Introduction
Alain Mimoun, né Ali Mimoun Ould Kacha, est bien plus qu'un simple athlète. Il est une figure emblématique de l'athlétisme français, un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, et un symbole de courage et de détermination. Son parcours, depuis une enfance modeste en Algérie jusqu'à la consécration olympique, est une source d'inspiration pour des générations. Cet article explore la vie et l'héritage de cet homme exceptionnel, en mettant en lumière son parcours familial, ses exploits sportifs et son impact sur la société française.
Une Enfance Algérienne et un Attachement à la France
Ali Mimoun Ould Kacha voit le jour le 1er janvier 1921 à Maïder, en Algérie, alors territoire français. Aîné d'une fratrie de sept enfants, il grandit dans une famille de modestes agriculteurs. Sa mère, Halima, le destine à une carrière d'instituteur. Il obtient le certificat d'études primaires avec mention « Bien », mais se voit refuser une bourse pour poursuivre ses études. Malgré cette déception, son attachement profond à la France ne faiblit pas. Il rêve de servir son pays et de devenir un citoyen français à part entière.
De la Guerre à l'Athlétisme: Un Destin Forgé dans l'Épreuve
En 1939, à l'âge de 19 ans, Alain Mimoun s'engage dans un régiment de tirailleurs algériens et est envoyé sur le front belge au début de la Seconde Guerre mondiale. Il assiste impuissant à la débâcle de 1940. Après l'occupation de la zone Sud, il rejoint le 19e régiment du génie d'Alger comme démineur. Il participe à la bataille d'El Guettar durant la campagne de Tunisie, sous les ordres du général Giraud. En juillet 1943, il est envoyé en Italie comme caporal dans le 83e bataillon du génie, au sein de la 3e division d'infanterie algérienne commandée par le général de Monsabert, au sein du Corps expéditionnaire français en Italie du maréchal Juin. Là, un obus autrichien explose à quelques mètres de lui, le blessant gravement à la jambe et au pied. À l'hôpital de campagne, un médecin américain préconise l'amputation. Mais la Providence en décide autrement, et Alain Mimoun ne gardera aucune séquelle de cette blessure. Son bataillon gagnera la Croix de guerre avec quatre citations pour sa bravoure en Provence (15 août 1944).
C'est durant cette période, en 1940, alors cantonné à Bourg-en-Bresse, qu'Alain Mimoun découvre sa passion pour la course à pied. Il rencontre Henry Villard, responsable du club d'athlétisme local, qui l'encourage à s'entraîner. Cette rencontre sera déterminante pour sa carrière future.
L'Ascension d'un Champion: Domination Nationale et Rivalité avec Zatopek
Après sa démobilisation en 1946, Alain Mimoun s'installe à Paris et travaille comme garçon de café. Sa carrière sportive décolle rapidement. Dès 1947, il remporte ses premiers titres de champion de France sur 5 000 et 10 000 mètres. Il participe également à un match international à Prague le 16 août 1947.
Lire aussi: Informations pratiques : Cabinet Granier
Les années suivantes sont marquées par sa rivalité avec le coureur tchécoslovaque Emil Zatopek. Les oppositions Zatopek-Mimoun tournent le plus souvent à l'avantage de la « locomotive tchèque », au sommet de son art entre 1948 et 1952. Mimoun doit ainsi se contenter de trois médailles d'argent olympiques lors de cette période : sur 10 000 mètres aux JO de Londres en 1948 et sur 10 000 et 5 000 mètres aux JO d'Helsinki en 1952, chaque fois derrière Zatopek. Malgré ces défaites, il domine le demi-fond français de la tête et des épaules.
Le Triomphe Olympique à Melbourne: L'Apogée d'une Carrière
L'année 1956 marque un tournant dans la vie d'Alain Mimoun. Le 11 juin, il épouse Germaine Roubenne, avec qui il aura une fille, Pascale-Olympe. Puis, le 1er décembre, il participe au marathon olympique de Melbourne. C'est la première fois qu'il s'aligne sur cette distance.
Après une ultime séance d'entraînement sur 30 km sur le parcours du marathon, il était très affuté. Avant la course, il déclare : « Je ne promets rien. Je ferai seulement mon possible pour aller jusqu'au bout ». Très sensible aux « signes » du destin, il était persuadé qu'il allait gagner. Il portait le dossard numéro 13. La course débuta à 15 h 13. La veille de la course, il apprend par télégramme qu'il est père d'une petite fille qu'il prénomme Olympe.
Après un faux départ, seul cas de ce type sur un marathon olympique, les quarante-cinq concurrents, représentant vingt-trois nations, s'élancent sous une chaleur accablante (36 °C à l'ombre) pour les 42,195 km du parcours. Un groupe de treize hommes se dégage après quinze kilomètres. Aux alentours des vingt kilomètres, l'Américain John J. Kelley donne une tape dans le dos de Mimoun pour l'inviter à le suivre. Mimoun et Kelley s'appréciaient, et les deux hommes s'échappent. Après quelques minutes d'efforts intensifs de Kelley, Mimoun prend le relais, et lâche Kelley.
Il court à son rythme, en profitant du tracé du parcours pour jauger l'allure de ses adversaires, qu'il croisait après avoir passé le piquet marquant la moitié du parcours. Il croise ensuite Zatopek, qui n'a pas sa foulée habituelle. Le dernier quart du parcours est difficile pour Mimoun qui s'insulte afin de s'obliger à poursuivre. Sa foulée devient de plus en plus courte. Il demanda à 12 kilomètres de l'arrivée où étaient situés ses poursuivants, mais personne ne lui communiqua l'information. Tout lui pesait, même le simple mouchoir protégeant sa tête du soleil. Il le jeta et fut revigoré quand il s'aperçut qu'une jeune fille blonde se précipitait pour ramasser cette relique. La foule australienne lui criait « Very good! good! » mais ne lui donnait aucune indication sur l'écart avec ses poursuivants. Quand il aperçoit le mât du stade olympique, à plus de trois kilomètres de la ligne d'arrivée, il accélère la cadence.
Lire aussi: Alain Bernardini : Parcours Artistique
À l'arrivée, Mimoun se précipite vers son ami Zatopek : « Tu ne me félicites pas Emil ? ». Sixième à l'arrivée et complètement exténué, Zatopek pensait que Mihalic était le vainqueur. Son visage s'éclaira quand Mimoun lui annonça la nouvelle. Il se mit alors au garde à vous, retira sa casquette, et félicita le vainqueur : « Alain, je suis heureux pour toi ». Et ils s'enlacèrent pendant de longues secondes.
Cette victoire est un coup de maître dans des conditions dantesques. Sans aucun repère, il réalise la course de sa vie. « Ce fut une explosion de 120 000 spectateurs, comme une bombe atomique ! »
Un Héros National: Reconnaissance et Héritage
À l'aéroport d'Orly, Mimoun est accueilli en héros par une foule considérable et porté en triomphe. Il entre au panthéon des sportifs de la nation.
Avec 44 titres nationaux et internationaux, Alain Mimoun est le grand champion français de l'athlétisme. Il a en effet 45 ans quand il décroche, sur marathon, son 32ème et dernier titre de champion de France, à ajouter à ses 20 records de France. Il est l'un des deux seuls médaillés d'or français de la discipline reine des Jeux olympiques, le marathon, avec Boughera El Ouafi.
Quatre présidents français l'ont décoré de la Légion d'honneur. Le public lui rend régulièrement hommage pour sa générosité et son authenticité.
Lire aussi: Analyse sociologique de la France par Touraine
En 1960, à Rome, pour ses derniers JO, il tenta de conserver son titre, mais ne put rien contre une autre légende, l’Ethiopien Abebe Bikila, qui courait pieds nus.
Jusqu'à l'âge de 92 ans, il courait toujours de dix à quinze kilomètres par jour à Champigny-sur-Marne dans le Val-de-Marne où il résidait depuis de nombreuses années.
Alain Mimoun s'éteint le 27 juin 2013 et repose au cimetière de Bugeat, en Corrèze. Le 8 juillet 2013, la veille de ses obsèques, un hommage national lui est rendu par François Hollande, président de la République.
Famille et Héritage: Un Fils Fièrement Attaché à son Père
Alain Mimoun laisse derrière lui un héritage sportif immense, mais aussi un héritage familial fort. Son fils, Maurice Mimoun, est un professeur de chirurgie plastique renommé. Il raconte sa jeunesse auprès de ce père « parfait » avec émotion et admiration. Il aurait aimé le « tuer », à la manière de Freud, qui veut que tuer symboliquement son géniteur donne naissance à un homme. Il aurait adoré, comme ses copains de lycée en rogne contre leur paternel, « m’engueuler avec le mien, le traiter de con, me sentir un ado incompris… Mais rien à faire, je n’éprouvais pas le moindre ressentiment, ni colère contre lui. À me demander si j’étais normal ! » Il s’excuse presque. À une époque où des parents se retrouvent sous la plume fielleuse ou douloureuse de leur progéniture, lui n’a pas écrit pour dénoncer. Mais pour encenser. « Au regard des enfants qui ont eu des pères et mères pas respectables voire abominables, j’ai un peu honte d’avoir eu cette chance de grandir auprès d’un homme lumineux, plein de mérite, de joie. Le raconter, c’est aussi rendre hommage aux bons pères. »
Il se souvient de l'humilité de son père, qui se faisait appeler « Monsieur Charles » pour gommer un nom de famille « aux consonances venues d’ailleurs ». Pourtant, à cette époque, Mimoun était un patronyme auréolé de gloire et d’exploit. « Mais il était lié à Alain Mimoun le héros, l’athlète français légendaire, l’idole médaillée au marathon des Jeux olympiques de 1956.