine à cicatriser. Vous pourriez avoir de la fièvre et des ganglions. Si vous observez ces symptômes, consultez rapidement votre médecin. Un traitement antibiotique suffira et évitera d’autres complications.
Danger des anti-puces pour la femme enceinte
L’usage de pesticides pour les chiens et les chats est quelque chose de tout à fait commun lorsqu'on a un animal à la maison : sous forme de traitement externe conditionné en pipette ou en collier par exemple, vous avez pour habitude de traiter votre chat ou votre chien contre des parasites tels que les puces ou les tiques. Or l’utilisation de ces traitements doit être accompagnée de mesures de protection, particulièrement si vous êtes enceinte. Ils contiennent de puissants pesticides tels que le fipronil, la perméthrine et la tétraméthrine. Leur dangerosité est avérée, notamment pour le bon développement du cerveau du bébé que vous portez ; ils seraient même cancérigènes. Les risques sont présents au moment de l’application, mais pas uniquement : en caressant votre animal, vous pouvez être en contact avec ces substances. La plus grande prudence face à ces produits est de mise.
Molécules à risque et effets potentiels
Plusieurs molécules présentes dans les anti-puces sont considérées comme dangereuses pour les femmes enceintes et le développement du fœtus :
- Fipronil : Le fipronil est une molécule de la famille chimique des phénylpyrazoles. Il a été utilisé pendant de longues années en agriculture, cet usage est aujourd’hui très limité en raison des risques de pollution et de contamination des produits alimentaires. Néanmoins, son usage dans le domaine vétérinaire est toujours possible suite aux autorisations de mise sur le marché qui ont été délivrées pour certains médicaments contenant ce principe actif. Plusieurs produits anti puces pour chiens et chats ont été retirés des rayons de magasins de jardinerie, révèlent nos confrères de Libération. Les parents ne pensaient pas qu'en soignant leur chien ou leur chat, ils pourraient mettre en danger leurs enfants. Et pourtant. Mettre de l'antipuces à son animal est loin d'être anodin pour la santé de la famille. Le quotidien Libération révèle le retrait de nombreux produits vendus dans des enseignes comme Botanic. Parmi eux : Frontline, Fiprokil, Effitix, Effipro. Contenant des insecticides neurotoxiques comme la tétraméthrine, ils peuvent être à l’origine de troubles cognitifs et de cancers. Ces antipuces contiennent aussi du fipronil qui est interdit d'utilisation par les agriculteurs français car trop nocifs pour les abeilles. Un produit trop nocif pour être utilisé en agriculture mais qui se retrouve chez vous comme l'avait révélée l'association Génération Futures en 2014. De plus, ce produit a été classé cancérigène possible par l'Environmental protection agency (EPA) américaine. Mais ce n'est pas tout. Une étude datant de mars et publiée dans le Journal of Alzheimer's Diseases souligne que le fipronil et son dérivé, le fipronil-sulfone, provoque chez le rat des changements dans le cerveau, souvent associés à la maladie d'Alzheimer.
- Pyrethrinoïdes (perméthrine, tétraméthrine) : Les diffuseurs électriques qui se branchent sur une prise de courant sont parfois efficaces, parfois moins. Tout dépend de leur composition. Ils dominent le marché mondial des insecticides. Prétendument plus sûrs, ils ont remplacé les organophosphorés. Mais leur action (ils tuent les insectes rapidement en agissant sur leur système nerveux) peut poser question sur leur innocuité à long terme. Des recherches indépendantes ont suggéré que certains pyréthrinoïdes sont potentiellement neurotoxiques, cancérogènes, reprotoxiques, et capables de perturber le système endocrinien. L ’expertise collective de l’INSERM en juillet 2021 ([9]) montre que « les nouvelles études sur les pyréthrinoïdes mettent en évidence un lien entre l’exposition pendant la grossesse et l’augmentation des troubles du comportement de type internalisé tels que l’anxiété chez les enfants. Ces mécanismes ont été observés à de faibles doses et en lien avec un impact sur le comportement animal. Des études menées à différents stades de développement montrent que l’imprégnation cérébrale en deltaméthrine est inversement proportionnelle à l’âge, suggérant que la plus grande sensibilité aux insecticides pyréthrinoïdes chez les plus jeunes organismes pourrait être expliquée par une barrière hémato-encéphalique hyperperméable.
- Organophosphorés et carbamates : [3] Les organophosphorés et les carbamates inhibent l’activité de l’acétylcholinestérase (AChE), responsable de la dégradation de l’acétylcholine (ACh), ce qui cause l’accumulation de l’ACh au niveau synaptique, avec une hyperstimulation du système cholinergique.
Ces substances peuvent avoir des effets néfastes sur le développement neurologique de l'enfant, augmenter le risque de troubles du comportement (anxiété) et potentiellement être cancérigènes.
Exposition et vulnérabilité
La sensibilité accrue des enfants aux pesticides s’explique par une exposition plus importante que les adultes. En effet, jouant par terre et portant tout à la bouche ils sont très vulnérables aux poussières du sol qui stockent ces polluants. Jean-François Viel et Cécile Chevrier, responsables de l’étude Pelagie publiée en juin 2015([10]), se sont appuyés sur le suivi épidémiologique de 3 500 duos mère-enfant en Bretagne depuis 2002 pour étudier l’impact des polluants chimiques du quotidien sur la santé. Près de 300 mères suivies dans ce cadre pendant leur grossesse ont été sélectionnées au hasard. Elles ont participé à l’étude avec leur enfant. À 6 ans, tous les enfants ont passé des tests d’évaluation de leur compréhension verbale et de leur mémoire de travail. Les éléments familiaux pouvant jouer un rôle sur leur développement intellectuel ont été analysés. Il existe donc une relation très significative entre l’augmentation des taux de métabolites de pyréthrinoïdes dans les urines des enfants et la baisse des performances cognitives. Les enfants présentant les taux les plus élevés ont obtenu des résultats inférieurs aux tests de compréhension verbale et de mémoire de travail. Et s’ils étaient plus exposés aux pyréthrinoïdes que les enfants ayant mieux réussi les tests, il ne s’agissait pourtant que de faibles doses. Des résultats d’autant plus inquiétants que la quasi-totalité des logements sont contaminés par la perméthrine, une des pyréthrinoïdes les plus préoccupantes selon l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur.
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Les risques sont présents au moment de l’application, mais pas uniquement : en caressant votre animal, vous pouvez être en contact avec ces substances. Il est important de noter que les effets délétères ne sont pas seulement observés à fortes doses, ni que le cerveau en développement est particulièrement sensible à l’exposition chroniques même de faibles doses à des agents toxiques.
Précautions à prendre pendant la grossesse
Pour minimiser les risques liés aux anti-puces pendant la grossesse, il est essentiel de prendre des précautions et d'adopter des alternatives plus sûres.
Alternatives aux traitements chimiques
Si de jeunes enfants et/ou une femme enceinte est potentiellement au contact de l’animal à traiter, il faudra préférer les traitements par comprimés aux formes à application locale. Dans tous les cas, il est important de choisir le produit avec le moins de composants possible tout en respectant l'espèce à laquelle il est destiné.
- Traitements oraux (comprimés) : Dans la notice il est conseillé de placer le produit entre les omoplates de l’animal, afin de ne pas être accessible par un chien ou un chat avec sa langue, il ne pourra donc pas avaler le produit une fois celui-ci appliqué.
- Solutions naturelles : Par exemple, l'utilisation d'huiles essentielles, comme l'huile de lavande ou de citronnelle, peut être efficace pour repousser les puces.
Mesures d'hygiène et de prévention
Pour limiter les risques, il faut que vous adoptiez certains gestes le temps de la grossesse :
- lavez-vous soigneusement les mains après avoir caressé votre chat ou votre chien, particulièrement avant de cuisiner ;
- demandez à votre conjoint de s’occuper de la litière ou de nettoyer l’aquarium si vous possédez un poisson ;
- aérez votre logement tous les jours durant au moins 10 minutes ;
- lavez régulièrement ce qui peut l’être et qui est en contact avec votre animal (housse de canapé, panier…) ;
- limitez ou interdisez l’accès de votre animal à votre chambre ;
- ne touchez pas votre animal lors de vos repas ;
- évitez de lui faire des bisous.
Conseils supplémentaires
- Consultez un vétérinaire : Demandez conseil à votre vétérinaire pour connaître les options de traitement les plus sûres pour votre animal pendant votre grossesse.
- Évitez les bombes anti-puces : L'utilisation de bombes anti-puces peut présenter certains risques pour votre santé. Les produits chimiques contenus dans ces bombes peuvent être toxiques s'ils sont inhalés en grande quantité. Il est donc essentiel de prendre des précautions lors de l'utilisation de bombes anti-puces. De plus, il est important de noter que certains produits chimiques présents dans les bombes anti-puces peuvent également avoir des effets à long terme sur la santé humaine. Des études ont montré que l'exposition prolongée à ces substances peut être liée à des problèmes respiratoires, des troubles hormonaux et même certains types de cancer. En outre, il convient de souligner que les femmes enceintes, les personnes souffrant de problèmes respiratoires préexistants et les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes des produits chimiques contenus dans les bombes anti-puces.
- Soyez vigilante face aux allergies : Si vous craignez d’être devenue allergique à votre compagnon à 4 pattes, ne vous en faites pas, il existe aujourd’hui des traitements pour réduire les symptômes et supporter sa présence. À noter : Une allergie n’a pas d’impact sur le développement du fœtus. Si l’allergie est confirmée, le médecin prescrira un traitement adapté à votre grossesse. Certains antihistaminiques peuvent être donnés sans risque, comme la Ventoline ou d’autres traitements à base de corticoïdes.
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