Introduction
Montpellier, ville d'histoire et de savoir, a vu sa renommée croître dès le XIIe siècle grâce à la science médicale, son enseignement et sa pratique. La Faculté de Médecine de Montpellier, la plus ancienne école universitaire de médecine en activité au monde, a célébré son 800e anniversaire le 17 août 2020. Parmi les nombreux bâtiments qui témoignent de cette longue tradition médicale, l'ancienne maternité Grasset occupe une place particulière. Cet article explore l'histoire de ce lieu emblématique, de sa vocation initiale à sa transformation en un pôle culturel majeur : la Cité des Arts.
Les Racines de l'Enseignement Médical à Montpellier
L'histoire de la médecine à Montpellier est intimement liée à l'esprit d'ouverture et de tolérance qui a caractérisé la ville dès le Moyen Âge. En janvier 1181, Guilhem VIII, seigneur de Montpellier, accorde la liberté des écoles de médecine, permettant ainsi la transmission des savoirs juifs et arabes aux Chrétiens. Cette décision marque une première étape dans l'institutionnalisation de l'enseignement médical, avec le pouvoir seigneurial assurant la garantie et la protection de cette liberté.
En 1220, le cardinal Conrad d'Urach, légat du pape Honorius III en Languedoc, octroie les premiers statuts à l'universitas medicorum, officialisant ainsi la communauté des gens de médecine, maîtres et élèves. Cette corporation autonome, dotée de sa propre justice et du monopole de l'enseignement, est placée sous l'autorité du pouvoir épiscopal jusqu'à la Révolution.
Le 26 octobre 1289, le pape Nicolas IV crée officiellement l'Université de Montpellier par la bulle Quia sapientia, regroupant les écoles de médecine, de droit et des arts. Cependant, les médecins, soucieux de préserver leur autonomie, veillent à ce que leur discipline ne soit pas considérée comme une simple composante d'une institution générale. L'enseignement de la médecine au Moyen Âge s'appuie sur les savoirs transmis depuis l'Antiquité, notamment par Hippocrate et Galien, à travers les traductions arabes. L'influence des médecins arabes est une caractéristique distinctive de l'école de Montpellier.
L'Épanouissement de la Médecine Montpelliéraine
Le XIVe siècle marque l'apogée de l'Université de médecine, avec des figures marquantes telles qu'Arnaud de Villeneuve et Gérard de Solo. L'anatomie est officiellement introduite dans le programme médical, avec une dissection de corps humain prévue tous les deux ans selon les statuts de 1340. Gui de Chauliac (1298-1368), médecin personnel des papes d'Avignon, rédige une Grande Chirurgie, texte de référence qui renouvelle la chirurgie arabe d'Abulcasis, et livre une description clinique précise de la peste lors de l'épidémie de 1348.
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Fondé en 1498, le Collège royal de médecine impulse une nouvelle orientation aux enseignements médicaux, avec un accent mis sur l'anatomie, la botanique, la chirurgie et la pharmacie. La passion des médecins montpelliérains pour les sciences de la nature contribue au développement de la botanique au XVIe siècle. En 1593, Henri IV crée le premier jardin botanique universitaire de France à Montpellier, connu aujourd'hui sous le nom de Jardin des Plantes, sur la proposition de Pierre Richer de Belleval (1555-1632).
La Renaissance de la Faculté de Médecine
En 1793, la Convention supprime les universités, mais l'activité universitaire se poursuit clandestinement à Montpellier grâce au soutien du Conseil municipal. Le 4 décembre 1794, la Convention crée trois Écoles de Santé à Paris, Strasbourg et Montpellier, répondant ainsi au besoin de former des médecins et chirurgiens, notamment pour les armées. L'Université de médecine de Montpellier renaît en avril 1795 et s'installe dans les locaux de l'ancien évêché, jouxtant la cathédrale Saint-Pierre.
Le 17 mars 1808, l'Université impériale est fondée, et l'École de médecine devient Faculté de médecine grâce à la protection du ministre de l'Intérieur Chaptal. Pendant plus de deux siècles, les locaux de la rue de l'École-de-médecine accueillent des générations d'étudiants, jusqu'au déménagement de la Faculté dans les nouveaux bâtiments du Campus Santé Arnaud de Villeneuve en 2017.
L'étude de l'anatomie joue un rôle essentiel dans l'évolution de la science médicale vers le rationalisme et la modernité. La loi ordonne la création de cabinets et d'amphithéâtres d'anatomie à des fins pédagogiques. Chaptal finance la construction du Theatrum anatomicum (1804) et enrichit les collections du conservatoire d'anatomie, créé en 1794. Un nouveau conservatoire est construit en 1851, conservant de nombreuses pièces de dissection, squelettes, moulages et coupes anatomiques.
L'Évolution de l'Enseignement Médical au XIXe Siècle
Au XIXe siècle, l'enseignement médical à Montpellier connaît des changements importants, avec l'introduction de la formation en clinique, au lit du malade, et le développement des sciences basiques. Les découvertes de Pasteur sont rapidement adoptées, et une chaire de microbiologie est créée en 1894. L'Institut Bouisson-Bertrand, fondation filiale de la Faculté de médecine et centre de vaccination régional, est créé en 1895 grâce à un legs d'Amélie Bertrand, veuve du professeur Étienne-Frédéric Bouisson.
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De nouvelles disciplines se développent, telles que l'ophtalmologie et l'obstétrique, et des cliniques leur sont dédiées. Une chaire est créée pour les soins des femmes enceintes, les accouchements et les nourrissons, ainsi que des cours pour les élèves sages-femmes.
La Construction de la Maternité Grasset
Il faut attendre 1900 pour voir l'inauguration d'une maternité adaptée à l'accueil des naissances, avenue du Professeur-Grasset, œuvre d'Henri Debens. En 1905, la gynécologie est séparée de l'obstétrique, et confiée à Georges Gervais de Rouville (1863-1928), qui obtient la création d'une clinique de gynécologie en 1906.
L'ancienne maternité Grasset, construite de 1894 à 1902 par Henri Debens, architecte des hospices, devient un lieu emblématique de la ville. Pendant de nombreuses années, elle accueille des milliers de naissances, marquant ainsi la vie de nombreuses familles montpelliéraines.
La Désaffectation et la Reconversion
Après avoir été un lieu de vie et d'espoir pendant des décennies, la maternité Grasset est désaffectée en 2003. Le bâtiment reste inutilisé pendant plusieurs années, suscitant l'inquiétude des habitants quant à son avenir.
Cependant, en 2014, la municipalité de Philippe Saurel imagine un projet ambitieux : transformer l'ancienne maternité en un conservatoire à rayonnement régional, un lieu dédié à la musique, à la danse et au théâtre. La conduite du projet est confiée à Bernard Travier, puis poursuivie par la nouvelle municipalité de Michaël Delafosse.
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La Cité des Arts : Une Nouvelle Vie pour un Lieu Emblématique
Après plus de quatre ans de travaux, l'ancienne maternité Grasset accueille depuis octobre 2021 les élèves du nouveau conservatoire à rayonnement régional, rebaptisé Cité des Arts. Le projet, mené par le groupement Architecture-Studio et MDR Architectes, a permis de concilier patrimoine ancien et bâtiment moderne.
De l'ancien bâtiment, seul subsiste le pavillon d'entrée, qui accueille la partie administrative et, depuis le second semestre 2022, une médiathèque disposant d'un fond spécialisé dédié à la danse, à la musique et au théâtre. Une nouvelle construction en verre, conçue comme « un village vertical », a été greffée à l'ancienne maternité. Cette partie principale du conservatoire, d'une surface de près de 10 000 m², comprend 19 espaces d'enseignement, dont neuf studios de danse et de théâtre, un auditorium de 400 places, et un club de jazz et de musiques actuelles d'une capacité de 100 places. Une attention particulière a été portée à l'acoustique et aux équipements.
La Cité des Arts a vocation à devenir un point de rendez-vous pour tous les habitants de la métropole et un lieu ouvert sur le quartier Boutonnet. Un square avec des jeux d'éveil et de percussions ainsi qu'un théâtre de Verdure seront aménagés derrière le bâtiment.
Un Projet Salué et Récompensé
La transformation de l'ancienne maternité Grasset en Cité des Arts a été saluée par les élus et les acteurs culturels. Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, voit dans ce lieu le signe des "nouvelles ambitions pour la culture" et a mis en avant "un geste architectural audacieux". Il a également souligné que la Cité des Arts est "un lieu de rencontres où excelle la différence et qui sait la valoriser car elle est une richesse et une chance".
Ce projet porté par SA3M figure parmi les quatre finalistes de la catégorie « Services au public » des Trophées des Epl 2022.
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