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L'Ancienne Tétine de Bébé : Une Histoire Fascinante

L'histoire de la tétine pour bébé est étonnamment riche et complexe, remontant à l'Antiquité et évoluant à travers les siècles. Bien plus qu'un simple accessoire pour calmer les nourrissons, la tétine reflète les changements sociaux, les avancées médicales et les préoccupations culturelles concernant l'enfance et l'alimentation.

Des Origines Anciennes aux Premiers Biberons

L'évocation de la tétine se retrouve dans certains écrits de l'Antiquité, suggérant une existence de longue date. Les "biberons" romains, désignés par les termes latins guttus, ubuppa ou titina, ressemblaient à des vases à fond plat avec une panse globulaire, un col assez large et un bec tubulaire. Initialement, leur fonction a suscité des débats : s'agissait-il de lampes à huile, de pipettes ou d'autre chose ? Nadine Rouquet, spécialiste en céramique, a émis l'hypothèse qu'il pourrait s'agir en réalité de tire-laits, où la mère aspirait elle-même son propre lait.

Au Moyen Âge, on utilisait des cornes d'animaux évidées comme biberons. Nettoyée, percée et recouverte d'un pis de vache ou d'un tissu enroulé, la corne offrait une solution rudimentaire pour nourrir les nourrissons. La "Chevrette", un petit vase avec un goulot tubulaire, était également utilisée pour les enfants plus âgés capables de tenir et de téter eux-mêmes. Ces premiers biberons étaient souvent recouverts d'un petit morceau de tissu pour éviter de blesser le nourrisson.

L'Émergence du Biberon Moderne

En 1786, Felipo Baldini propose un modèle de tétine en verre, un "vaisseau qui tenait lieu de mamelle", permettant aux enfants de sucer le lait peu à peu. Les couches plus aisées de la société délaissent peu à peu cette « corne à boire » du Moyen-Age qui évolue vers des objets plus sophistiqués plus proches de nos biberons actuels. Initialement réalisés par des maîtres potiers en étain au XVIIème, l’industrie se les approprie à partir du XIXe siècle. Un prénom et un nom sont gravés en haut de la panse. Ces modèles très fréquents jusqu’à la fin du XIXème siècle avaient l’avantage d’être très solides et peu onéreux. Si les étains sont facilement identifiables en tant que « biberons », les multiples poteries issues des traditions du MoyenÂge ont parfois une apparence et une utilisation qui ne sont pas aussi évidentes

La faïence de Quimper, avec le "Pod bronnek" (pot mamelon en breton), constitue un exemple notable de biberon régional breton. Ces cruches étaient utilisées comme biberons, comme en témoignent d'anciennes cartes postales et articles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

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À la fin du XVIIe et au début du XIXe siècle, le verre se généralise dans le domaine de l’allaitement artificiel. Le verre séduit par ses qualités de transparence et d’inaltérabilité. C’est une révolution, car il se nettoie facilement, ne rouille pas, et limite les risques, à l’époque mortels, d’infections gastro-intestinales. « Autant que possible, on choisit des biberons en verre ; ceux en métal, en bois ou en caoutchouc, contenant toujours à la longue une odeur plus ou moins forte, plus ou moins fétide, désagréable, repoussante pour l’enfant. Les premiers ont des formes de simples bouteilles et en guise de tétine une éponge ou un tissu enroulé.

L'Ère Industrielle et les Inventions Marquantes

Avec la révolution industrielle, au milieu du XIXe, le biberon passe d’un produit artisanal et anonyme à un produit fabriqué en série et à grande échelle. Il a désormais un nom, celui de son inventeur : médecin, sage-femme ou industriel. C'est l'arrivée des marques.

À la fin des années 1860, l’entrepreneur dijonnais Édouard Robert met au point son « biberon Robert à soupape ». Si l’on parle des « roberts » pour désigner en argot les seins de femmes, c’est bien en lien avec l’invention d’une tétine révolutionnaire par Edouard Robert. Il s’agit d’un système composé d’un long tuyau agrémenté d’un second trou dit « soupape » pour la régulation du débit. Ce biberon permettait au bébé de téter seul, d’où son succès extraordinaire. Initialement localisée à Dijon, l’usine Robert est transférée à Paris vers 1880 et fabrique des millions de biberons et de tétines.

Cependant, le grand danger de l’alimentation au biberon vient bien sûr de l’absence d’hygiène et d’une mauvaise conservation du lait : lait cru et souvent falsifié, ainsi que de l’emploi de biberons en métal rouillé ! Et et… …de l’emploi de ces fameux biberons Robert avec leur long tube impossible à nettoyer de façon correcte ! Commence alors une longue bataille contre ces « engins de mort » (appelés « murder bottles », les « bouteilles assassines » par les Anglais). Le modèle de biberon Robert à soupape, déclaré dangereux lors d’un débat au Parlement, finit par être interdit en France en 1910. En 1885, ces contaminations de nouveau-nés par leur alimentation entraînent la mort de 20 et 30 % des nourrissons, et il faut attendre le Congrès international de l’hygiène de 1889 pour voir enfin le corps médical recommander à l’unanimité un lait bouilli. L’intérêt pour le biberon s’affirme en même temps que les découvertes sur l’hygiène, et la lutte contre la mortalité infantile.

Le XXe Siècle : Évolution et Remises en Question

Le biberon tel qu’on le connaît aujourd’hui n’a finalement que peu évolué au cours du 20ème siècle. C’est à partir de 1950 que les biberons seront munis d’une tétine à bague vissée.

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Autant le phénomène des nourrices a fait l’objet de nombreuses études, autant l’histoire de l’allaitement et de ses avatars au siècle dernier a peu intéressé les historiens. Il peut paraître paradoxal de commencer une histoire de l’allaitement maternel au 20e siècle par… le biberon. Mais en fait, comme on le verra, le biberon comme contenant et le lait industriel comme contenu jettent leur ombre sur l’allaitement tout au long de ce siècle. La fin du 19e siècle et le début du 20e voient la disparition progressive des nourrices (le dernier bureau de placement ne fermera qu’en 1936) et leur remplacement, progressif lui aussi, par des biberons plus sûrs donnés dans des lieux de garde plus proches des parents (à noter que les nourrices elles-mêmes donnaient elles aussi de plus en plus le biberon : à la veille de la guerre de 1914, on estime que seuls 7,5 % des enfants en nourrice étaient nourris au sein). Ces deux phénomènes enlèvent aux défenseurs de l’allaitement maternel un certain nombre de leurs arguments. Les enfants étant de plus en plus gardés à la journée au lieu d’être envoyés à la campagne pour de longs mois, la critique des effets de la séparation parents/enfants se fait moins virulente. L’amélioration des conditions de l’alimentation au biberon, quant à elle, fait baisser la mortalité infantile qu’engendraient des biberons contaminés et des laits frelatés.

À partir des années 1890, suite aux découvertes de Pasteur, on commence à se préoccuper non seulement de l’hygiène du contenant - le biberon - mais aussi de celle du contenu - le lait. Le contrôle du lait à l’étable (contrôles sanitaires vétérinaires, épreuve obligatoire à la tuberculine), la mise en vente de laits pasteurisés, l’éducation des mères à la stérilisation domestique, contribuent à fortement diminuer les dangers du biberon. On se préoccupe aussi de lutter contre les falsifications du lait. La plus courante consistait à ajouter de l’eau au lait, elle ne cessera qu’en 1902. Le lait était également écrémé et on lui ajoutait des substances destinées à lui rendre son opacité et sa couleur (au choix : des oignons torréfiés, du caramel, du safran, de l’extrait de chicorée, de l’eau de chaux, de la gomme adragante…) ou à retarder la fermentation (bicarbonate de soude, acide borique, acide salicylique et même acide formique…). C’est à cette époque qu’apparaissent les Gouttes de lait (la première est créée à Fécamp, en 1894, par le Dr Dufour), qui fournissent aux mères un lait à la qualité vérifiée, « humanisé », stérilisé et réparti en autant de flacons que l’enfant devra prendre de repas.

La Tétine : Un Accessoire Indissociable

Tétine, tototte, tututte, la sucette pour bébé a connu bien des noms. Son invention en 1950 par le psychiatre américain Benjamin Spock a révolutionné le marché des accessoires bébé. Il s’agit d’un objet non comestible destiné à être sucé par l’enfant. Le but est de remplacer le sein de la maman ainsi que le pouce. Au départ elle était pointée du doigt pour les risques potentiels d’étouffement qu’elle pouvait présenter. Par la suite, avec l’invention de la sucette physiologique qui épouse parfaitement la forme de la bouche de l’enfant, ces risques ne sont plus valides. Quand aux matériaux de fabrication, le silicone est nettement préféré au caoutchouc. Totote, titine, teuteute, tutute, Tous ces petits noms familiers désignent un seul et même objet! Tétine, tototte, sucette… Quel que soit son nom, la tétine fait quasiment partie du trousseau de votre enfant à la naissance.

En anglais, on emploie le mot « pacifier » pour nommer la tétine. À son arrivée à la crèche, l’enfant se confronte à un nouvel exercice : vivre sa journée dans un lieu sans ses parents. La crèche est un des premiers lieux de séparation pour lui. Il s’agit d’un objet de plaisir et de réassurance, mais aussi de son premier objet personnel. Comme le doudou, la tétine fait partie des objets transitionnels de l’enfant, il est de ce fait préférable qu’elle arrive le matin avec l’enfant et qu’elle rentre avec lui le soir.

Les Défis Contemporains

Depuis 2008, c’est le bisphénol à présent dans les plastiques alimentaires, qui est remis en cause, et interdit dans les biberons en France depuis 2010. Il est considéré comme un perturbateur endocrinien, et suspect d’augmenter les risques de diabète et de maladies cardio-vasculaires.

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Et aujourd’hui la tétine, ça ressemble à quoi ? Plusieurs modèles et plusieurs tailles de tétines sont proposés dans le commerce. Bout rond ou plutôt plat, petit ou gros, bébé va accepter ou rejeter le modèle qui lui sera proposé. À mesure que bébé grandit, il faudra peut-être changer de taille de tétine. Il y a plusieurs catégories d’âge. De l’embout tout petit et spécialement conçu pour s’adapter à la bouche du nouveau-né à la tétine beaucoup plus large pour les plus de 18 mois, tout est possible. La tétine anatomique a été développée pour ressembler au mamelon de maman.

La grande crainte des adultes est souvent de créer de la dépendance chez l’enfant. Utilisée chez 80% des enfants de mois de 3 ans, la tétine est généralement désinvestie progressivement par la suite, d’abord au cours de la journée, puis totalement. Il y a de bons livres pour enfants qui traitent le sujet avec humour et bienveillance.

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