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L'Ornithorynque : Un Mammifère Ovipare Fascinant et Venimeux

L'ornithorynque (Ornithorhynchus anatinus) est un animal des plus étranges du règne animal et n'en finit pas de fasciner. Avec son bec de canard, sa queue de castor et son corps recouvert de fourrure, il semble tout droit sorti d’une légende aborigène. Il pond des œufs tel un oiseau mais allaite ses petits comme le mammifère qu’il est. Pendant longtemps, ce spécimen a suscité des interrogations chez les scientifiques. Découvert en Australie en 1796, alors qu’il était chassé pour sa fourrure dotée d’une grande qualité isolante, cet animal a longtemps été une énigme pour les scientifiques au regard de ses nombreuses particularités.

Caractéristiques Physiques et Comportementales

L'ornithorynque affiche une taille moyenne de 40 cm à 60 cm de long (dont son bec-mâchoire de 6 cm et sa queue de 8 cm à 15 cm) pour un poids jusqu’à 2,5 kg. Il revêt une fourrure brune ambrée sur le dos et grise ou noisette sur le ventre. Tel le castor, il possède une large queue allongée, quatre pattes courtes palmées avec des griffes. Couvert d'une peau douce aux allures de cuir, et se prolongeant par une plaque frontale, le bec ressemble à celui d'un canard. Cette spécificité lui a donné son nom (du grec ornithos, oiseau, et runkhos, bec).

Excellent nageur, ce petit mammifère vit dans un terrier à proximité des rivières et des cours d'eau où il passe une bonne partie de son temps. Plutôt solitaire et territorial, il a longtemps été une énigme pour les scientifiques au regard de ses nombreuses particularités : il a ce bec étrange, une large queue poilue qui lui sert de réserve de graisse (et qui, préhensile, lui permet de saisir et tenir des banches ou autres !), des pattes palmées (dont les pattes arrières sont dotées d'un éperon relié à une glande à venin - chez le mâle uniquement), se déplace au sol comme un reptile, génère un champ électrique dans l'eau pour 'voir' son environnement à la manière des poissons et pond des oeufs (une particularité des mammifères monotrèmes qu'il partage avec le seul echidné) !

Pour avancer, il utilise ses pattes avant comme des rames avec un mouvement alterné. Il se sert des pattes arrière et de sa queue comme d’un gouvernail pour se diriger. Le mammifère quadrille son territoire et peut parcourir jusqu'à 4 km pour une femelle adulte et 10 km pour un mâle adulte. Actif toute l'année, il doit ingurgiter un tiers de son poids quotidiennement pour maintenir son métabolisme.

Habitat et Répartition Géographique

L'ornithorynque est un animal semi-aquatique que l'on rencontre essentiellement dans les rivières froides, les billabongs (bras morts d'un cours d'eau), les étangs et les lacs de faible profondeur. Il a une préférence pour les berges plantées d'arbres aux racines profondes parmi lesquelles il creuse son terrier. Son logis s’entoure de végétation en surplomb ou de roseaux afin qu'il s’y sente en sécurité. Le mammifère évite l'eau salée, craint à la fois la sécheresse qui réduit sa quantité de nourriture et les inondations qui peuvent envahir les berges et l'emporter au loin.

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Plus précisément, l'ornithorynque vit dans les cours d'eau et rivières de Tasmanie, des îles de King Island et Kangaroo Island et de la côte est de l'Australie. Les ornithorynques de Tasmanie sont plus massifs et plus grands que ceux d'Australie.

Alimentation et Techniques de Chasse

Plutôt solitaire, l'ornithorynque consacre une grande partie de son temps à se nourrir : entre huit et quatorze heures par jour et on le voit principalement s’activer la nuit, à l’aube et au crépuscule pour éviter les prédateurs. L'ornithorynque se nourrit essentiellement de larves d'insectes, de crustacés, d’œufs de poissons ou d'amphibiens, mais aussi d'alevins, de têtards et de mollusques qu'il déniche sous les pierres en sondant le fond.

Pour chasser, l'ornithorynque plonge sous l'eau durant trente à soixante secondes, en fermant les yeux et les oreilles pour capturer des invertébrés. Il se sert du toucher, grâce à son bec muni de 40 000 récepteurs et terminaisons nerveuses extrêmement sensibles lui permettant de repérer sa nourriture aux infimes modifications de champs électriques que provoquent les mouvements de ses proies. L'ornithorynque se nourrit de février à mai. Durant cette période, il peut stocker dans sa queue 40 % des réserves de graisse de tout son corps lui permettant ainsi de survivre durant l'hiver lorsque les proies se font rares. Avec le froid, les larves s'engourdissent et s'enfouissent plus profondément devenant alors inaccessibles.

Reproduction : Un Mammifère qui Pond des Œufs

L'ornithorynque est un monotrème, la seule famille de mammifères à pondre des œufs. Après l'accouplement qui se déroule dans l'eau, la femelle ramène des feuilles dans le terrier et referme le tunnel de l'intérieur. Après l'accouplement qui a lieu dans l'eau, la femelle va incuber de 1 à 3 œufs dans son utérus pendant 1 mois. Deux à quatre semaines de gestation plus tard, elle pond deux à trois œufs.

Contrairement aux œufs d'oiseaux, l'œuf de l'ornithorynque ne contient pas de réserve pour alimenter le petit et éclot donc rapidement. Pour les couver, la mère se roule en boule et les conserve au chaud contre son ventre à l'aide de sa queue. Après la ponte, elle les couve pendant une dizaine de jours. Au terme d'une incubation d'une douzaine de jours, les bébés éclosent nus et aveugles.

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Allaitement Sans Mamelles : Une Particularité Étonnante

Les juvéniles quittent le terrier pour la première fois avec leur mère vers trois mois et demi puis apprennent tout seuls à nager et à se nourrir. Ils se nourrissent du lait qui suinte du ventre de leur mère dépourvue de mamelles. Les femelles sécrètent du lait à travers les pores de leur peau, jusqu’à ce que des gouttes ruissellent le long de leur pelage. Les bébés lèchent donc la fourrure de leur mère pour se nourrir, et ce, même s’ils naissent avec des dents, qu’ils perdront au moment de quitter leur nid.

Le Venin : Une Arme de Compétition et de Défense

Le mâle adulte possède un éperon en kératine au niveau de chaque cheville relié à une glande acineuse, produisant une substance toxique à propriétés coagulantes. L'ornithorynque est le seul mammifère venimeux du royaume animal. Lorsqu’il pique, ce petit aiguillon inocule un venin puissant dont le mammifère se sert généralement en période de reproduction pour se battre avec d'autres mâles.

Les mâles et les femelles naissent avec des éperons, mais ces dernières les perdent au cours de la première année. Les mâles utilisent leurs éperons pour injecter du venin comme arme offensive et pour affirmer leur domination sur d’autres mâles, se disputer avec des partenaires et pour des territoires. Il s’agit donc presque exclusivement de compétition intraspécifique. Ils peuvent aussi utiliser leur venin comme arme défensive contre les prédateurs.

Lors de l’attaque, les pattes arrière enserrent la victime avec une force considérable, de sorte que les éperons s’enfoncent dans sa chair. Quelques millilitres de venin sont injectés par piqûres répétitives. Les glandes crurales présentent une activité cyclique. Pendant la saison de reproduction, elles grossissent et leur production de venin augmente ; en dehors de cette saison, elles régressent. Peu d’animaux, à part l’ornithorynque, utilisent le venin pour la compétition.

Si le venin n'est pas mortel pour l'homme, il est capable d'infliger de très vives douleurs pendant plusieurs jours. La douleur infligée par l’ornithorynque est atroce, suivie d’un gonflement immédiat. Non mortel pour les humains, son venin peut pourtant tuer des animaux, comme des chiens, si ces derniers les attaquent. Les douleurs ne sont pas atténuées par la morphine et nécessitent une anesthésie, associée à une perfusion de narcotiques. Les bloqueurs nerveux doivent plutôt être utilisés pour soulager la douleur, ce qui suggère que le venin d’ornithorynque peut contenir des composés qui pourraient être cliniquement utiles.

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Prédateurs et Menaces

L’ornithorynque est la proie des pythons, des grands varans, des dingos, des renards, des rakalis (rats d'eau australiens) et de quelques rapaces. Mais il est parfaitement capable de se défendre avec son venin.

Statut de Conservation

Statut de sauvegarde à l'état sauvage : Quasi menacé. Même si un travail de recensement précis de ses populations sauvages reste à mener, l'UICN constate le déclin de l'espèce. Timide, méfiant et sauvage, il est exposé dans certaines régions à la dégradation et la pollution des eaux et rivières qui constituent son habitat naturel.

Les populations d'ornithorynques ne sont pas menacées dans leur globalité mais certaines ont disparu avec la fragmentation de leur habitat due aux activités humaines (aménagement du territoire, exploitation forestière, construction de barrages). À quoi s’ajoutent les effets de la pollution, de la sécheresse et des inondations.

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