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Anne de Rosanbo : Avortement et Contexte Biographique dans l'Affaire Philippe et l'Arche

Introduction

L'histoire d'Anne de Rosanbo est inextricablement liée aux controverses entourant le père dominicain Thomas Philippe, la communauté de l'Eau vive et l'association l'Arche. Son avortement en 1947, entouré d'une dimension mystique troublante, est un élément clé révélant les dérives spirituelles et sexuelles au sein de ce cercle. Cet article explore le contexte biographique d'Anne de Rosanbo, son implication dans les affaires Philippe, et les implications de son avortement dans le cadre plus large des abus et des dérives sectaires au sein de l'Église.

Le Carmel de Nogent et l'Emprise de Thomas Philippe

Dans les années 1940 et 1950, le carmel de Nogent-sur-Marne est au cœur des pratiques mystico-sexuelles initiées par Thomas Philippe et, avant lui, son oncle Thomas Dehau. Thomas Philippe, né en 1905, dominicain charismatique, fonde le centre de formation spirituelle l'Eau vive dans l'Essonne. Rapidement, son ascendant sur les femmes de la fondation suscite des inquiétudes.

Au carmel de Nogent, où officie une cousine de Thomas Philippe, l'évêque auxiliaire de Paris, Pierre Brot, constate en 1950 un "engouement excessif", "proche de l'adoration" pour le père Philippe. Il note ses visites nocturnes, ses repas secrets avec la prieure et le travail tardif avec une sœur au parloir. Le père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus met à jour la nature exacte des relations entre le prêtre et les religieuses, entraînant la déposition de la prieure, Mère Thérèse.

Une sous-prieure témoigne en 1956 des pratiques mystico-sexuelles qui se déroulent au carmel, impliquant au moins six religieuses. Elle révèle que ces relations ont commencé avec l'oncle de Thomas Philippe, Thomas Dehau, également prêtre dominicain.

L'Avortement d'Anne de Rosanbo : Un Acte Mystique

L'enquête menée en 1956 révèle l'implication de Mère Thérèse dans l'avortement d'Anne de Rosanbo en septembre 1947. Anne de Rosanbo, un temps religieuse au monastère de la Croix, quitte les ordres pour s'installer près de la communauté de l'Eau vive. Elle se fait avorter discrètement avec l'aide d'une autre disciple.

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Cet acte, destiné à éviter un scandale, est revêtu d'une dimension mystique glauque : le fœtus est baptisé et conservé comme une relique jusqu'en 1952. Ce témoignage relance l'enquête qui s'enlisait à Rome en 1955.

Le rapport de la commission indépendante sur l'Arche révèle une information marquante : un témoignage inattendu d'un dominicain fit état de cet avortement pratiqué pour mettre fin à la grossesse d’Anne de Rosanbo, proche de Thomas Philippe, et du terrible « sens » mystique que le petit groupe d’initiés lui donna.

La Mystique Dévoyée de Thomas Philippe

Selon sa défense rédigée en 1956, Thomas Philippe aurait reçu « certaines grâces très obscures » impliquant « les organes sexuels » au cours d’une sorte de « nuit de noces » avec la Vierge Marie en 1938. Il développe des arguments théologiques pour justifier ses pratiques sexuelles avec des contemplatives ou de jeunes femmes en quête de vocation religieuse qu'il accompagnait spirituellement.

Le rapport expose aussi l’origine que le dominicain Thomas Philippe donnait lui-même à ses pratiques.

Les Conséquences et les Défaillances de l'Église

En 1956, Thomas Philippe est interdit d'exercer son ministère suite aux témoignages de victimes d'abus sexuels. Son frère, Marie-Dominique Philippe, est également condamné en 1957 pour avoir couvert ses dérives. Cependant, ces condamnations n'ont pas mis fin aux dérives mystico-érotiques des membres de la secte.

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Le rapport de la commission indépendante sur l'Arche met en lumière une défaillance des autorités ecclésiales. Deux lanceuses d'alerte ont joué un rôle déterminant dans les années 1950, mais les sanctions contre les frères Philippe sont restées secrètes ou ont été minimisées. D’autres membres de la famille Philippe ont également été sanctionnés par Rome. Les motifs de la condamnation de leur sœur, l’ancienne prieure du couvent voisin de l’Eau vive, sont dévoilés : Mère Cécile fut déposée du jour au lendemain et envoyée dans un autre couvent sous un autre nom pour avoir poussé des religieuses de sa communauté dans les bras de son frère, eu des relations homosexuelles avec plusieurs d’entre elles et des relations incestueuses avec son frère. Enfin, leur oncle, le père Thomas Dehau, dominicain lui aussi renommé dans l’ordre, reçut un avertissement canonique, peine légère qu’il ne dut qu’à son âge - il allait mourir la même année, 1956 - car il aurait reconnu avoir fait lui aussi « des choses mystérieuses » avec des religieuses qu’il accompagnait spirituellement.

L'Arche et l'Héritage de Thomas Philippe

Jean Vanier, fils spirituel de Thomas Philippe, a fondé l'Arche en 1964. L'enquête révèle que l'Arche était d'abord la continuité d'un petit groupe préexistant, fondé dans les années 1940 par le frère dominicain Thomas Philippe au sein du centre spirituel de l’Eau vive, à Étiolles (Essonne). Après la condamnation du père Thomas Philippe par Rome en 1956 et son éloignement, ce « noyau sectaire » est entré dans une culture de la clandestinité utilisant un système de codes dans ses correspondances. Mais il a fini par se reconstituer. Le projet de L’Arche, en 1964, est né à la base de leur désir de se retrouver autour du père Thomas installé dans un village de l’Oise, Trosly-Breuil, qui avait été en contact avec le milieu du handicap les années précédentes.

Malgré les dérives de son fondateur, l'Arche a été protégée de ces déviances. La Commission estime possible de retenir le terme de « secte » pour désigner ce groupe. « Une secte - avec son “clergé”, clercs ou laïcs, à l’image de Jean Vanier ; avec ses rites propres, comme la prière sur le cœur ; et avec ses dogmes spécifiques, ses prophéties privées, son “maximalisme marial”, etc. - une secte cachée au sein d’une institution située au cœur de l’Église. »

Jean Vanier a nourri le projet de devenir prêtre. Pressentant l’emprise dans laquelle il était tombé, Rome refusa toujours, soumettant une éventuelle ordination à un passage au séminaire qui lui aurait permis de donner « des preuves sérieuses de désintoxication ». Pendant vingt-cinq ans, Jean Vanier revint à la charge à plusieurs reprises, et ce jusqu’en 1977. Mais le rapport montre aussi comment Jean Vanier a apprivoisé « certaines fonctions du prêtre et notamment celle de l’accompagnement et du conseil spirituel », prenant une stature prophétique. Maniant l’art de la séduction et de la valorisation de ses interlocutrices, il a entraîné celles qu’il accompagnait spirituellement dans des relations sexuelles sous emprise, avec les mêmes justifications mystiques que son mentor et selon un mode opératoire assez constant, selon les quelque vingt-cinq témoignages - non exhaustifs - examinés par la commission.

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