Introduction
L'histoire de l'ancienne maternité de Montmorency est intimement liée à celle de la Fondation Condé, une institution dont les racines remontent au XVIIe siècle. De ses humbles débuts en tant que charité à sa transformation en un centre gériatrique moderne, l'établissement a traversé les époques, s'adaptant aux besoins changeants de la population et aux avancées de la médecine. Cet article se propose de retracer cette évolution, en mettant en lumière les moments clés de son histoire et les acteurs qui ont contribué à son développement.
Les Origines: La Fondation Condé et la Charité de Vineuil (XVIIe - XVIIIe siècles)
La Fondation Condé trouve son origine en 1646, sous le règne de Louis XIV, alors âgé de seulement 8 ans. À cette époque, elle n'était qu'une modeste charité, un hôpital organisé selon les préceptes de Monsieur Vincent, futur Saint Vincent de Paul. Deux Filles de la Charité avaient pour mission de soigner « les pauvres malades », l'une d'elles se consacrant également à l'instruction des jeunes filles.
Cependant, les temps étaient difficiles et la Charité fut rapidement accablée de dettes. Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, lui accorda alors son soutien, permettant à l'établissement de s'agrandir et de redoubler d'activité. En 1711, Louis XIV, par des lettres patentes, consacra de l'autorité royale les « pieuses intentions » de la fondatrice, transformant ainsi l'initiative personnelle de la Princesse de Condé en une institution durable, reconnue par l'État.
Il fut alors décidé de transférer la Charité de Vineuil à Chantilly, sur le site actuellement occupé par le Centre Gériatrique Condé. Un terrain fut acheté et des bâtiments furent construits, mais l'aménagement ne fut achevé qu'en 1723. La Charité devint l'Hôpital de Chantilly, où tous les malades des environs, pauvres ou non, pouvaient désormais être soignés.
En 1736, Louis XV, par de nouvelles lettres patentes, réorganisa l'établissement, qui accueillait désormais les « incurables », c'est-à-dire les personnes âgées, hommes et femmes. La vocation particulière de la Fondation Condé s'affirmait alors.
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La Révolution et la Restauration: Reconstruction et Développement (1789 - 1830)
La Révolution française éprouva durement l'établissement. Les Condé émigrèrent et les Filles de la Charité furent chassées par les nouvelles autorités.
À partir de 1800, la tourmente révolutionnaire s'apaisa. L'école des filles fut rétablie et les enfants abandonnés furent recueillis. En 1810, une salle fut aménagée pour les femmes en couches. En 1815, une ordonnance de Louis XVIII confirma les lettres patentes de 1736, abolies par la Révolution, et rendit la haute tutelle aux Condé.
En 1816, les Filles de la Charité revinrent après 24 ans d'absence. Une école de garçons fut ouverte, ainsi qu'une maternité. L'hôpital comptait alors 8 Filles de la Charité et un chirurgien. Les Cadets, comme on surnommait plaisamment les incurables à demeure, étaient au nombre de 17.
De 1784 à 1786, deux nouvelles ailes furent construites. L'établissement comptait alors 28 Cadets, 24 lits pour les malades et 14 lits réservés aux soldats.
L'Ère du Duc d'Aumale: Modernisation et Expansion (1830 - 1897)
À la mort du dernier des Condé, en 1830, le Duc d'Aumale, fils de Louis-Philippe, devint le légataire universel. Elle réorganisa et agrandit l'établissement. Un ouvroir et un orphelinat furent ouverts. Elle fit également construire la chapelle St Vincent, consacrée en 1838.
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Une fois adulte, le Duc d'Aumale entreprit d'importants travaux. Un nouveau bâtiment fut construit pour établir notamment une crèche.
Le Duc d'Aumale mourut en 1897 sans héritier direct. Conformément à sa volonté, la haute tutelle de l'Hospice Condé fut transmise à la Société Civile de la Forêt de Dreux, présidée par le chef de la Famille de France (le prétendant au trône).
Le XXe Siècle: Guerres, Réorganisation et Spécialisation Gériatrique
Pendant la Grande Guerre, l'Hospice Condé accueillit de nombreux blessés.
À partir de 1949, le Comte de Paris, revenu d'exil, se consacra à l'Hospice Condé dont il avait la haute tutelle. Il entreprit alors un immense programme de réorganisation, de modernisation et d'expansion. Les journaux titrèrent en 1967 : le premier Centre Gériatrique en France.
Côté rue de l'Hôpital, les bâtiments furent rénovés et transformés en logements sociaux. Au cours de cette période, les « sœurs à cornette » quittèrent l'établissement (1968).
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Au cours des années qui suivirent, le Centre Gériatrique, avec ses 180 lits, tourna à plein régime ; les prestations furent adaptées à l'évolution de la demande et aux données démographiques. Pour l'anecdote, l'année 1982 marqua les cantiliens.
À partir de 1996, une nouvelle politique se mit en place : il fallut faire face aux restrictions budgétaires imposées par une Sécurité Sociale déficitaire et des Départements sollicités de tous côtés. En même temps, la démarche qualité n'était plus la préoccupation des seules entreprises et le monde de la santé était en mutation.
En 2000, le bâtiment Marillac, qui accueillait les services sanitaires, fut agrandi et restructuré pour mettre fin aux chambres à 4 lits.
Le XXIe Siècle: Adaptation et Transformation
En 2004, le bâtiment Montmorency conserva sa vocation médico-sociale pour les personnes de plus de 60 ans. L'allongement de la durée de vie et le désir légitime de tous de rester à domicile le plus longtemps possible influencèrent la population accueillie, qui devint plus âgée et moins autonome. Il fallut s'adapter et une opération de travaux, avec la construction d'un nouveau bâtiment, permit de faire face à la nouvelle donne, avec 6 chambres supplémentaires.
En 2008, l'adaptation vint des Autorités de contrôle : 29 lits de Soins de Longue Durée furent transformés en lits de maison de retraite.
En 2011, une nouvelle organisation fut mise en place en raison de la nécessité économique (optimisation des surfaces, rationalisation des unités nouvellement redistribuées). L'opération de travaux était mûre : l'Unité de Réadaptation passa à 30 lits et le bâtiment Marillac accueillit les 29 lits transformés en 2008. C'est aussi l'année de la création d'une micro-crèche pour les enfants du personnel.
Le Transfert de la Maternité à Eaubonne et l'Avenir du Site de Montmorency
Un tournant majeur dans l'histoire de l'établissement fut le transfert de la maternité à l'hôpital Simone-Veil d'Eaubonne. Ce déménagement, réalisé en plusieurs étapes, permit de regrouper les activités liées à la mère et à l'enfant dans un pôle femme-enfant moderne et mieux équipé.
Les sept salles de naissance neuves d'Eaubonne, complétées par des salles de « prétravail », offraient des conditions d'accouchement améliorées. L'une d'elles, appelée « nature », permettait même aux futures mamans de se relaxer dans un bain ou avec des ballons. Le pôle passa de 38 à 45 lits (30 de maternité et 15 de gynécologie et grossesse à haut risque), avec un agrandissement possible de 6 places supplémentaires.
La principale avancée résidait dans le fait que la maternité était désormais au cœur des autres services hospitaliers, facilitant ainsi la prise en charge des patientes en cas de problème. Ce rapprochement entre le médical, la chirurgie et l'obstétrique constituait un véritable atout.
Le nouvel édifice fut baptisé « Elisabeth Bourgeois », en hommage à une soignante de l'hôtel-dieu de Montmorency, devenue la première femme à recevoir le titre de « sage-femme » en France.
Quant à l'avenir du site de Montmorency, plusieurs pistes furent envisagées. Un Ehpad (Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) en cours de construction ouvrit ses portes, accueillant 92 personnes âgées. L'ancienne maternité fut transformée en unité de soins de longue durée à destination des personnes âgées ayant perdu toute autonomie.
Les Archives Hospitalières du Val-d'Oise: Une Source Précieuse pour l'Histoire de la Santé
Les archives concernant les centres hospitaliers de Pontoise, Argenteuil, Beaumont-sur-Oise, Eaubonne, Montmorency, Gonesse, Magny-en-Vexin et Marines entre 1960 et 2005 constituent une source d'information précieuse sur l'évolution architecturale et l'organisation de ces établissements au cours d'une période de 40 ans, marquée par un fort accroissement de la population et un essor de l'urbanisation.
Ces archives, conservées aux Archives Départementales du Val-d'Oise, permettent de retracer l'historique du développement hospitalier dans le département depuis le début des années 1960 jusque dans les années 2000. Elles témoignent de l'adaptation constante des établissements aux besoins de la population et aux évolutions de la médecine.
Le fonds de la tutelle des établissements, constitué au fur et à mesure de versements successifs, contient des documents particulièrement intéressants pour qui s'intéresse au patrimoine hospitalier du Val-d'Oise. Il comprend notamment les dossiers du conseil d'administration, les documents de synthèse (rapport d'activité, bilan social, rapport financier, rapport d'activité médicale) et les dossiers liés aux travaux et équipements.
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