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L'Allaitement dans l'Égypte Antique : Traditions Médico-Religieuses et Représentations

Introduction

L'allaitement dans l'Égypte antique était bien plus qu'un simple acte de nutrition infantile. Il était imprégné de significations religieuses, sociales et culturelles profondes, intimement lié à la conception de la maternité, de la filiation divine et de la légitimité du pouvoir pharaonique. Cet article explore les différentes facettes de l'allaitement dans l'Égypte antique, en s'appuyant sur les connaissances médicales de l'époque, les croyances religieuses et les représentations artistiques.

Connaissances Médicales Égyptiennes sur l'Allaitement

Les médecins égyptiens possédaient des connaissances empiriques sur le corps humain, son développement et les maladies. Leurs écrits et leurs représentations témoignent d'une compréhension naissante du sein et des problèmes cliniques pouvant survenir pendant l'allaitement. Richard-Alain Jean et Anne-Marie Loyrette ont analysé les sources écrites et iconographiques pour reconstituer la pensée médicale de l'époque, en tenant compte du contexte mythologique et religieux.

Ils ont mis en évidence plusieurs axes conceptuels biologiques qui ont influencé les pratiques médicales antiques, dont certaines se sont perpétuées jusqu'à nos jours. Les médications pharaoniques, bien qu'empiriques, recèlent des mystères que la pharmacognosie moderne tente de percer.

La Mère, l'Enfant et le Lait : Une Trinité Sacrée

L'allaitement était un acte sacré, initié par la déesse Isis sur son fils Horus. Cette image divine a profondément marqué la pensée religieuse égyptienne, associant l'allaitement à la protection, à la nourriture et à la régénération. La figure d'Isis allaitant Horus est omniprésente dans l'art et la littérature, symbolisant la maternité idéale et la puissance divine.

Dans la société égyptienne, avoir des enfants était primordial, gage de bonheur et de considération. L'absence d'héritier entraînait une déconsidération telle qu'elle pouvait aboutir à une répudiation. Afin que la grossesse se passe bien, les futures mères faisaient appel aux dieux, magiciens, revenants et aux médecins, invoquant plus couramment la déesse hippopotame Thouéris ou le dieu nain Bès.

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Les Accouchements Divins et Royaux : Une Propagande Royale

L'architecture égyptienne pharaonique concentre tous les éléments possibles capables de montrer la proximité directe du roi avec les dieux, y compris à propos de sa propre filiation divine. Les temples et les mammisis étaient des lieux privilégiés pour célébrer la naissance divine du roi, à travers des scènes sculptées et des inscriptions.

Hatchepsout et Aménophis III avaient fait figurer dans leurs temples respectifs la scène de l’hymen royal de leurs créateurs, avec un récitatif convenu. Le dieu Amon s’était substitué aux pères charnels de sang non royal, prouvant ainsi que les futurs souverains possédaient un géniteur divin, garant de la légitimité solaire indispensable.

Le mammisi, ou "maison de la naissance", était un édifice religieux dédié à la naissance divine du roi-dieu. Les mammisis tardifs, en véritables locaux religieux et politiques externalisés, n’avaient plus qu’à recueillir les éléments nécessaires à la fixation, et de là à la diffusion de la propagande royale afin d’affirmer la légitimité du règne. Ces temples étaient ornés de reliefs représentant les différentes étapes de la naissance divine, de la conception à l'allaitement.

Ces scènes mettaient en scène les divinités impliquées dans le processus de la naissance royale :

  1. La hiérogamie qui préside à la gestation.
  2. La naissance elle-même qui n’est que très sobrement figurée.
  3. L’allaitement divin qui prolonge la formation in utero.
  4. La présentation, la reconnaissance du dieu mâle, et de ce fait, l’intronisation royale du dieu.

L'allaitement divin était ainsi un élément essentiel de la légitimation du pouvoir royal, assurant la succession égyptienne du nouveau souverain.

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Représentations du Sein et de la Lactation

Les représentations du sein et de la lactation dans l'art égyptien sont variées et symboliques. Le sein est souvent associé à la fertilité, à l'abondance et à la nourriture. La déesse Hathor, par exemple, est souvent représentée allaitant, symbolisant la nourriture et la protection qu'elle offre à l'humanité.

La croissance interne lactée au sein de la mère est assurée par Nephtys, « Celle qui donne la santé à l’œuf et qui nourrit son rejeton (l’embryon pour qu’il se transforme) en jeune garçon (fœtus mâle) ». Elle est encore confirmée par l’aspect d’Harsomtous émergeant du sein matriciel floral où il a nidé, et où il a donc puisé sa propre substance de « rejeton » divin.

Dans cet endroit caché protégé par Hathor, lotus et papyrus foisonnent, or, les blancs rhizomes finement odorants des souchets à la bonne odeur de lait étaient comparables à la pureté d’un bon lait constitutif fourni par la mère divine. Ces textes font aussi allusion à J3tj, personnification du lait, puis à Ṯnj, un dieu du lait.

Pratiques d'Allaitement dans la Société Égyptienne

La durée de l'allaitement était généralement de trois ans. La mère portait son bébé sur la hanche, emmitouflé dans un châle qui lui servait de support, lui permettant de vaquer à ses tâches quotidiennes sans contraintes. Les Égyptiennes qui accouchent sont considérées comme impures et souillées par leur sang et devaient passer quatorze jours dans un pavillon de purification appelé "mammisi".

Les nourrices jouissaient d’une considération particulière dans la société égyptienne. Elles étaient très appréciées et recherchées. C’est pourquoi les riches familles avaient recours à une nourrice professionnelle. Certaines femmes de la haute société, pourtant en mesure d’allaiter leur enfant, n’hésitaient pas à confier ce dernier à une nourrice par simple souci d’esthétique, afin de ne pas abîmer leur épiderme fragile. Les nourrices royales étaient des femmes choisies pour leur éducation et leur noblesse, en charge de l’éducation des enfants royaux, en particulier du futur pharaon.

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Lieu de l'Accouchement

Le lieu sacré de la mise au monde divine est très probablement calqué sur l’endroit réel profane où était généralement pratiqué cet acte physiologique : soit dans une chambre avec terrasse, soit dans une dépendance aérée où était construit un kiosque protégé, ou bien même sous un abri végétal organisé comme un berceau de treillage de vigne, ou aussi parfois simplement sous un arbre comme en Afrique autrefois, surtout dans le sud du Double Pays et au-delà en Nubie. Si l’on considère les époques antérieures, c’est dans les appartements royaux réservés à la reine que se déroulait l’accouchement réel, avec force personnels spécialisés, et grand renfort de matériels divers - clergés à proximité, et délégations implorants en prière dans les temples palatins.

Les Divinités de l'Accouchement

Plusieurs divinités étaient associées à l'accouchement et à la protection de la mère et de l'enfant. Le dieu Khnoum est parfois nommé comme accompagnant également la mise au monde en tant qu’accoucheur. D’ailleurs, il fait partie de l’ornementation magiquement active des tables-lits de travail. Thot n’est jamais très distant de la scène principale. Nous avons déjà parlé du petit dieu Bès. À Philæ, c’est le roi qui reçoit personnellement l’enfant des mains de la déesse accoucheuse, avant de le remettre à Nekhbet. La déesse Nekhbet est capable d’accélérer la naissance, et, de modérer les douleurs de l’enfantement.

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