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Aimé Césaire : Enfance et Genèse d'un Engagement

Aimé Fernand David Césaire, figure emblématique de la littérature et de la politique martiniquaises, est né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, en Martinique. Son parcours exceptionnel, marqué par la fondation du concept de « négritude » et un engagement politique constant, trouve ses racines dans son enfance et son éducation. Cet article explore les premières années de sa vie, son environnement familial et les influences qui ont façonné son identité et son œuvre.

Une Famille Engagée et Érudite

Aimé Césaire est issu d'une famille de sept enfants. Son père, Fernand Elphège Césaire, était contrôleur des contributions à Basse-Pointe. De sa lignée paternelle, Aimé Césaire hérita des idéaux de la Révolution de 1789, de la philosophie des Lumières et du schœlchérisme. Son grand-père et son père, tous deux fonctionnaires, faisaient partie de la petite élite noire intellectuelle de l’île. Son grand-père, Nicolas Louis Fernand Césaire (1868-1896), fut le premier martiniquais à entrer à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Il termina sa vie comme directeur d’école en Martinique. Il eut d’abord une fille et un garçon hors mariage avec Eugénie Macni, une femme de milieu très modeste. Jusqu’à sa mort, à vingt-huit ans, il éleva leur fils Fernand Elphège (né en 1888), puis celui-ci retourna vivre chez sa mère. Muni du brevet élémentaire, Fernand Elphège fut d’abord économe sur une plantation, puis intégra les contributions indirectes, qu’il quitta avec le grade d’inspecteur. Vers 1910, il épousa Marie Félicité Eléonore Hermine (née en 1891), couturière de son état. Le couple eut deux filles et cinq garçons. Fernand Elphège, socialiste convaincu et partisan de l’école républicaine, s’occupa beaucoup de l’instruction de ses enfants. Second de la fratrie, Aimé Césaire fut un brillant écolier.

De Basse-Pointe à Fort-de-France : L'Éveil Intellectuel

Après avoir obtenu, en 1924, la bourse pour le secondaire, sa famille quitta Basse-Pointe pour Fort-de-France. Au lycée Schœlcher, il rencontra le Guyanais Léon Gontran Damas, avec lequel il fondera, dans les années 1930, la « négritude ». C'est dans ce contexte qu'Aimé Césaire entre en contact avec de jeunes étudiants africains et prend conscience de l'aliénation culturelle qui caractérise les sociétés coloniales martiniquaises et guyanaises. Avec d'autres étudiants noirs, il fréquente des salons littéraires et développe son goût pour la littérature.

Paris : La Rencontre de la Négritude

En 1931, Césaire, alors bachelier et boursier, s’inscrivit en hypokhâgne, puis en khâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris. Dès son arrivée, il rencontra le sénégalais Léopold Sédar Senghor et découvrit l’Afrique alors que les premiers mouvements noirs poursuivaient leur lutte : le premier congrès panafricain s’était tenu à Paris en février 1919, le second à Londres et à Paris en septembre 1921. Les années 1920 marquaient ainsi l’éveil de la conscience politique et culturelle des intellectuels noirs. La Revue du Monde noir (1927-1932) et Légitime défense (1932) exprimaient, chacune à sa manière, cette nouvelle sensibilité ; et certains intellectuels parisiens soutenaient ce mouvement. C’est dans ce contexte que naquit L’Étudiant noir (1935-1936), revue fondée par Césaire, Damas et Senghor. Elle ajoutait à la problématique de La Revue du Monde noir, celle du retour aux sources africaines. Des ethnologues étaient sollicités pour réhabiliter la civilisation africaine : Frobenius, Delafosse, Griaule et Mauss. Dès le premier numéro, Césaire défendit une conception originale de l’identité nègre. En réaction à l'oppression culturelle du système colonialiste français, Aimé Césaire commence à écrire en 1936 et forge le concept de "négritude". Il veut lutter contre la tentative d'assimilation culturelle de la France et promouvoir la culture africaine victime du racisme engendré par le colonialisme.

L'Étudiant Noir et la Revue Tropiques : L'Affirmation d'une Identité

Engagé, Aimé Césaire fonde avec l’aide de certains de ses amis la revue L’Etudiant noir en 1934. Dans ces pages, il y promeut la culture africaine, à laquelle il fait référence par le terme « négritude », et rejette l’idéologie colonialiste de la France. Projet davantage culturel que politique, il y défend tout de même les opprimés et les victimes du racisme. En 1941, avec Suzanne Césaire, Aristide Maugée et René Ménil, il créa la revue Tropiques (1941-1945). Dans la « Présentation » (Tropiques, n° 1, avril 1941), Césaire posa les fondements de sa pensée : les particularités culturelles furent au point de départ de toute contribution à l’universel, dit-il.

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Le Cahier d'un Retour au Pays Natal : Un Cri de Colère et d'Espoir

Aimé Césaire intégra l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1935-1938), temple de la culture occidentale. Il lut avec passion Mallarmé, Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, Claudel et approfondit sa connaissance de la littérature africaine et noire américaine. Ces années correspondirent à une période de profonds bouleversements intérieurs qu’il traduisit en écrivant Cahier d’un retour au pays natal où s’exprimait la douleur du déracinement et la violence de l’aliénation. En 1939, la revue Volontés (n° 20, août) publia la première œuvre de Césaire, un grand cri de colère d’un noir qui hurle sa « négritude » à la face des colonisateurs : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont pas de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir » (Cahier d’un retour au pays natal, 1983, p. 22). Après s’être marié en 1937 et terminé ses études de lettres, il retourne en Martinique en 1939 pour devenir professeur dans un lycée. Le pays colonisé est toujours en proie à une aliénation profonde de la part de son colonisateur qui privilégie uniquement ce qui est issu de la France.

Retour en Martinique et Engagement Politique

En août 1939, quelques jours avant la déclaration de guerre, Aimé, Suzanne et leur fils Jacques (le premier de leurs six enfants, né en 1938), quittèrent Paris pour rejoindre la Martinique. En octobre, Césaire prit son poste de professeur de lettres classiques au lycée Schœlcher de Fort-de-France. Durant ces quatre années d’enseignement, il eut une influence certaine sur ses élèves, parmi lesquels Georges Desportes, Frantz Fanon*, Édouard Glissant. Son engagement pour son pays est reconnu par la population qui l’élit maire de Fort-de-France et député en 1945. Il gardera le premier poste jusqu’en 2001 et le second jusqu’en 1993. Dès son élection à la Chambre des députés, il travaille à la départementalisation des Antilles, de la Guyane et de la Réunion.

Une Œuvre Littéraire et Politique Engagée

Bien décidé à revendiquer l’autonomie du pays, il écrit en 1950 Discours sur le colonialisme et fonde le Parti progressiste martiniquais. Dans le même temps Aimé Césaire développe une œuvre littéraire à la portée internationale, s’articulant autour de la poésie, du théâtre et de la réflexion historique et politique. En 1950 il publie Discours sur le colonialisme dont la deuxième édition en 1955, aux éditions Présence Africaine*, imprègnera profondément les mouvements émancipateurs.

Héritage et Reconnaissance

Surnommé le « nègre fondamental », son œuvre littéraire composée majoritairement de poèmes influencera les générations suivantes et témoignera d’une littérature nègre riche et profonde. Peu avant sa mort, il est élu président d’honneur des droits de l’homme et de la Maison de la Négritude.

Famille

Aimé Césaire épouse Suzanne Roussi en 1937. De leur union naîtront six enfants : Jacques (l'aîné de la fratrie), Ina (écrivaine, ethnologue), Marco (professeur de lettres), Francis (professeur de lettres), Michèle (metteur en scène, dramaturge, directrice de théâtre) et Jean-Paul.

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Décès

Aimé Césaire décède des suites de problèmes cardiaques le 17 avril 2008 à Fort-de-France.

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