Boulogne-Billancourt, ville emblématique de l'Île-de-France, recèle une histoire riche et complexe, marquée par son essor urbain, son rôle majeur dans l'art de l'entre-deux-guerres et son évolution en matière de soins de santé. Parmi les aspects les plus touchants de cette histoire figure celui de sa maternité, un lieu de vie et de naissance qui a connu différentes incarnations au fil du temps. Cet article se propose de retracer l'histoire de l'ancienne maternité de Boulogne-Billancourt, en la replaçant dans le contexte plus large de l'évolution de la ville et de ses institutions.
Les Prémices des Soins Maternels : L'Hôpital du Belvédère et son Héritage
Pour comprendre l'histoire des soins maternels à Boulogne-Billancourt, il est essentiel de se pencher sur le Centre hospitalier du Belvédère, situé sur les hauteurs de Mont-Saint-Aignan, près de Rouen. Bien que géographiquement éloigné de Boulogne-Billancourt, le Belvédère offre un éclairage intéressant sur l'évolution des structures de soins en France, des léproseries médiévales aux maternités modernes.
Un Lieu de Soins Ancestral : Du Prieuré à l'Hôpital
L'histoire du Belvédère remonte au XIIe siècle, lorsque des chanoines s'installèrent sur le plateau de Mont-Saint-Aignan pour accueillir et soigner les lépreux. En 1174, grâce à la générosité d'Henri II Plantagenêt, un prieuré fut construit, comprenant une église (l'église Saint-Thomas) et des bâtiments dédiés aux soins des malades. Au fil des siècles, le prieuré évolua, accueillant des chanoines, des frères et sœurs converses, ainsi qu'une trentaine de malades.
Au XVe siècle, la lèpre était encore très présente, et le prieuré continuait d'accueillir les malades. En 1669, la réforme des chanoines de Sainte-Geneviève de Paris fut introduite, mais en 1690, Louis XIV décida de rattacher les anciennes léproseries aux hospices généraux, menaçant la survie du prieuré.
Du Petit Séminaire à la Maternité : Une Transformation Progressive
Après la Révolution, le prieuré fut fermé et vendu en 1792. Au début du XXe siècle, les bâtiments furent utilisés pour différentes fonctions, notamment une école ménagère et professionnelle destinée aux "filles difficiles et vicieuses de l'assistance publique".
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C'est pendant la Première Guerre mondiale que le site prit une nouvelle orientation, avec l'organisation de structures pour accueillir les réfugiées belges et françaises enceintes. Une maternité fut ouverte, accueillant également les filles-mères abandonnées, nombreuses en cette période de guerre. Une pouponnière et un hôpital d'enfants furent également créés.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments furent occupés par les armées françaises, allemandes, puis alliées, et la maternité fut transférée à Canteleu, tandis que la pouponnière fut déplacée à Darnétal.
L'Héritage du Belvédère : Un Modèle d'Adaptation et d'Innovation
L'histoire du Belvédère témoigne de la capacité des institutions de soins à s'adapter aux besoins de la société. D'une léproserie médiévale, le site s'est transformé en une maternité moderne, en passant par un prieuré, une école et un hôpital. Cette évolution reflète les progrès de la médecine et de la prise en charge des populations vulnérables.
La Maternité de Boulogne-Billancourt : Entre Ambition et Réalité
À Boulogne-Billancourt, la question de la maternité a connu des rebondissements au cours des dernières années. La fermeture de la clinique du Belvédère en 2003 a marqué un tournant, privant la ville d'une structure dédiée à la naissance.
Le Défi de l'Absence : Un Enjeu pour la Ville
Depuis la fermeture de la clinique du Belvédère, la mention "né(e) à Boulogne-Billancourt" est devenue rare sur les documents d'identité. Face à cette situation, Pierre-Christophe Baguet, député-maire de Boulogne-Billancourt, a exprimé son souhait de voir renaître une maternité dans sa ville.
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Il a souligné que les mères de la commune étaient contraintes d'accoucher dans les villes voisines de Sèvres, Saint-Cloud et Paris, et a plaidé pour la création d'une structure adaptée aux besoins des Boulonnais.
La Piste du Privé : Un Projet en Suspens
La mairie de Boulogne-Billancourt a envisagé différentes pistes pour la création d'une maternité, notamment en se tournant vers le secteur privé. Des contacts ont été établis avec la Générale de santé, et un terrain potentiel a été identifié (le terrain Thiers-Vaillant, à côté du futur collège).
Cependant, le projet s'est heurté à des obstacles administratifs. L'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH) n'a pas jugé nécessaire de créer de nouveaux lits de maternité à Boulogne-Billancourt, estimant que l'offre existante dans les villes voisines était suffisante.
Malgré ces difficultés, Pierre-Christophe Baguet a continué de défendre son projet, arguant que le nombre de naissances au sein des familles boulonnaises justifiait la création d'une maternité.
Un Enjeu Démographique et Urbain : L'Avenir de Boulogne-Billancourt
La question de la maternité à Boulogne-Billancourt est étroitement liée à l'évolution démographique et urbaine de la ville. Avec l'arrivée de nouveaux habitants sur les anciens terrains Renault, la population de Boulogne-Billancourt est appelée à augmenter, ce qui pourrait renforcer la nécessité d'une structure dédiée à la naissance.
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Boulogne-Billancourt : Un Patrimoine Artistique et Architectural Exceptionnel
Au-delà de son histoire médicale et sociale, Boulogne-Billancourt se distingue par son riche patrimoine artistique et architectural, notamment en ce qui concerne l'art de l'entre-deux-guerres.
L'Héritage de l'Exposition Internationale de 1925 : Un Trésor à Préserver
Boulogne-Billancourt conserve de nombreux vestiges de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, qui a marqué un tournant dans l'histoire de l'art et du design. Ces vestiges se trouvent à la fois dans les musées municipaux et dans l'espace public.
Le musée des Années Trente conserve ainsi de nombreuses pièces de Joseph Bernard, Max Blondat, Jacques-Émile Ruhlmann, Carlo Sarrabezolles, Georges Saupique ou Valentine Reyre, qui témoignent du rôle important joué par la statuaire, le mobilier et l'art sacré dans l'Exposition internationale.
Une Politique d'Acquisitions Raisonnée : Constituer un Fonds Patrimonial Unique
La présence de ces vestiges s'explique par une politique d'acquisitions raisonnée, visant à constituer un fonds patrimonial autour de l'art figuratif "classique" du XXe siècle, en écho aux avant-gardes contemporaines.
Cette politique a permis de rassembler des œuvres exposées en 1925, des esquisses préparatoires et des objets dérivés, documentant la genèse de ce moment clé de l'histoire de l'art et sa fortune critique.
Les Musées de Boulogne-Billancourt : Des Lieux de Mémoire et de Découverte
Les musées de Boulogne-Billancourt jouent un rôle essentiel dans la préservation et la valorisation de ce patrimoine. Le musée des Années Trente, créé en 1939 par le docteur Albert Bezançon, s'est affirmé comme une institution culturelle majeure, présentant la création figurative de l'entre-deux-guerres à l'échelle nationale et locale.
Le musée Paul-Landowski conserve également des vestiges de l'Exposition internationale de 1925, notamment des esquisses et des sculptures monumentales associées au projet d'un Temple de l'Homme, une entreprise ambitieuse du sculpteur.
Un Parcours des Collections Rénové : Revaloriser les Manifestations Parisiennes de l'Entre-Deux-Guerres
Dans le cadre d'un projet scientifique et culturel, les musées boulonnais développent actuellement une réflexion sur la refonte du parcours de leurs collections, afin de prendre en compte la diversité des fonds constitués et les enjeux intellectuels et les attentes du public d'aujourd'hui.
L'une des pistes de réflexion privilégiées consiste en la revalorisation des trois grandes manifestations parisiennes de l'entre-deux-guerres : l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, l'Exposition coloniale internationale de 1931 et l'Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne de 1937.
La Sculpture à Boulogne-Billancourt : Un Art en Plein Essor
La sculpture est particulièrement bien représentée dans les collections boulonnaises, avec deux musées monographiques et de nombreux autres fonds d'ateliers.
Des Pièces Exposées en 1925 : Témoignages des Tempéraments et des Orientations de l'Art
Parmi cet ensemble foisonnant, se trouvent des pièces exposées en 1925, dont la variété témoigne des tempéraments et des orientations de cet art durant l'entre-deux-guerres, à commencer par la production monumentale.
La Danse triomphale de Pallas Athéné par Carlo Sarrabezolles, qui se dressait à l'entrée du pavillon du Club des architectes diplômés, est l'une de ces sculptures emblématiques.
Des Artistes de Renom : Sarrabezolles, Saupique, Canto da Maya, Blondat…
Sarrabezolles appartient à cette jeune génération qui, formée avant la Première Guerre mondiale, s'impose durant la décennie 1920. C'est le cas également de Georges Saupique, Ernesto Canto da Maya et Max Blondat, qui ont tous contribué à l'effervescence artistique de Boulogne-Billancourt.
L'Atelier de Joseph Bernard : Un Lieu de Création et de Mémoire
L'atelier de Joseph Bernard, construit par Charles Plumet, appartient depuis 1990 à la Ville de Boulogne-Billancourt. Cet espace conserve des décors sculptés immeubles par nature, encastrés dans le bâtiment, notamment deux longues frises figurant la danse.
L'Hôpital Ambroise-Paré : Un Héritage de Soins et d'Innovation
L'histoire de l'hôpital Ambroise-Paré, aujourd'hui situé à Boulogne-Billancourt, est également marquée par des transformations et des adaptations.
Du Sanatorium au Premier Hôpital Public de la Banlieue Ouest
L'hôpital Ambroise-Paré est né du "sanatorium de Boulogne-sur-Seine", fondé à la fin du XIXe siècle par Paul Sollier et Alice Matthieu-Dubois, un couple de psychiatres. Paul Sollier était un pionnier de la neurologie et de la psychologie médicale, tandis qu'Alice Matthieu-Dubois était la première bachelière noire et la première noire Française à devenir docteure en médecine.
Marcel Proust fit un séjour dans ce sanatorium entre décembre 1905 et janvier 1906. En 1921, l'Assistance Publique racheta le sanatorium et le baptisa du nom d'Ambroise Paré, père de la chirurgie moderne. Il devint alors le premier hôpital public de la banlieue ouest.
Un Bombardement et une Reconstruction : L'Hôpital se Déplace
Le bombardement anglais du 3 mars 1942, qui visait l'usine Renault, toucha durement l'hôpital. Il fut décidé de le rebâtir en l'éloignant des nuisances provoquées par les usines Renault.
Après de multiples projets et d'âpres négociations, la baronne de Rothschild consentit, en 1962, à vendre à la municipalité six hectares de terrain, à proximité du château.
Un Héritage Préservé : L'Hôpital Ambroise-Paré Aujourd'hui
Aujourd'hui, l'hôpital Ambroise-Paré continue d'assurer une mission de soins et d'innovation, en s'inscrivant dans la longue histoire des institutions médicales de Boulogne-Billancourt.
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