Introduction
L'avortement, ou interruption volontaire de grossesse (IVG), est un sujet délicat et complexe, profondément enraciné dans l'histoire de la société. Avant la légalisation et l'avènement des techniques modernes, les femmes recouraient à des pratiques clandestines, souvent dangereuses, pour mettre fin à une grossesse non désirée. Cet article explore les méthodes d'avortement anciennes, leur évolution à travers les siècles, et les contextes sociaux et légaux qui les ont façonnées.
Les Premières Méthodes d’Avortement : Un Secret Féminin Transmis au Péril de Leur Vie
Loin des textes officiels et des cabinets médicaux, les femmes se sont toujours transmis des recettes secrètes, plus ou moins périlleuses, pour tenter de contrôler leur fécondité. Ces méthodes étaient souvent utilisées au péril de leur vie.
Méthodes Traditionnelles : Plantes Abortives et Objets Insérés
Depuis l’Antiquité, diverses plantes étaient utilisées pour provoquer des avortements. Ces plantes incluaient le persil, la rue et la belladone. Cependant, ces méthodes étaient souvent dangereuses et peu fiables.
Certaines femmes utilisaient des objets pointus ou des aiguilles pour provoquer un avortement. Ces pratiques étaient extrêmement risquées et pouvaient entraîner des infections graves ou des hémorragies internes, entraînant la mort.
Méthodes Chimiques et Pharmaceutiques : Substances Dangereuses
Au 19ème siècle, des produits chimiques comme le plomb ou le phosphore étaient parfois ingérés pour interrompre une grossesse. Les conséquences étaient souvent tragiques pour la santé des femmes. Ces substances, toxiques, causaient des dommages irréversibles et mettaient leur vie en danger.
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L’Intervention Manuelle : Les "Faiseuses d’Anges"
Des femmes, souvent sans formation médicale, pratiquaient des avortements manuels. Ces "faiseuses d’anges" opéraient clandestinement, exposant les femmes à de nombreux risques. Elles utilisaient des techniques rudimentaires, souvent dans des conditions insalubres, entraînant des complications graves.
L'Évolution de la Législation sur l'IVG en France
La Criminalisation de l'Avortement : Du Péché au Crime d'État
Interrompre une grossesse volontairement a longtemps été toléré, ne serait-ce que parce que l'acte restait secret et difficile à prouver. L’essor du catholicisme, qui y voit un immense péché, a permis la criminalisation de cette pratique.
Le droit canonique, au XIIe siècle, formalise le crime d’avortement. Le terme latin "abortus", qui a donné "avortement", désigne deux réalités : la fausse couche spontanée aussi bien que l’avortement provoqué. Dans la religion catholique, avorter, c’est mettre fin volontairement à une vie humaine voulue par Dieu ; il s'agit donc d'un homicide.
Premier texte politique à véritablement criminaliser l’avortement en France, l’édit d’Henri II de février 1556 punit le « recel de grossesse » et la « suppression de part ». L’Église cherche alors à réaffirmer la prééminence du mariage et à encadrer la sexualité qui doit être uniquement procréative. La loi criminalise le péché. Les femmes non mariées et veuves doivent déclarer leurs grossesses sous peine de bannissement ou de mort.
Les Scandales du XVIIe Siècle : L'Avortement au Grand Jour
Deux grands scandales vont changer considérablement la manière de penser l’avortement au XVIIe siècle. En 1660, Marguerite de Guerchy décède après un avortement chez une certaine dame Constantin, qui est condamnée à mort. En 1679, la gigantesque « affaire des poisons » achève de faire de l’avortement clandestin un thème de société. L’avortement devient une menace sociale.
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Le Code Napoléon et la Répression Accrue
Avec le Code civil de 1804, dit Code Napoléon, l’avortement est encore défini comme un crime, jugé par une cour d'assises et puni d'une peine de réclusion. Celles et ceux qui le pratiquent peuvent être condamnés aux travaux forcés. C’est au XIXe siècle que les moyens mécaniques prennent le pas sur les breuvages pour interrompre une grossesse. Les femmes avortent plus facilement et, donc, plus massivement.
Après la débâcle française contre la Prusse en 1870, la IIIe République voit la poussée d’un « natalisme d’État » visant à enrayer la supposée extinction de la « race française ». Malgré quelques dissonances néo-malthusiennes et des voix féminines qui s’élèvent pour défendre le droit des femmes à disposer de leur corps, cette idée obsède les « repopulateurs ».
La Loi de 1920 : L'Apogée de la Criminalisation
Au lendemain de la très meurtrière Première Guerre mondiale, l’État cherche encore par tous les moyens à relancer la natalité et voit dans l’avortement une arme de dépopulation. La loi du 31 juillet 1920 étend les cibles de l’article 317 du code de 1810 : elle condamne à la réclusion à la fois l’avortée et celui ou celle qui provoque l’avortement. Elle interdit aussi, de fait, la vente de contraceptifs féminins. Est aussi considéré comme « provocation au crime d’avortement » le fait d’en parler publiquement ou de diffuser des informations.
L'Avortement sous le Régime de Vichy : Un Crime contre l'État
La criminalisation de l’avortement culmine sous le régime de Vichy, obsédé par le déclin démographique de la France, et son très réactionnaire Code de la famille. La loi du 15 février 1942 érige l’avortement en crime contre l’État. Marie-Louise Giraud a ainsi été guillotinée le 30 juillet 1943 pour en avoir effectué vingt-sept. Elle est l’une des deux seules personnes exécutées pour ce motif en France avec Désiré Pioge.
La Clandestinité des Trente Glorieuses
Durant les Trente Glorieuses (1945-1973), dans une France supposée retrouver insouciance et prospérité, les femmes continuent à avorter dans la clandestinité au péril de leur vie. La contraception et l’avortement sont interdits. Les femmes se débrouillent, s’arrangent dans la clandestinité aux mains des "faiseuses d’anges". Un long cortège de drames…
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Dans les années soixante-dix, une femme meurt chaque jour des suites d’un avortement clandestin. D’autres en réchappent mutilées, stériles. Les femmes qui en ont les moyens partent à l’étranger : Angleterre, Hollande, Suisse… où l’avortement est légal et sûr.
De la Clandestinité à la Légalisation de l'IVG
La Libéralisation Progressive : Le Manifeste des 343 et la Loi Veil
Les années 60 et 70 furent marquées par une libéralisation des mœurs et une prise de conscience des droits des femmes. Le Manifeste des 343, publié en 1971, vit des femmes célèbres déclarer avoir subi un avortement, défiant ainsi la loi.
Portée par Simone Veil, la loi du 17 janvier 1975 légalisait l’IVG en France. Cette loi autorisait l’avortement dans les dix premières semaines de grossesse, sous certaines conditions.
Les Réformes Modernes : Allongement des Délais et Suppression du Délai de Réflexion
La loi Aubry (2001) allongea le délai légal de l’IVG à 12 semaines de grossesse et renforça le droit des femmes à l’information et à l’accompagnement. En 2014, le délai de réflexion obligatoire de sept jours fut supprimé. En 2022, la loi a étendu le délai légal pour l’IVG à 14 semaines de grossesse.
L'Inclusion de l'IVG dans la Constitution
Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès à Versailles a voté l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. La France devient le premier pays au monde à inscrire dans sa constitution la liberté de recourir à l’IVG.
La Méthode Karman : Une Révolution Féministe
Au cours de l'année 1971, Stella Davis obtient l'autorisation d'expérimenter l'avortement par aspiration, venue des États-unis sous le nom de «lunch-time abortion». Les avantages de la technique de Karman sont considérables. L'intervention est rapide et relativement indolore, évitant ainsi une anesthésie générale et, dans la plupart des cas toute forme de prémédication.
L'objectif de Harvey Karman était ambitieux: dans un article de juin 1972, il défend l'idée que les avortements soient gérés par des anciennes avortées non médecins, appartenant au secteur paramédical. Il argumente également en faveur d'une dédramatisation de l'avortement, que la méthode par aspiration permet désormais de réaliser dans un cadre peu médicalisé.
Le self-help est un courant de pensée, mais surtout une pratique féministe, qui a émergé aux États-Unis avant de se diffuser en Europe dans les années 1970. Cela consistait en un ensemble de pratiques autonomes de gynécologie effectuées par des féministes non-médecins.
Défis Actuels et Nécessité de Protéger le Droit à l’IVG
Malgré ces avancées, le droit à l’IVG est constamment menacé. Des mouvements conservateurs et des obstacles logistiques peuvent restreindre l’accès à ce service crucial. Dans certains pays, des attaques systématiques sont lancées contre les droits des femmes, rappelant que les acquis en matière de droits reproductifs ne sont jamais garantis.
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