Le sevrage, étape importante de l'allaitement, suscite de nombreuses questions chez les mères. Qu'il soit induit par un choix personnel, une nécessité médicale ou qu'il survienne naturellement, il est essentiel de comprendre les enjeux et les bonnes pratiques pour accompagner au mieux cette transition pour la mère et l'enfant. Cet article vise à éclairer les différents aspects du sevrage, en mettant l'accent sur le sevrage naturel, tout en offrant des conseils pratiques et des solutions pour une transition en douceur.
Sevrage Induit vs. Sevrage Naturel : Comprendre les Différences
Le sevrage peut être classé en deux catégories principales : le sevrage induit et le sevrage naturel.
Sevrage induit : Il est initié par la mère pour diverses raisons, qu'elles soient personnelles (désir de retrouver son corps, besoin de liberté), médicales (nécessité d'un traitement incompatible avec l'allaitement), ou liées à des contraintes extérieures (reprise du travail, pression sociale ou familiale). Il est important de noter que le sevrage induit doit être abordé avec douceur et progressivité pour éviter les complications physiques et émotionnelles.
Sevrage naturel : Il se produit lorsque l'enfant, généralement entre 2 et 5 ans, commence à refuser le sein ou à ne plus le réclamer. Ce processus se déroule naturellement, au rythme de l'enfant, et est souvent associé à une diversification alimentaire bien établie. On parle de sevrage naturel en combinaison avec un allaitement non écourté. Dans ce cas précis, l’enfant décide lui-même d’arrêter de téter. Souvent à ce stade, l’enfant a également une alimentation solide à côté. Ainsi la majorité de ses besoins nutritionnels sont remplis par celle-ci.
Il existe également le sevrage partiel, qui se caractérise par une diminution progressive des tétées, souvent remplacées par des préparations commerciales pour nourrissons, tout en maintenant un allaitement au sein, généralement la nuit. Lorsque l’allaitement au sein se poursuit la nuit, mais qu’il y a un relais de préparation commerciale pour nourrisson la journée, on parle de sevrage partiel.
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Les Raisons d'un Sevrage Induit : Choix Personnels et Nécessités
Plusieurs facteurs peuvent amener une mère à envisager un sevrage induit. Tout d’abord, il peut s’agir d’un choix avec lequel elle est alignée pour retrouver son corps, une certaine liberté, ou parce qu’elle ne souhaite plus poursuivre cette aventure. Cependant, le sevrage peut lui être imposé : pour des motifs médicaux, par une pression familiale ou sociale qu’elle subit, lors de la survenue d’une grossesse. Parmi les raisons les plus courantes, on retrouve :
Le désir de retrouver son corps et sa liberté : L'allaitement est une expérience exigeante qui peut impacter le corps et le mode de vie de la mère. Le sevrage peut être perçu comme une étape vers un retour à une plus grande autonomie.
Les impératifs professionnels : La reprise du travail est une autre raison fréquente de sevrage. Bien que la loi française prévoit un droit d'une heure par jour pour allaiter ou tirer son lait jusqu'aux un an de l'enfant, certaines mères préfèrent opter pour un sevrage complet ou partiel. La reprise du travail n’est pas nécessairement synonyme de sevrage. En effet, en France, la loi permet aux femmes qui viennent d’accoucher de prendre une heure répartie en 2 fois sur la journée, pour allaiter ou plus généralement tirer leur lait, et ce, pendant la première année de leur bébé.
Les raisons médicales : Certaines pathologies ou traitements médicaux peuvent rendre l'allaitement incompatible. Dans ce cas, il est essentiel de consulter un professionnel de santé pour évaluer les options et mettre en place un sevrage adapté. La prise de médicament ou une intervention chirurgicale n’impose pas non plus obligatoirement un sevrage définitif. Vous serez parfois amenée à jeter durant quelques jours le lait que vous aurez tiré (pour maintenir la lactation) mais le fait d’avoir entretenu la lactation vous permettra de reprendre votre allaitement par la suite. Dans la mesure du possible, anticipez et renseignez-vous bien auprès de votre sage-femme ou de votre médecin sur la réelle nécessité de ne pas allaiter votre bébé durant cette période.
La pression sociale ou familiale : Les remarques et les jugements de l'entourage peuvent influencer la décision d'une mère d'arrêter d'allaiter. Il est important de s'écouter et de faire ses propres choix, en accord avec ses valeurs et ses besoins.
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Une nouvelle grossesse : Si la mère le souhaite, une nouvelle grossesse est compatible avec un allaitement. Cependant, il y a une modification de la consistance et du goût du lait, car la maman produit à nouveau du colostrum, plus salé. De ce fait, le petit peut faire la grève, mais cela est transitoire.
Les Étapes Clés d'un Sevrage en Douceur
Quelle que soit la raison du sevrage, il est crucial de procéder par étapes et d'adapter le rythme à la fois à la mère et à l'enfant. Il est tout à fait déconseillé de sevrer son bébé soudainement. Cela engendre des engorgements et son cortège de complications potentielles. Par ailleurs, du point de vue de l’enfant, cela peut être traumatisant et provoquer une angoisse d’abandon surtout s’il s’agit d’un bambin. Lorsqu’on souhaite mettre fin à l’allaitement, l’approche progressive reste la plus recommandée. Le sevrage doit se faire petit à petit. Commencez par retirer une tétée par jour, en gardant celles du matin ou du soir si elles sont importantes pour votre bébé. Cette méthode évite l’engorgement et laisse le temps à la production de lait de diminuer naturellement. Cela permet aussi à votre enfant de s’habituer à un nouveau rythme. Voici quelques conseils pour un sevrage réussi :
Diminuer progressivement le nombre de tétées : Pour commencer, on peut remplacer une des tétées de la journée par un "lait" infantile du commerce adapté à l'âge de notre bébé, au biberon ou à la tasse. Si cela se passe bien, on remplace une nouvelle tétée tous les trois jours, pour arriver petit à petit à ne garder que celles du matin et du soir, ou arriver à zéro tétée. Si vous voulez mettre en place un sevrage partiel, le principe est de limiter les tétées sur une quinzaine de jours pour introduire les biberons (ou un autre contenant) et restreindre les engorgements. Le timing de suppression des tétées est dépendant de chaque femme et de son état d’esprit. Si vous optez pour un sevrage complet, la réduction des tétées est appliquée le jour et la nuit. Procédez par étapes : il sera peut être difficile de mettre en place conjointement le sevrage et l’arrêt du cododo par exemple.
Introduire le biberon en douceur : Garder en tête que téter au biberon n’est pas inné pour un bébé allaité ! Il lui faudra un moment d’adaptation pour savoir comment faire. Vous pouvez tout d’abord proposer du lait maternel dans le biberon, puis mélanger le lait maternel au lait infantile pour ensuite finir avec des biberons de lait artificiel complet.
Choisir la bonne tétine : Les sages-femmes affirment que les meilleures tétines pour une bonne transition de l’allaitement au biberon sont les tétines longues en caoutchouc. Celles-ci permettent au bébé de bien positionner sa langue comme il le ferait normalement avec le sein de sa mère. Il existe des dizaines de biberons et tétines différents sur le marché. Il se peut que vous deviez en tester quelques-uns avant de trouver le bon.
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Varier les positions : Au moment de donner le biberon faites attention à la position dans laquelle vous le présentez à votre bébé. Parfois, vous aurez plus du succès en asseyant votre bébé dans un transat face à vous. Demandez à une autre personne de vous aider dans ce processus, papa par exemple.
Être à l'écoute de son enfant : Chaque bébé réagit différemment au sevrage. Certains s’adaptent rapidement, d’autres ont besoin de plus de temps et de réassurance. Maintenir un moment de proximité, même sans tétée, aide à préserver le lien. Il est recommandé de le proposer à un moment calme, sans forcer.
Prendre soin de ses seins : Au départ, et pour éviter les engorgements, il est tout à fait possible de tirer son lait pour soulager une tension inutile. Il existe également des remèdes de grand-mère pour survivre au sevrage. L’infusion de sauge ou manger beaucoup de persil permet de diminuer la lactation.
Anticiper et gérer les émotions : Avez-vous déjà entendu parler du deuil de l’allaitement pour la maman ? En effet beaucoup de mamans regrettent l’arrêt de l’allaitement exclusif. La fin d’un moment de partage unique avec bébé. La chute d’hormones (prolactine et ocytocine) peut effectivement provoquer une baisse du moral pour la maman allaitante. Il existe encore trop peu d’accompagnement pour les mamans lors de cette étape.
Sevrage Naturel : Respecter le Rythme de l'Enfant
Le sevrage naturel est un processus graduel où l'enfant prend l'initiative d'espacer les tétées, puis de les abandonner complètement. Il se produit généralement entre 2 et 5 ans, lorsque l'enfant a développé une alimentation solide variée et qu'il est moins dépendant du lait maternel pour ses besoins nutritionnels et émotionnels. On observe un sevrage naturel lorsque le bambin (entre 2 et 5 ans) commence à dire non ou à ne plus réclamer.
Voici quelques conseils pour accompagner un sevrage naturel :
Être à l'écoute de son enfant : Observer les signaux de l'enfant et respecter son rythme est essentiel. Ne pas forcer la tétée s'il la refuse, mais lui offrir d'autres formes de réconfort et d'affection.
Proposer des alternatives : Remplacer les tétées par des câlins, des jeux, des histoires ou d'autres activités qui renforcent le lien mère-enfant.
Maintenir une alimentation équilibrée : S'assurer que l'enfant reçoit tous les nutriments dont il a besoin grâce à une alimentation solide variée et adaptée à son âge.
Être patient et compréhensif : Le sevrage naturel peut prendre du temps et être ponctué de moments de régression. Il est important de rester patient et d'offrir à l'enfant le soutien émotionnel dont il a besoin.
Situations Particulières et Solutions
Certaines situations peuvent compliquer le processus de sevrage, qu'il soit induit ou naturel. Voici quelques exemples et solutions :
Refus du biberon : Le petit peut s’opposer au biberon dans le cas d’un sevrage imposé lorsqu’il ressent que sa mère n’est pas en accord total. Il peut aussi s’agir d’une problématique de succion ou d’une difficulté à s’adapter à ce nouveau mode de nutrition. Proposer le biberon aux moments où l’enfant est le plus calme possible, juste après une sieste par exemple, ou lorsque bébé est en éveil calme, et pas trop affamé. Demandez à une autre personne de vous aider dans ce processus, papa par exemple.
Engorgement : Si l’arrêt de l’allaitement se fait de façon soudaine, l’organisme n’a pas le temps de s’adapter à l’arrêt de la stimulation mammaire. Le corps continue à produire du lait maternel, ce qui peut provoquer un engorgement douloureux, une tension dans les seins, voire une inflammation. Pour éviter les engorgements, il est tout à fait possible de tirer son lait pour soulager une tension inutile. Procédez par étapes : il sera peut être difficile de mettre en place conjointement le sevrage et l’arrêt du cododo par exemple.
Grève de la tétée : Certains bébés refusent subitement le sein et font, ce qu’on appelle communément une « grève de la tétée ». Ces épisodes peuvent survenir à différents moments pendant l’allaitement. Une maladie ou infection de type rhume, rhinite, nez bouché, poussées dentaires, otite… etc : votre bébé est inconfortable et il est alors gêné pour téter. Cela n’a pas de rapport avec le fait qu’il soit allaité. S’il était nourri au biberon, sa réaction aurait probablement été la même. Un nouvel apprentissage, de nouvelles acquisitions ou étapes clés de son développement, un souci à la maison qui vous perturbe (comme la reprise de votre travail) peuvent le perturber et le “détourner” momentanément du sein. Là aussi, il réagirait probablement de la même façon en étant nourri au biberon. Dans ces moments-là, il est essentiel de ne pas tirer de conclusion hâtive. Une grève ne signifie pas que le bébé souhaite se sevrer.
Troubles de la succion ou de l'oralité : Des troubles de la succion ou des troubles de l’oralité peuvent perturber la mise en place du sevrage. En effet, pour ces enfants qui se nourrissent par petites quantités, l’allaitement au sein est souvent une meilleure solution. Si on souhaite sevrer, il faut s’assurer que les besoins nutritifs sont couverts.
Deuil de l'allaitement : En effet beaucoup de mamans regrettent l’arrêt de l’allaitement exclusif. La fin d’un moment de partage unique avec bébé. La chute d’hormones (prolactine et ocytocine) peut effectivement provoquer une baisse du moral pour la maman allaitante. Mettre en place de nouveaux rituels « mère-enfant » pour privilégier le contact physique : peau à peau, câlin, massage. Au début, il risquera peut-être de chercher le sein mais ces caresses le rassureront.
L'Importance de l'Accompagnement Professionnel
Si vous rencontrez des difficultés avant ou pendant le sevrage, il est important de solliciter l'aide de professionnels de santé qualifiés. Les consultantes en lactation IBCLC, les personnes ayant le DIULHAM ont pour rôle d’accompagner l’allaitement sous toutes ses formes. Elles sont donc également spécialisées pour votre sevrage. Voici quelques professionnels qui peuvent vous accompagner :
Le pédiatre : Il pourra vous indiquer les recommandations en lien avec votre situation personnelle et vous aider à mettre en place un plan d’arrêt de l’allaitement.
La sage-femme : Elle pourra vous accompagner durant la transition vers l’arrêt de l’allaitement en vous donnant des conseils pratiques et vous soutenir si c’est dur pour vous émotionnellement.
La consultante en lactation IBCLC : Elle est spécialisée dans l'accompagnement de l'allaitement et du sevrage, et peut vous offrir un soutien personnalisé et des conseils adaptés à votre situation.
Les groupes de parole de mamans : Même si chaque situation est unique, il peut être utile d’échanger avec d’autres mères pour partager votre expérience et éventuelles difficultés. N’hésitez pas à vous rapprocher d’un groupe de parole de mamans par exemple ou de lire des témoignages de mères.
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