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Analyse de la situation de deuil périnatal : Comprendre, Accompagner et Reconnaître la Souffrance

Le deuil périnatal, une réalité souvent occultée, englobe diverses situations douloureuses, allant de la fausse couche à la mort néonatale. Cet article vise à analyser en profondeur cette expérience complexe, en explorant les étapes du deuil, les besoins spécifiques des parents, l'importance de la reconnaissance sociale et les pistes pour un accompagnement adapté.

Définition et Réalités du Deuil Périnatal

Le deuil périnatal se définit généralement comme la perte d'un bébé après 22 semaines d'aménorrhée et jusqu'à 7 jours de vie révolus. Cependant, cette définition restrictive ne rend pas compte de toute la diversité des situations vécues par les parents. Le deuil périnatal peut également concerner :

  • Les morts fœtales in utero.
  • Les interruptions médicales de grossesse (IMG) décidées en raison de graves malformations.
  • Les interruptions volontaires de grossesse (IVG), bien que le contexte soit différent.
  • Les fausses couches spontanées.
  • Les réductions embryonnaires.
  • Les interruptions sélectives de grossesse.
  • Les grossesses extra-utérines.
  • La découverte d'une stérilité.

Chacune de ces situations représente une perte unique et douloureuse, nécessitant une approche individualisée et respectueuse.

Le Processus de Deuil : Un Cheminement Complexe

Céline Durand, psychologue clinicienne spécialisée dans l'accompagnement du deuil périnatal, souligne l'importance de distinguer le processus de deuil, universel, du travail de deuil, propre à chaque individu.

Le processus de deuil est une forme de cicatrisation psychique naturelle, qui se déroule en quatre phases :

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  1. La sidération : Un choc initial face à l'annonce de la mort fœtale ou néonatale.
  2. La phase de déni : Une mise à distance de la réalité, comme un mécanisme de survie.
  3. La déstructuration : La prise de conscience de l'absence et de la mort, pouvant engendrer une profonde dépression.
  4. La reconstruction : L'intégration de la perte et la capacité à envisager l'avenir malgré la blessure.

Le travail de deuil, quant à lui, est un cheminement personnel qui suppose d'accepter d'être aidé. Il s'agit d'exprimer ce que l'on vit et ressent, afin d'inscrire cet événement traumatique dans sa propre histoire.

Les Besoins Spécifiques des Parents Endeuillés

Le deuil périnatal est une épreuve qui fragilise le couple et nécessite un accompagnement adapté. Il est essentiel de reconnaître que la femme et l'homme ne vivent pas les mêmes choses et n'expriment pas leur douleur de la même manière.

Chez la femme, la souffrance est à la fois psychique et corporelle, en raison de la "déflagration hormonale" qui suit l'interruption de la grossesse. Elle peut ressentir un besoin de repos, de silence et d'immobilité. Certaines femmes peuvent même exprimer des vœux infanticides ou des fantasmes de mort, car elles se sentent incapables de protéger le bébé suivant. Il est crucial de leur permettre d'évoquer ces peurs et ces fantasmes pour qu'ils puissent se dissiper.

Chez l'homme, la peine s'exprime souvent dans un débordement d'actions : travail excessif, sport intensif, bricolage… Il a tendance à ne pas formuler ses émotions, ce qui peut créer un décalage avec sa compagne.

Pour surmonter leur tristesse, les parents ont besoin :

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  • D'un lieu pour mettre en mots leur histoire et l'inscrire dans la réalité.
  • De partager leur expérience avec d'autres parents endeuillés, dans des groupes de parole où règne l'authenticité.
  • De mettre en place des rituels pour faire exister l'enfant dans la réalité : lui donner un prénom, l'inscrire sur le livret de famille (si possible), organiser des obsèques, lui réserver une place dans la maison avec une photo, un objet, une bougie…

Il est également important de les laisser libres de répondre à la question du nombre d'enfants qu'ils ont, en incluant celui "au ciel", s'ils le souhaitent.

La Reconnaissance Sociale : Un Enjeu Crucial

Le concept de "deuil non reconnu" ("disenfranchised grief"), développé par Kenneth J. Doka, souligne l'importance de la reconnaissance sociale du deuil périnatal. Ce concept met en lumière les normes sociales qui régissent le deuil et déterminent "qui a le droit d'être en deuil, comment, quand, combien de temps et pour qui".

La non-reconnaissance du deuil périnatal peut prendre différentes formes :

  • Minimisation de la perte.
  • Incompréhension de la tristesse des parents.
  • Pression pour "passer à autre chose" rapidement.
  • Silence autour du sujet.

Cette non-reconnaissance peut avoir des conséquences néfastes sur le processus de deuil, en empêchant les parents d'exprimer leur douleur et de recevoir le soutien dont ils ont besoin.

Une étude menée auprès de femmes ayant vécu un deuil périnatal au Québec (Canada) a montré que la reconnaissance du deuil périnatal varie en fonction de l'espace (médical, familial, social, travail) et du moment (avant, pendant, après le décès).

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  • Dans l'espace médical, la reconnaissance est généralement plus forte, notamment grâce à des pratiques d'humanisation et de personnification du bébé (photos, empreintes, vêtements…). Cependant, des cas de non-reconnaissance passive (manque d'informations, soins impersonnels) ou active (terminologie inappropriée) peuvent encore se produire.
  • Dans les espaces familial et social, la reconnaissance est souvent présente à court terme, mais peut s'affaiblir avec le temps.
  • Dans l'espace de travail, le retour au travail peut être difficile, en raison du manque de compréhension de l'entourage professionnel.

L'Accompagnement Professionnel : Un Soutien Indispensable

Face à un tel drame, il est essentiel que les parents soient accompagnés individuellement, en couple et/ou en groupe par des professionnels (psychiatres, psychologues) formés à cette clinique particulière. Cet accompagnement peut être proposé au sein de la maternité, dans le cadre associatif ou en cabinet privé.

Une revue des thérapies utilisées pour traiter le traumatisme psychologique après un deuil périnatal a montré que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et le conseil en matière de deuil peuvent être efficaces pour réduire les symptômes du trouble de stress post-traumatique (TSPT) qui peut survenir après un deuil périnatal. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour développer et tester des interventions flexibles basées sur la recherche.

L'accompagnement professionnel peut aider les parents à :

  • Comprendre et accepter leurs émotions.
  • Exprimer leur douleur et leur chagrin.
  • Faire face aux difficultés relationnelles.
  • Développer des stratégies d'adaptation.
  • Préparer une éventuelle nouvelle grossesse.

Grossesse Après un Deuil Périnatal

Il est important que les femmes aient conscience qu'après une perte périnatale, elles peuvent être plus à même de développer un trouble de stress post-traumatique et qu'il est important de consulter un professionnel de santé.

Certaines femmes vont poser la question aux médecins concernant une nouvelle grossesse. La femme a peut être besoin à un moment donné "d'être autorisée" à retomber enceinte, cela lui permet probablement aussi de repousser certains mécanismes inconscients à l'oeuvre tels que la peur « d'avoir déplacé sa haine sur ce bébé qu'elle aurait tué ». Car la grossesse renvoie nécessairement toutes les femmes (de façon plus ou moins consciente) à cette question, au cours du processus d'enfantement. Le sentiment de toute puissance maternelle est à double tranchant au niveau psychique et symbolique : si je suis capable de donner la vie, j'ai aussi le pouvoir de la retirer…

Il apparaît régulièrement "des dates anniversaires" : la femme tombe enceinte au même moment qu'à la grossesse précédente ou encore la date d'accouchement présumée est proche voire la même que celle de la naissance du bébé défunt… Lorsque l'attachement affectif au foetus peut s'en trouver atténué durant la grossesse suivante, c'est probablement au vu de prévenir une trop grande souffrance en cas de nouveau décès.

Le temps de la grossesse est un temps d'élaboration psychique. Avant de se préoccuper exclusivement du bébé, la future mère passe par une phase identitaire forte (entre le 4eme et 7eme mois de grossesse). Elle se concentre sur elle, son histoire passée, elle fait en quelques sortes, le bilan . Dans ce contexte, la grossesse suivante peut soutenir cette dynamique psychique et lui permettre de trouver sa finalité, sa résolution. Ce qui n'a pu se dérouler, trouve enfin une continuité et finalité avec cette nouvelle grossesse. La femme se sent alors pleinement capable d'enfanter et d'assoir sa posture de mère vis à vis de son bébé.

Quand il y a une histoire traumatique, les couples ont l'impression que ce nouveau bébé redémarre avec cette histoire là. Il faudra s'autoriser à réinvestir le nouvel enfant. La culpabilité de désirer un autre bébé… La première étape consiste à penser qu'il y a deux bébés. L'enfant suivant n'est pas forcément un enfant de remplacement.

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