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Anne-Chantal Pauwels : Une Vie de Passion entre Rallye et Hélicoptères

Anne-Chantal Pauwels incarne une figure exceptionnelle, une femme qui a su s'imposer dans des univers traditionnellement masculins. Son parcours, marqué par une passion indéfectible pour la mécanique et une soif de liberté, l'a menée des routes sinueuses des rallyes aux cieux de la Bretagne, en tant que pilote d'hélicoptère.

Une Passion Précoce pour la Mécanique

La passion d'Anne-Chantal Pauwels pour la mécanique ne date pas d'hier. Dès son plus jeune âge, elle se sent attirée par les moteurs et les machines, un intérêt qui tranche avec l'éducation bourgeoise qu'elle reçoit. « J’ai grandi dans une famille très bourgeoise du nord de la France. Une famille où les filles faisaient de la couture et de la danse. Moi, ce qui m’intéressait, c’était la mécanique et le sport automobile ». Cette passion, loin de s'éteindre avec le temps, va la guider tout au long de sa vie, la poussant à explorer différents horizons et à relever de nouveaux défis.

Des Routes de Rallye aux Cieux : Un Parcours Inattendu

Copilote de Rallye : Une Révélation

Rien ne prédestinait Anne-Chantal Pauwels, fille d'un notaire de Cassel, à se lancer à tombeau ouvert sur les routes. « Je suis issue d’une famille très BCBG où les filles portaient des robes à smocks et faisaient de la danse classique. J’ai fait la révolution chez moi. » Sa rencontre avec François Delecour sur les bancs de l'auto-école de Cassel va changer le cours de sa vie. Un jour, le champion en herbe l'invite à bord de son Autobianchi Abarth A112 pour une descente mémorable du Mont Cassel. « Nous avons fait les deux kilomètres de descente pavée en passant tous les virages en travers ! Pour Anne-Chantal Pauwels, c’est une révélation. »

Âgée d’à peine 18 ans, la jeune femme lâche tout pour vivre sa passion de la vitesse. « J’étais en rébellion totale et j’ai presque fait exprès de rater mon bac. Je ne pensais qu’à ma liberté et à faire ce que je voulais. » Elle devient la copilote de François Delecour, un rôle méconnu, mais indispensable en rallye. « C’est un métier compliqué. On est tout le temps au taquet. On n’a pas le droit à l’erreur. Celle-ci serait mortelle. Physiquement, on en prend plein la gueu le. » Ensemble, ils vont sillonner les routes du monde entier, participant à plus de 200 courses, dont sept fois le rallye Monte-Carlo.

Le Duo Delecour-Pauwels : Une Légende du Rallye

Le duo Delecour-Pauwels va marquer l'histoire du rallye. Leur collaboration est une saga qui a débuté dans la ville de Cassel, et plus précisément sur les bancs d’une auto-école où les deux jeunes gens se sont rencontrés. Les premiers exploits d’Anne-Chantal et de François, c’est sur les pavés détrempés de la région qu’ils ont lieu à bord d’une Autobianchi A112 Abarth (après avoir emprunté la 104 ZS de la mère de François…). D’entraînements « sauvages » se terminant bien souvent en chassés croisés avec la maréchaussée locale, le binôme passe ensuite sur une Samba avec laquelle il réalise un premier coup d’éclat lors de l’édition 1984 du rallye Monte-Carlo. S’ensuivent les années coupe 205 GTI en 1985 et 1986 avec en point d’orgue le titre d’espoir décerné en fin d’année 86 à François par la revue Echappement, puis la période officielle en championnat de France sur la 205 Groupe A du GCAP (le Groupement des Concessionnaires Automobiles Peugeot) suivie d’une saison 1988 moins complète, mais cette fois à bord d’une BMW M3 E30.

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Leur complicité et leur talent les mènent au sommet, frôlant la victoire au rallye Monte-Carlo 1991. Un duo devenu mythique pour beaucoup suite à cette fameuse phrase, répétée en boucle par le pilote en larmes à l’arrivée de la dernière spéciale du Monte-Carlo 1991, trahi par sa Ford Sierra Cosworth alors qu’il avait course gagnée.

Pilote d'Hélicoptère : Une Nouvelle Aventure

Après une folle décennie à enchaîner les virages, le duo Delecour-Pauwels se sépare après le rallye Monte-Carlo 1991. Anne-Chantal Pauwels se tourne vers d’autres horizons. Elle devient pilote professionnelle d’hélicoptère. « J’y songeais depuis toujours. Mon père m’a confortée dans cette idée-là. »

Basée à Vannes, Anne-Chantal Pauwels pilote un Écureuil pouvant embarquer cinq passagers pour le compte de la société Héliberté. Au programme, transport de passagers vers les îles et vols touristiques au-dessus des plus beaux sites de la pointe bretonne. Elle compte aujourd’hui 1 550 heures de vol. « C’est un métier très technique, j’adore ça. Ce qui est merveilleux, c’est la liberté d’évolution. »

Anne-Chantal Pauwels est l’une des vingt femmes pilote d’hélicoptère en France. À Héliberté, elle s’est spécialisée dans le travail aérien. Entre tournages de films, survol de lignes à haute tension et extinction des incendies, comme cet été à Belle-Ile.

Une Femme dans des Mondes Masculins : Défis et Réussites

Anne-Chantal Pauwels a su trouver sa place en tant que femme dans des mondes masculins. Pour elle, l’intégration en tant que femme dans les milieux très masculins du rallye et de l’hélicoptère a été un enfer dans ces deux milieux. Mes parents voulaient que je fasse des études, que je sois la jeune fille sage, j’ai rué dans les brancards et je suis partie de la maison. J’ai fait ce que j’avais envie de faire, des rallyes. J’étais chargée de chercher les sponsors et de faire copilote. A cette époque-là, les gens n’avaient pas l’habitude de voir une nana copilote et surtout pas en championnat du monde, je me suis retrouvée la seule femme. Il a vraiment fallu se faire respecter, montrer beaucoup plus de compétences que les hommes. Pour l’hélicoptère, c’est selon moi encore plus difficile, car il y a beaucoup d’anciens militaires. Lesquels sont redoutables car ils ont passé leurs vies entre hommes.

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Malgré les difficultés, elle a su s'imposer grâce à sa détermination, ses compétences et sa passion. Nos points forts en tant que femme dans ce milieu sont notre assiduité, notre capacité d’écoute. Nous n’avons pas un égo surdimensionné contrairement à certains hommes. Malgré ma présence singulière et les planches savonneuses auxquelles j’ai dû faire face je n’ai jamais voulu arrêter.

Sa présence féminine a pu donner aux femmes de l’intérêt pour ce sport. Personnellement, j’ai créé des stages de pilotage pour femmes sur circuit, notamment pour l’apprentissage de la conduite sécurité. Ces femmes ont trouvé ça absolument génial. Imaginez qu’à défaut de s’intéresser au niveau de performance, elles peuvent venir apprendre à piloter pour la sécurité. Je dirais aux jeunes filles qui ont un rêve dit ‘’réservé aux hommes’’ d’oser, de se dépasser pour ne pas avoir de regrets dix ans plus tard. On arrive à abattre des montagnes avec de l’intelligence et de la réflexion.

Au-Delà des Courses et des Vols : Une Vie Bien Remplie

Mère de famille (un garçon de 19 ans, une belle-fille de 28 ans), mariée avec un ostéopathe, musicien de blues à ses heures perdues, elle n’a pas rompu les ponts avec le monde du sport automobile. Elle continue d’enseigner le pilotage sur les circuits de Lohéac (Ille-et-Vilaine) et Fay-de-Bretagne (Loire-Atlantique). Elle doit disputer le prochain Tour de France automobile, prévu en septembre, au volant d’une Opel GT de 1972. Journaliste, elle pige régulièrement pour les magazines de sport automobile.

Anne Chantal se consacre aujourd’hui à ses mille métiers : pilote professionnelle hélicoptère au sein de la compagnie Héliberté dans le grand ouest, guide sur les rallyes WRC, journaliste automobile, instructrice de pilotage, copilote en VHC.

Elle n’a pas laissé pour autant sa plume dans le porte-carte, puisque la voici à l’essai dans un nouveau genre qu’elle affectionne : l’écriture délirante. Pour petits et grands, ça va de soi, et toujours sur ce thème cher à son cœur : les rallyes, les voitures, les courses ! FIESTA AU MONTE CARLO explique en détails colorés les plus belles spéciales du rallye éponyme, cite les anecdotes croustillantes et les bagarres mémorables de ce rallye atypique, sur fond d’aventure où les méchants s’arrangent pour perturber le bon ordre des classements ! Vous voulez que vos enfants aiment la lecture ?

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Une Adoption : Un Facteur Déterminant ?

Pourquoi ce besoin de tracer sa route hors des chemins trop bien balisés ? Pourquoi cette incroyable énergie et cette « rage de vivre » ? Est-ce lié au fait d’avoir été adoptée juste après sa naissance ? Anne-Chantal Pauwels n’élude pas la question. Pour elle, cette adoption « n’est pas du tout un tabou ». Elle rend hommage à ses parents qui l’ont « très bien éduquée » tout en constatant : « J’étais le vilain petit canard dans la famille. Je n’étais pas programmée génétiquement de la même manière que mes frères et ma sœur. Ils ont fait des études supérieures. Pas moi. Je n’ai pas eu la carrière que l’on a rêvée pour moi en tant que parents. J’ai sans doute senti que je les décevais. Et cela a contribué au fait de ma rébellion.

Une Passion Intact

Aujourd’hui assagie, mais toujours passionnée, Anne-Chantal Pauwels confesse : « J’ai l’esprit de compétition. On naît comme ça, ou pas. Même quand je faisais du karting avec mon fils, je me battais pour gagner. » Même si à 60 ans, Anne-Chantal Pauwels ne peut plus faire de transport de passager, ce qui la fait pester. Mais elle a bien l’intention de continuer longtemps à piloter son hélicoptère pour du travail aérien.

Quand vous arrivez chez Anne-Chantal Pauwels, à Baden, au bord du golfe du Morbihan, elle commence par vous présenter sa Fiat 500. Une vraie, un authentique « pot de yaourt » datant de 1968, qu’elle a dénichée dans un garage au fin fond de l’Italie. Deux étudiants en formation post-bac de mécanique « vintage », au lycée professionnel Jean-Guéhenno de Vannes, se sont chargés de la restaurer. Son moteur bicylindre tourne à nouveau comme une horloge. « Difficile d’aller plus vite sur les petites routes d’ici », sourit Anne-Chantal Pauwels. Elle salue la qualité du travail des étudiants vannetais. « Ils ont vraiment bien réglé le carburateur. Cela demande beaucoup de finesse. Tout cela, c’est un savoir-faire qui se perd. C’est dommage. Parole d’experte.

tags: #anne #chantal #pauwels #biographie

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