L'alimentation des vaches allaitantes est un facteur déterminant pour leur santé, leur reproduction et la croissance de leurs veaux. Face aux défis posés par les variations saisonnières, le stress thermique et les exigences nutritionnelles spécifiques, l'alimentation liquide émerge comme une solution polyvalente et efficace. Cet article explore les avantages de l'alimentation liquide pour les vaches allaitantes, en mettant l'accent sur son rôle dans l'amélioration de l'ingestion, la complémentation nutritionnelle et la gestion des conditions environnementales difficiles.
L'intérêt de l'alimentation liquide pour les ruminants
L'alimentation liquide est un véritable atout pour les élevages de ruminants, qu'il s'agisse de vaches laitières ou allaitantes, de chèvres ou de brebis. Elle répond aux besoins nutritionnels de tous les ruminants, grâce à un mélange de matières premières à forte valeur ajoutée. Riche en sucres et en matières azotées rapidement assimilables, elle nourrit et stimule la flore ruminale, assurant ainsi une meilleure valorisation de la ration et des progrès technico-économiques.
Un large choix de matières premières, allant de la mélasse à la glycérine en passant par l’huile de lin, permet de répondre à toutes les demandes d’aliments complémentaires liquides, en fonction du cahier des charges de l'éleveur. Généralement élaborée à base de glycérol végétal et de mélasse, l'alimentation liquide offre un apport très énergétique, particulièrement bénéfique en début de lactation. Elle peut être incorporée à hauteur de 6% dans les aliments complets ou complémentaires.
Complémentation nutritionnelle ciblée
Les formulations de l’aliment liquide sont très variées et répondent aux multiples problématiques techniques des troupeaux de ruminants. Les éleveurs utilisateurs le choisissent pour des objectifs très différents selon leur élevage : améliorer leurs performances de croissance, répondre aux besoins des gestantes, limiter le déficit énergétique des débuts de lactation ou éviter l’apparition de troubles métaboliques. L’aliment liquide apporte des réponses nutritionnelles et techniques à chaque stade physiologique des ruminants laitiers et allaitants.
Pour les vaches allaitantes, l’aliment liquide est un moyen simple d’enrichir une ration en azote non protéique, y compris pour celles qui sont engagées dans une filière qui proscrit l'utilisation de l'urée. Il est également souvent employé pour sa fonction de liant de la ration, notamment pour des jeunes bovins en engraissement. En évitant le tri par les animaux dans l’auge, l’efficacité alimentaire de la ration est améliorée.
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Adaptation aux besoins spécifiques
Les fabricants proposent des gammes d’aliments liquides plus ou moins riches en sucre et en azote soluble. Parmi les aliments riches en azote, les moins coûteux contiennent de l’urée (ils sont à réserver aux animaux adultes). Les formules avec urée apportent le plus d’azote, avec 30 à 32 % de MAT. Les aliments liquides ne contenant pas d’urée titrent plutôt autour de 16 à 28 % de MAT, avec 10 à 25 % de sucres.
L’aliment liquide est un aliment constitué principalement de mélasse (de betterave et/ou de canne) et d’autres coproduits issus de l’agro-industrie de fermentation en France ou de l'industrie laitière. Les fabricants d'aliment liquide ne sont pas tous certifiés sur des référentiels "non OGM" mais garantissent des aliments liquides formulés à partir de matières premières non OGM.
Amélioration de l'ingestion et de la valorisation des fourrages
L'aliment liquide trouve sa place dans l'alimentation des bovins viande pour complémenter des fourrages grossiers. Il apporte simultanément de l'énergie rapidement fermentescible et de l'azote rapidement dégradable, ce qui améliore le fonctionnement ruminal pour la dégradation des fibres. L’aliment liquide fait progresser en même temps l’ingestion, car il est appétent.
En libre-service au pâturage, l’aliment liquide est un moyen très peu exigeant en temps de travail pour complémenter des vaches allaitantes placées sur des prairies lignifiées, à faible valeur alimentaire. Il permet de limiter l’amaigrissement des mères et de maintenir les croissances des veaux. Dans ce cas, il faut choisir une formule dont la teneur en MAT est supérieure à celle en sucres, afin que les vaches autorégulent leur consommation. La consommation est alors d'environ 0,5 à 1 kilo d’aliment liquide par jour.
Gestion du stress thermique
Comme tous les ruminants, les bovins craignent la chaleur. Les périodes estivales sont donc des périodes particulièrement propices au stress thermique pour les animaux de votre élevage. Quand le thermomètre se met à grimper, ils dépensent beaucoup d'énergie pour réguler leur température. La quantité ingérée peut ainsi baisser de 3 à 4 kg de matière sèche par jour et la production laitière décrocher de 1… à 5 kg par vache !
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Pour aider les animaux de votre élevage à faire face au stress thermique et éviter des conséquences sur les performances, maintenir un bon niveau d’ingestion est fondamental. Un des leviers consiste à distribuer une ration toujours fraîche et appétente, puis à s’assurer qu’elle ne chauffe pas. Parmi les bonnes pratiques à mettre en œuvre, il est ainsi recommandé d’affourager en deux fois, tôt le matin et tard le soir. Objectif : inciter les vaches à s'alimenter aux heures les moins chaudes. La ration restera fraîche plus longtemps et les animaux seront plus enclins à se déplacer pour se rendre à l’auge. Si on ne peut distribuer la ration qu'une seule fois, mieux vaut privilégier le soir : ils se nourriront la nuit.
Optimisation de la ration et "compact feeding"
Lorsqu’il fait chaud, les ruminants ont en effet tendance à sélectionner les particules fines riches en énergie et à écarter les fibres. Un comportement susceptible d’accentuer les risques d’acidose ruminale, déjà élevés en condition de stress thermique. L’eau agit comme un liant, rendant la ration moins facilement triable. On appelle cela le « compact feeding ». L’objectif est d’augmenter la productivité et l’efficacité alimentaire des vaches et a un effet positif sur leur santé. Pour autant, la composition de la ration ne change pas. C’est simplement sa présentation qui change. L’ajout d’eau à la ration va permettre d’optimiser l’ingestion, de limiter le tri et d’obtenir une ration dont la composition reste constante chaque jour. Ainsi chaque bouchée contient la même composition. Cela va limiter la compétition à l’auge, limiter le stress et améliorer la stabilité du pH ruminal.
Prévention de l'échauffement de la ration
Durant la journée, la ration finit fatalement par monter en température à cause de la chaleur. Pour éviter le développement des levures qui la rendent moins appétente et font baisser sa valeur nutritionnelle, il est possible d'utiliser un conservateur. Il faut également veiller à l’absence d’échauffement sur le front d’attaque du silo : si l’ensilage est chaud quand il rentre dans la mélangeuse, il sera toujours chaud en sortie. Il est donc important d'inoculer les fourrages avec des conservateurs biologiques, et de prévoir des petits silos spécifiquement réservés aux périodes les plus chaudes. En cas d’échauffement excessif, un conservateur peut être pulvérisé sur le front d’attaque.
Compléments alimentaires : Un atout pour la santé et la reproduction
Les minéraux et vitamines ont un rôle crucial pour la santé des vaches, notamment pour la reproduction. D’autres compléments, comme le sel, les acides gras, l’aliment liquide ou les levures peuvent contribuer à stimuler l’ingestion et permettre d’augmenter la production laitière.
Depuis plusieurs décennies, avec l’appauvrissement des sols, on retrouve de moins en moins d’oligo-éléments dans les fourrages. Parallèlement, la productivité des animaux s’est accrue. Les vaches ont donc besoin d’apports de minéraux en complément de leur alimentation, pour répondre aux carences.
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Macroéléments et vitamines essentielles
Contrairement aux oligo-éléments qui sont présents en très faible quantité dans le corps, les macroéléments se distinguent par leur forte présence. Parmi eux, le phosphore, le calcium et le magnésium qui sont en général mis en avant sur les étiquettes de minéraux.
Les vitamines dites essentielles (A, D3 et E), qui sont liposolubles, ont chacune un rôle intéressant dans la reproduction. La vitamine A joue un rôle direct, la vitamine E intervient en tant qu’antioxydant pour lutter contre le stress thermique et agit sur les cellules sexuelles. La vitamine D3 aide la vache à absorber le phosphore et le calcium, qui sont importants pour la santé osseuse et musculaire, facilitant la gestation et le vêlage.
Une cure de vitamines permet généralement de booster la venue en chaleur, l’ovulation. Une cure de vitamines de 5 à 10 jours peut aussi être utile pour la préparation au vêlage, en complément d’une minéralisation en place.
Sel, levures et bicarbonate de sodium
Les vaches ont un besoin important en sodium, 2 g/kg de MS ingérée, et souvent ces besoins ne sont pas couverts. Le sodium est le principal cation présent dans le plasma et le liquide interstitiel. On peut repérer cette carence lorsque les vaches se mettent à lécher les urines, le sol ou les tubulaires souillés de la stabulation. Autre intérêt, dans la ration, le sel stimule l’ingestion puisqu’il rend l’aliment plus appétent.
Les levures mortes sont des prébiotiques, facteurs de croissance de la flore ruminale, des nutriments qui lui permettent de se développer et ainsi de mieux assimiler les fibres. Les levures vivantes (déshydratées) sont des probiotiques. Apportées sous forme déshydratée, elles se réactivent lorsqu’elles sont dans le rumen. Leur rôle est de freiner la population de bactéries lactiques, stimuler la consommation d’acide lactique dans le rumen et favoriser le développement de la flore cellulolytique (qui digère les fourrages). Elles permettent de contrer le risque d’acidose.
Le bicarbonate de sodium est l’un des leviers les plus utilisés pour tamponner la ration et permettre une stabilisation du pH ruminal, le remonter quand il est trop bas. En période de fortes chaleurs, il peut contribuer à limiter le stress métabolique généré par le stress thermique.
Matières grasses
Les matières grasses permettent d’apporter une source différente d’énergie qui sera valorisée différemment. Cela peut être précieux quand il fait très chaud et que l’ingestion est plus difficile. Certains acides gras sont lactogènes, comme l’acide palmitique, prédominant dans l’huile de palme. Les éleveurs avides de performances y ont recours pour stimuler la production de lait et améliorer l’état corporel. Le recours à certains acides gras peut aussi être une exigence de cahiers des charges, comme celui de Bleu-blanc-cœur. L’acide alpha-linolénique (acide gras oméga 3), présent dans la graine de lin, est intéressant pour ses propriétés sur la santé et la reproduction.
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