De tous temps, les petites filles ont été attirées par les poupées. On a retrouvé des poupées en bois ou en ivoire dans quelques tombes antiques, égyptiennes, grecques ou romaines. Malgré la mode de la théorie du genre, c’est toujours le cas de nos jours. Mais par le passé, tout particulièrement au XIXe siècle, époque où la société s’embourgeoise, seuls des enfants privilégiés pouvaient se voir offrir ces poupées belles mais onéreuses, en cire, en bois, en porcelaine ou en biscuit, vendues dans les grands magasins.
L'attrait intemporel des poupées et l'émergence des "poupards"
Le seul témoignage de ces poupées du pauvre, ce sont les « poupards » comme celui représenté dans la gouache de Lesueur, qui figure en tête de cet article, provenant du musée Carnavalet. De nos jours, “Poupard”, terme français très ancien, est généralement utilisé pour désigner des poupées très raides, en carton moulé, parfois sans jambes et même sans bras, naïvement peintes, aux coloris éclatants et sans nuances, aux traits grossiers, datant généralement du tournant du XIXe siècle. Ce sont des poupées attachantes, très émouvantes, peu connues, peu collectionnées et pourtant ce furent de véritables jouets populaires. C’est là, probablement, la cause principale de son succès : il est le bébé de la petite fille à l’image de son petit frère ou de sa petite sœur encore dans les langes. Mais peut-être faut-il faire aussi un lien avec ces poupées en terre cuite du XIIIe siècle dont on a trouvé quelques exemplaires sous les pavés de Strasbourg.
La popularité du poupard : un art populaire accessible
Le poupard a eu un très grand succès, car le moulage est une technique connue et maîtrisée depuis longtemps, les matériaux, tels que déchets de papier, carton, ou plâtre, sont faciles à travailler et surtout bon marché. Poupée rudimentaire et désuète, le poupard était alors la poupée à un sou, la poupée du pauvre. Elle est le témoin d’un art populaire de notre pays en matière de jouets. Sa popularité, de 1880 à 1920, était surtout rurale. D’abord, probablement très répandue en France par les marchands ambulants, les grands magasins de l’époque tels Le Printemps, La Place Clichy, ou Le Bon Marché s’y intéresseront et contribueront à la diffuser grâce aux catalogues d’étrennes distribués par la Poste. On en trouvait aussi et surtout dans le moindre petit bazar.
Description d'un poupard typique
Notre poupard mesure 20 cm. Il est en composition, mélange de carton mâché et de plâtre, matière incassable moulée en deux parties secondairement collées puis grossièrement ébarbées, poncées à la va-vite et peintes par des « décoreuses ». Poupard en composition, H. La tête, coiffée d’un bonnet blanc crème à peine ébauché, et les bras sont de couleur crème. Le pli du cou est souligné d’un trait rouge fin. Le buste est vêtu d’une chemise de couleur orangée avec le col esquissé d’un trait rouge. Ses jambes sont cachées par une sorte de lange grossièrement moulé d’un ton orangé avec une ceinture marquée d’un trait rouge.
Le poupard et le marché des collectionneurs
Ces poupards passent rarement en salles des ventes, car ils intéressent peu les collectionneurs, surtout attirés par la beauté des poupées à tête en biscuit.
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L'ascension de la Maison Bru et l'innovation du "Bébé Têteur"
La maison Bru a été créée en 1867 par Léon Casimir Bru.
Première période : 1867-1877
C’est l’époque de la société Bru Jne & Cie. Son adresse est 374, rue Saint-Denis. Elle s’affirme comme une grande fabrique de poupées de peau rose et blanche, droites et articulées, criantes et parlantes.
Deuxième période : 1877-1883
La fabrique appartient exclusivement à la famille Bru. Le directeur en est Léon Casimir Bru. Désormais son siège est aux numéros 1-3 boulevard de Strasbourg. Inspiré des poupées apparues au Japon en 1853, Bru crée un nouveau genre de poupée. Le corps n’est plus marqué à la taille, sa hauteur fait 5 têtes au lieu de 7, correspondant au corps d’un enfant de 3 à 5 ans. Ce sont des « Bébés » et non des poupées. (Voir Bébé ou poupée).
Troisième période : 1883-1889
L’entreprise est achetée par Henri Chevrot. C’est l’âge d’or du Bébé Bru. Désormais le bébé Chevrot prend le nom de “Bru Jeune”, pour honorer le fondateur de la firme. Il fait évoluer le corps des bébés, devenus incassables en bois évidé. Il dépose en 1891 la marque Bébé Bru : « Le plus solide, le plus gracieux et le plus élégamment habillé de tous les Bébés parisiens ». Dans sa publicité il s’honore d’avoir eu 8 médailles d’or gagnées par son prédécesseur entre 1885 et 1888.
Le Bébé Têteur : une innovation marquante
Le bébé que nous présentons est un bébé téteur. Dans le brevet du 3 octobre 1879, Casimir Bru jeune écrit : « Pour que ce bébé puisse téter : « il m’a fallu donner aux têtes…des dispositions spéciales qui permettent d’y loger mon appareil et de passer le tuyau du biberon par une ouverture ménagée entre les lèvres […] La poire est remplie à volonté d’un liquide quelconque…La tête de mon bébé porte une ouverture entre les lèvres… une autre ouverture est ménagée à la partie postérieure de la tête qui permettra de presser à volonté avec le doigt sur la poire en caoutchouc ». Initialement la pression sur la poire se faisait par un bouton en ivoire.
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Il m’est difficile de le dater avec certitude dans la mesure où la fabrication de ces bébés a continué, sous la marque SFBJ, jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. La tête ravissante et pivotante est en biscuit délicatement teinté avec une perruque en cheveux châtains naturels. La nuque est marquée en creux BRU. J.NE 4 23. Les yeux bleus étonnés sont dormeurs avec des cils finement peints en noir et des sourcils marrons. La bouche avec des lèvres rouges ourlées est ouverte, le menton a une discrète fossette. Le corps et les membres sont en bois peints sans le moindre éclat. Ces derniers sont articulés aux épaules, coudes, poignets, hanches et genoux. Ce bébé est vêtu d’une chemise blanche en coton avec un plastron brodé et d’un pantalon en coton. Les chaussures en cuir fin de couleur crème sont décorées d’un nœud avec de fins lacets. La semelle est en basane marron. Il porte des demi-bas et un bonnet en forme de capuche, bordé d’un galon fantaisie plissé et noué sous le menton.
Le charme de la collection : une histoire personnelle
Ce Bébé a été acheté, il y a une quarantaine d’année, à une très vieille dame, descendante d’une illustre famille, qu’une amie m’avait présentée. Sans enfant, elle ne voulait pas à la fin de sa vie que ce bébé, avec lequel elle avait joué enfant, qui lui venait de famille et qu’elle avait conservé avec beaucoup de soin, tombe entre des mains négligentes. Sachant que je collectionnais les jouets elle m’avait proposé de me vendre ce bébé ainsi que le service en Gien à décor de cirque (Voir Les dinettes). Cela explique l’excellent état dans lequel je l’ai trouvé. Souvenez-vous, quand vous étiez enfants, vos jeux de poupées, de dînettes, les vêtements que vous changiez à ces personnages qui ont animé votre imagination infantile. L’association Autour du fil à Is-sur-Tille vous propose ainsi une plongée dans l’enfance du siècle dernier et même au-delà avec son exposition “A table les poupées, 100 ans de dînettes”.
L'essor de GéGé : une autre figure emblématique de la poupée française
Des collectionneurs passionnés mettent en scène des poupées anciennes
Des pièces de collection des XIX e et XX e sièclesAgnès et Bernard Husson, collectionneurs passionnés , sont en plein dans l’organisation de cet événement qu’ils attendent impatiemment. En effet, organisée habituellement chaque année, cette exposition n’a pas pu avoir lieu ces deux dernières années à cause de la crise sanitaire. Ils voient donc les choses en grand avec leurs amies collectionneuses du département, Caroline Kolodzieczyk, Aleth Rozerot et Thérèse Parfait. Le thème de l’exposition déjà est particulier car il propose des mises en scène de poupées anciennes et de collection autour de dînettes de la même époque. « On va…
La naissance de GéGé et l'innovation des matières plastiques
Germain Marius Giroud naît d'un père ébéniste le 21 avril 1911 à Moingt, vieux village à deux kilomètres de la cité de Montbrison dans la Loire. L'entreprise doit fermer en 1939, lorsque Germain Giroud est appelé sur le front italien. En 1942, il rencontre Juliette Odette Alice Nourrisson née à Moingt le 30 juillet 1922. Elle deviendra Madame Giroud le 13 août 1943 et sera la créatrice non seulement de toutes les poupées produites par la société mais aussi de leurs tenues. Entre-temps, la marque GéGé a été déposée le 9 février 1943. GéGé n'utilisera jamais le celluloïd, jugeant cette matière trop inflammable. En revanche, la proximité de Lyon lui permet d'entretenir des relations privilégiées avec les usines Rhône-Poulenc. En 1948-49, Rhône-Poulenc sort une nouvelle matière plastique : le polystyrène. A cette même période, l'invention du plastisol révolutionne l'industrie de la poupée. Il permet certes de donner de la souplesse au visage, mais surtout d'implanter des cheveux. Le plastisol est constitué de polychlorure de vinyle (PVC), il est mou : c'est la matière utilisée pour les jouets pouêts. Enfin en 1960, arrive le polyéthylène : c'est encore du vinyle mais plus rigide que le plastisol.
L'élégance et la qualité des poupées GéGé
En 1955, GéGé crée une collection de poupées entièrement en Rhodoïd dans différentes tailles avec de superbes habits « Haute Couture ». La création des habillages est assurée par Madame Giroud elle-même. Les finitions des vêtements sont remarquablement soignées et l'ensemble d'une grande qualité avec des doublures, de l'extra-fort pour renforcer les parties fragiles et des ourlets correctement rentrés. Les coutures sont rarement coupées tout à fait à ras, afin que les tissus résistent à la manipulation des mains malhabiles des enfants. Il est rare devant un morceau de vêtement GéGé, même non marqué, de se demander s'il a été produit en usine ou s'il a été fabriqué par une maman couturière. N'oublions pas que Germain Giroud avait commencé comme tisserand dans une région qui se réclame fièrement de ce patrimoine et que Juliette, connue pour son exigence, devait certainement veiller à la bonne exécution de ses modèles.
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L'expansion de GéGé et la consécration
À l’origine, cinq personnes fabriquaient des poupées de salon dans l'usine de Moingt. Par la suite, après Saint-Clément-d’Ambert, la firme essaime ses ateliers à Firminy et à Roche-la-Molière. Ces quatre petites villes sont toutes situées non loin de Saint-Étienne. A partir des années 50, avec l’arrivée de la technique de l’injection des matières plastiques, GéGé diversifie son offre de jouets : dînettes, jouets mécaniques, modèles réduits, puis voitures électriques, petits trains, jeux scientifiques… Vers la fin des années 50, « GéGé, Les Beaux Jouets de France », dont le siège social est maintenant à Montbrison, est la plus grande manufacture française de jouets. Une décennie plus tard, la société est à son apogée : mille salariés répartis sur les quatre usines et trois cents ouvrières et ouvriers à domicile. Les prisons de Lyon et Saint-Étienne participent aussi à la production. Près de 3000 poupées sortent chaque jour des ateliers. GéGé réalise dans sa totalité l'ensemble des étapes du processus de fabrication : conception, modelage, fabrication des moules, production, imprimerie, conditionnement, expédition…
Les récompenses et l'innovation de Caroline
Les établissements GéGé, et plus particulièrement Juliette Giroud pour la création de ses poupées, seront récompensés par la Coupe d'or du Bon Goût français le 4 décembre 1962. Cette coupe a été attribuée pour la première fois un an plus tôt au paquebot France. GéGé sera ensuite primé de nombreuses fois dans les diverses branches de son activité. En ce qui concerne les poupées, Minichou, Philippe-température et Sylvia recevront le diplôme du « Meilleur jouet » respectivement en 1967, 1968 et 1972. Mais l'une des plus grandes réussites de GéGé est sans doute Caroline, la poupée qui marche, chante et parle avec la voix contrefaite de Juliette Giroud. Baptisée en l'honneur de la Princesse Caroline de Monaco, elle lui vaudra la médaille d'argent du concours Lépine de 1968. Caroline se perfectionnera au cours des années et sera même capable d'envoyer des baisers. « Pleure, remue les lèvres et boit son biberon… Elle possède un seul disque qui déclame: "Je m'appelle Caroline. Regardez comme je marche bien,je sais aussi chanter !!
Le déclin et la fin d'une époque
L'aventure au pays des jouets trouve son épilogue en mars 1978. La concurrence de la production asiatique ajoutée à l'augmentation des prix des matières premières due aux chocs pétroliers engendrent des difficultés économiques qui précipitent la chute des grandes entreprises françaises de poupées. Germain Giroud refusant de délocaliser, la faillite devient inévitable.
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