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Allaitement : Démêler le Vrai du Faux et Comprendre les Enjeux

L'allaitement maternel, sujet ancestral et pourtant toujours d'actualité, suscite un florilège d'opinions, de conseils et d'idées reçues. Entre les injonctions contradictoires et le manque d'informations fiables, il est parfois difficile de s'y retrouver. Cet article a pour vocation de démêler le vrai du faux, d'explorer les multiples facettes de l'allaitement et de fournir des éléments de compréhension pour faire des choix éclairés.

Allaitement : Mythes et Réalités

Nombreuses sont les affirmations qui circulent au sujet de l'allaitement. Certaines sont ancrées dans les traditions populaires, tandis que d'autres sont issues d'interprétations erronées de données scientifiques. Examinons quelques-unes de ces idées reçues :

  • "Allaiter c'est douloureux" : Les premiers jours, l'allaitement peut être désagréable, le temps que la machine se mette en route et que vous trouviez vos marques avec Bébé, vous pourrez ressentir une certaine sensibilité. Mais passés les premiers jours, ça ne doit pas faire mal et ô grand jamais être insupportable. Si c’est le cas, surtout ne restez pas comme ça ! On appelle vite une sage-femme formée ou une conseillère en lactation afin de trouver des solutions pour soulager la douleur et corriger ce qui la provoque (position, succion du bébé…).

  • "La taille de la poitrine influence la production de lait" : La taille de la poitrine est liée à la masse graisseuse, et n'a donc rien à voir avec la glande mammaire qui s'occupe de produire le lait.

  • "Allaiter fait maigrir" : L’allaitement ça fait brûler 400kcal de plus par jour par le corps humain, et ce n’est pas rien. Certaines perdent du poids, d’autres absolument pas, il y en a même qui en reprennent.

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  • "Le lait maternel n'est pas toujours adapté aux besoins du bébé" : La composition du lait maternel est toujours adaptée aux besoins du bébé, elle s’ajuste même selon les jours ou carrément au cours d’une tétée. Petit point de vigilance pour les mamas vegans qui ne se supplémenteraient pas en B12.

  • "Si on a peu de lait, il faut compléter avec des biberons" : Pour avoir du lait il faut sti-mu-ler. Donc donner l’info à votre corps qu’il y a un déséquilibre entre ce qu’il produit et les besoins de Bébé. On le met au sein un max, on s’hydrate bien et la lactation devrait s’adapter.

  • "Les bébés allaités dorment mieux" : Les bébés allaités se nourrissent plus régulièrement que les bébés au biberon (et particulièrement la nuit, là où la prolactine - l'hormone qui produit le lait maternel, est à son pic). D’après une étude récente, cette même prolactine semble favoriser un sommeil profond donc plus réparateur chez les mères. Notez également que le lait maternel contient de la mélatonine, l’hormone qui aide à réguler l’alternance jour/nuit et à activer le “mode sommeil” ! On a dit aider hein, il est fort probable que quel que soit son mode d’alimentation votre tout petit mette quelques mois à faire des nuits qui ressemblent aux vôtres, d’autant que physiologiquement un bébé n’a absolument pas le même rythme de sommeil qu’un adulte.

  • "Après 6 mois, le lait maternel ne sert plus à rien" : L’OMS préconise un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois et un allaitement partiel jusqu’à 2 ans. puis en parallèle de l’alimentation solide jusqu’à 2 ans. Mais si vous faites le choix de poursuivre après quelques temps avec une préparation pour nourrissons, vous pouvez choisir n’importe laquelle tant que votre enfant ne présente aucun souci de santé particulier. Les laits infantiles distribués en France respectent tous la législation en matière de composition et sont donc adaptés aux besoins essentiels de votre bébé.

L'Importance de l'Allaitement : Bénéfices pour la Mère et l'Enfant

L'allaitement maternel est bien plus qu'un simple mode d'alimentation. Il s'agit d'un processus physiologique complexe qui offre de nombreux avantages pour la santé de la mère et de l'enfant.

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Bénéfices pour l'enfant

Innombrables sont les études montrant l’impact de l’allaitement (ou du non-allaitement) sur la santé du bébé, de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra. Selon une étude faite sur plus de 40 000 enfants japonais suivis de la naissance à 8 ans [6], plus les enfants avaient reçu du lait maternel pendant une longue période (au-delà de 6 mois), moins leur IMC (indice de masse corporelle) était élevé. Les bébés nourris au sein seront des adultes plus apaisés. C’est ce que montre une étude réalisée par des chercheurs finlandais et publiée dans la revue Psychotherapy and Psychosomatics. L’étude a suivi près de 2000 participants, depuis l’enfance jusqu’à leur trentaine. Son but était d’identifier un lien entre l'allaitement et le développement psychologique et le comportement à l’âge adulte, en particulier l'hostilité. Ils ont ainsi constaté que les adultes qui n’ont pas été allaités quand ils étaient bébés ont un score total d’hostilité plus élevé que ceux qui ont été nourris au sein maternel.

Composition du lait maternel : Le lait maternel est ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. Il évolue même avec lui, s’adaptant à ses besoins spécifiques au fur et à mesure de sa croissance. Le rythme des tétées peut alors être modifié. Votre bébé diminue sa consommation de lait au profit des aliments solides. L’allaitement demeure à la demande. Les tétées peuvent avoir lieu avant ou après les repas, sans importance, tant que votre enfant boit assez de lait.

Protection contre les maladies : Véritable vaccin pour bébé, le premier lait tapissera les parois de son estomac et de ses intestins pour les protéger des méchantes infections virales et bactériennes.

Bénéfices pour la mère

Là aussi, on pourrait citer un grand nombre d’études sur la réduction du risque en matière de cancer (notamment cancer du sein), de maladies cardiovasculaires, de diabète, d’ostéoporose, d’endométriose, d’arthrite rhumatoïde, de DMLA, et même de maladie d’Alzheimer. D’après une étude prospective sur trente ans (1985 à 2015) faite sur plus de 1 200 femmes âgées au départ de 18 à 30 ans [8], allaiter pendant moins de 6 mois réduirait de 25 % le risque de développer un diabète au cours de sa vie. Et plus longtemps on a allaité, plus le risque diminue : pour un allaitement dépassant les 6 mois, le risque pourrait diminuer jusqu’à 47 %. En janvier dernier, une nouvelle étude est venue confirmer l’intérêt d’avoir allaité pour la santé cardiovasculaire des femmes.

Lien d'attachement : Les travaux du Dr Kerstin Uvnas-Moberg, professeur de physiologie et spécialiste de l’ocytocine, mettent en évidence l’action de cette hormone dans l’attachement mère-enfant. De part sa sécrétion cyclique et répétée dans le cerveau maternel, au niveau du lobe des émotions, en moyenne 8 à 12 fois par 24 heures, déclenchée par la succion du bébé, multiplié par le nombre de jours ou semaines ou mois que dure l’allaitement, développe chez la mère une intuition envers son bébé, un comportement protecteur, déconnecté de la réalité temporelle.

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Toujours d’après les recherches du Dr Uvnas-Moberg, l’ocytocine a une action directement sur le corps maternel en adaptant la température corporelle de la mère à celle du nouveau-né pour minimiser ses pertes caloriques, diminue la tension artérielle maternelle et les hormones du stress. Elle induit une disponibilité à la création de liens tant avec son bébé que son entourage social proche.

Aspect pratique : Si bébé est allaité, à tout moment de la journée comme de la nuit, n'importe où, il pourra suffire à la maman de dégraffer son soutien gorge pour lui proposer le sein. L'un des avantages "matériels" de l'allaitement c'est qu'il n'y a alors "plus rien à faire". Pas de biberon à nettoyer puis stériliser. Un accouchement, une maternité, ça épuise… Et devoir se lever la nuit (plusieurs fois) pour aller préparer un biberon… Alors, que diriez-vous de rester allongée pour allaiter bébé et vous rendormir paisiblement avec lui ? On appelle cela le "breastsleeping" (la tétée en dormant).

Allaitement : Un Enjeu de Société

Au cours des deux dernières décennies du 20e siècle, alors que les instances internationales comme l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la Santé incitaient les gouvernements à promouvoir, soutenir et protéger l’allaitement maternel, et que beaucoup de pays industrialisés mettaient en place des programmes en ce sens, la France se distinguait par sa répugnance à parler de l’allaitement et de ses avantages pour la santé. Les choses ont commencé à bouger au début des années 2000, avec le lancement en 2001 du premier PNNS (Programme national nutrition santé) qui prévoyait entre autres « des mesures spécifiques notamment en direction des femmes pour […] la promotion de l’allaitement maternel ».

Savez-vous par exemple qu’en 2015, la France avait été mal notée par le Comité sur les droits de l’enfant (CRC) ? Le CRC est le corps d’experts indépendants qui contrôle l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant des Nations unies par les gouvernements qui l’ont ratifiée. Ceux-ci doivent soumettre des rapports réguliers et détaillés sur la situation nationale des droits des enfants au Comité pour examen. Le Comité examine chaque rapport et soulève des préoccupations ou fait des recommandations à l’État concerné.

Soutien à l'allaitement : Un investissement rentable

En 2010, une étude, parue dans Pediatrics [10], calculait que si 90 % des Américaines suivaient la recommandation d’allaiter exclusivement pendant 6 mois, les États-Unis économiseraient 13 milliards de dollars par an en frais de santé. Le calcul était basé sur la réduction amenée par l’allaitement dans les maladies de l’enfant suivantes : entérocolite ulcéronécrosante, otite moyenne, gastroentérite, infections ORL, eczéma, mort subite du nourrisson, asthme, leucémie, diabète de type 1 et obésité infantile. Il ne prenait donc pas en compte tous les bénéfices à long terme sur la santé de l’adulte du fait d’avoir été allaité ou d’avoir allaité. En 2004, une étude australienne estimait le coût des hospitalisations induites par le non-allaitement ou le sevrage précoce à 1 à 2 millions de dollars australiens pour les maladies étudiées (pathologies gastro-intestinales et respiratoires, otites, eczéma, entérocolite ulcéronécrosante).

L'allaitement long : un tabou persistant

En France, pour la plupart des gens incommodés par cette pratique, il n'existe qu'un type d'allaitement long qui consiste à proposer le sein au delà de 3 mois, à toute heure du jour ou de la nuit. Aucune différence n'est faite entre les différents types d'allaitements que mettent en place les mamans, souvent tiraillées entre leur désir réel, ce que leur suggère leur entourage, leur rythme de vie, la reprise du travail…L'Organisation Mondiale de la Santé recommande aux mamans qui le peuvent d'allaiter exclusivement jusqu'aux 6 mois de bébé puis en complément d'une alimentation "solide" jusqu'à ses 2 ans.

Pourquoi voit-on aujourd’hui autant de mères qui “s’écroulent” ? Les parents avaient le soutien inébranlable, 24 h sur 24, de la tribu au sein de laquelle ils vivaient. Toute la tribu s’occupait des enfants. Les jeunes enfants étaient portés 20 à 60% du temps en journée. Tandis que les enfants plus âgés secondaient les mères en s’occupant énormément des plus petits. Certainement l’un des rôles les plus importants pour la survie du groupe. Les grands-mères et tantes gardaient la capacité d’allaiter les bébés et les enfants qui en avaient besoin. Il y avait en moyenne 6 adultes pour un enfant. Aujourd’hui dans les milieux d’accueil, c’est l’inverse. En journée, les bébés passaient plus de temps dans les bras de la troisième génération que dans ceux de leurs parents.

L'importance de l'allo-parentalité

Le mot allo-parent arrive petit à petit dans notre vocabulaire occidental. Pour les grands-parents qui me lisent, ce paragraphe ne représente à aucun moment un reproche ou une manière de culpabiliser qui que ce soit. Une jeune grand-mère m’écrit « J’ai consulté plusieurs médecins et tous me disent être en burnout alors que je n’ai plus d’enfant à la maison. Malheureusement, les grands-parents sont eux aussi malmenés par la surcharge de travail. La tribu est éclatée et vit à des distances parfois très grandes. Ils doivent travailler jusqu’à l’âge de 65 ans. Et une fois retraités, fatigués eux aussi de cette vie intense, ils aimeraient enfin, pour beaucoup, « profiter de la vie, faire ce qu’ils veulent ». Car eux aussi en ont « bavé » avec leurs enfants. Ce n’est pas qu’une histoire de grands-parents. Les voisins de maison ou d’immeubles ne se connaissent pas. Ils sont tout aussi débordés les uns que les autres.

Allaitement et société : une question d'image

Si vous y prêtez attention, dans les livres pour enfants, les bébés sont (presque) toujours nourris au biberon par leurs parents. Ainsi, si les enfants (et/ou leur fratrie) n'ont pas été eux-mêmes allaités, s'ils ne voient pas dans leur entourage des mamans donner le sein à leur bébé, ils ne peuvent pas s'imaginer qu'il existe des alternatives au biberon pour nourrir un bébé. C'est partant de ce constat qu'une association anglaise a d'ailleurs imaginé tout un programme et des ressources pour évoquer l'allaitement maternel avec les enfants dans les écoles. Bonne nouvelle !

Conseils pratiques pour un allaitement serein

L'allaitement est un apprentissage, tant pour la mère que pour l'enfant. Voici quelques conseils pour faciliter cette expérience :

  • Se faire accompagner : Dès la grossesse un rendez-vous avec un professionnel de l'allaitement >> Environ 60€/consultation (certaines mutuelles proposent de la prendre en charge.
  • Trouver la bonne position : Bébé vient de tomber ? Il a eu peur ? A fait un mauvais rêve ? On ne le dit malheureusement pas assez aux futurs parents mais allaiter son enfant ce n'est pas seulement le nourrir. Pour bébé, téter le sein de sa maman, c'est aussi se blottir contre son sein, au contact de sa peau, au chaud, entendre les battements de son coeur, retrouver cette odeur corporelle rassurante qu'il a connue pendant neuf mois, se sentir en sécurité, protégé.Et là aussi, avoir ce "super pouvoir" toujours avec soi, à toute heure du jour ou de la nuit, pour une maman, ça n'a pas de prix…
  • Être à l'écoute de son bébé : … Mais, pour chaque enfant, lorsqu'une maman a souhaité initié un allaitement, qu'il soit exclusif ou mixte, très court ou très long, serein ou parsemé d'embûches… Et parmi les différents types de tétées, vous découvrirez certainement le grand bonheur des "tétées câlins". Ces petits moments de réconfort, pour bébé comme pour la maman. Ces petites "bulles" hors du temps. Bébé n'a pas faim, on ne sait même pas s'il mange vraiment. C'est aussi ça l'allaitement.
  • Ne pas hésiter à tirer son lait : Sachez que vous pouvez continuer à nourrir votre bébé au lait maternel, même en votre absence, grâce au tire allaitement. Pour les bébés de plus de 6 mois, il est possible de leur donner du lait dans des contenants autres que le sein ou le biberon. Des options pratiques incluent la tasse à paille lestée, ou la tasse 360°, tenue par un adulte lors de la prise. Vous pouvez aussi utiliser un petit verre ou une tasse ouverte, en les aidant.
  • S'hydrater et manger sainement Durant la grossesse, la maman a constitué une "petite" réserve de graisse prévue par Mère Nature pour lui permettre d'allaiter son bébé. Par contre, inutile de vous dire que, sous prétexte que vous allaitez, il vous faut manger pour deux. On ne le sait pas forcément mais il est inutile de donner de l'eau à un bébé allaité en été.
  • Se faire confiance et ne pas culpabiliser : Popopop Mamma ! Si vous avez dû arrêter précocement votre allaitement, que ce soit par choix ou par obligation, rien ne sert de culpabiliser, on sait que vous voulez le meilleur pour votre bébé. Mais surtout, ne vous mettez aucune pression ni aucun objectif de durée ! Si vous le pouvez (et même si vous ne souhaitez pas allaiter par la suite), au sein, à la pipette ou à la cuillère, proposez à votre nouveau-né votre tout premier lait.

tags: #allaitement #bébé #adulte

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