L'élevage bovin allaitant, souvent perçu comme une activité à faible rentabilité, attire de plus en plus d'éleveurs qui combinent cette passion avec un emploi extérieur. Cette pluriactivité, loin d'être une honte, représente une solution pour compenser le manque de rentabilité, faciliter l'installation ou l'accès à des exploitations plus abordables, et concilier l'amour des animaux avec une sécurité financière.
Un phénomène en expansion
Entre les recensements agricoles de 2010 et 2020, environ 3 700 éleveurs allaitants se sont installés en pluriactivité sur un total de 17 000 installations, toutes formes juridiques confondues. Cela positionne les bovins allaitants comme le deuxième secteur le plus concerné par la double activité au moment de l'installation, juste après les grandes cultures. Ce phénomène est particulièrement visible dans le bassin allaitant du Grand Massif Central, s'étendant de la Saône-et-Loire à l'Aveyron, en passant par l'Allier et la Corrèze.
Si la double activité n'est pas nouvelle, elle connaît un regain d'intérêt depuis quelques années, lié à la décapitalisation en cours dans la filière. La pluriactivité permet d'atténuer les chocs financiers et de réduire la pression économique sur les exploitations.
Les motivations derrière la pluriactivité
Plusieurs raisons peuvent expliquer le choix de la pluriactivité chez les éleveurs de bovins allaitants :
- Manque de rentabilité : L'élevage allaitant peut être difficile à rentabiliser, surtout pour les petites exploitations. Un emploi extérieur permet de compenser ce manque à gagner.
- Installation progressive : La pluriactivité peut être une étape transitoire vers une installation à temps plein dans l'élevage. Elle permet de se constituer un capital et d'acquérir de l'expérience avant de se lancer complètement.
- Accès aux exploitations : Les exploitations plus petites ou moins chères peuvent être plus facilement accessibles aux éleveurs qui ont un revenu complémentaire.
- Sécurité financière : La double source de revenus offre une plus grande sécurité financière, en particulier en cas de difficultés conjoncturelles dans le secteur agricole.
- Passion et équilibre : Pour certains éleveurs, la pluriactivité est un moyen de concilier leur passion pour les animaux avec un emploi qui leur apporte d'autres satisfactions et un équilibre de vie.
Profils des éleveurs pluriactifs
Il est difficile de définir un profil type de l'éleveur double-actif. On retrouve des situations très diverses :
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- Hors cadre familial (HCF) : Les éleveurs HCF, qui ne sont pas issus d'une famille d'agriculteurs, sont particulièrement nombreux parmi les double-actifs. Ils représentent environ un tiers des installés double-actifs au niveau national. La pluriactivité est souvent un passage obligé pour eux, compte tenu de la lourdeur des investissements nécessaires pour s'installer en bovins viande.
- Exploitations en transition : Des éleveurs qui réduisent leur cheptel, arrêtent la production laitière et passent aux vaches allaitantes peuvent également se tourner vers la pluriactivité pour compléter leurs revenus.
- Jeunes en attente de reprise : Des jeunes qui souhaitent s'installer sur la ferme familiale, mais dont les parents ne sont pas encore à la retraite, peuvent avoir besoin d'un emploi extérieur pour subvenir à leurs besoins en attendant de pouvoir reprendre l'exploitation à temps plein.
- Exploitations de petite taille : La pluriactivité est souvent une nécessité pour les éleveurs dont les exploitations sont de trop petite dimension pour pouvoir en vivre décemment.
- Zones à forte pression foncière : Dans les régions où le prix des terres est élevé, comme l'Ille-et-Vilaine, des enfants d'éleveurs qui ont gardé la ferme familiale, mais qui est trop petite pour en tirer un salaire suffisant, peuvent être amenés à compléter avec un emploi extérieur.
Organisation et adaptations
La pluriactivité impose une organisation rigoureuse et des adaptations dans la gestion de l'élevage. Les éleveurs double-actifs doivent optimiser leur temps et leurs ressources pour mener à bien leurs deux activités. Cela peut se traduire par :
- Investissements réduits : Les éleveurs pluriactifs ont souvent recours à des systèmes d'élevage moins intensifs, avec moins de mécanisation et une forte part de prairies naturelles.
- Animaux rustiques : Ils privilégient les races rustiques, moins exigeantes en termes de soins et d'alimentation, et qui vêlent facilement. Les races aubrac, gasconne, angus ou hereford sont particulièrement appréciées.
- Organisation du travail : L'organisation du travail doit être pensée pour minimiser les contraintes de temps et faciliter la gestion de l'élevage. Cela peut passer par la simplification des tâches, l'automatisation de certaines opérations et la conception de bâtiments fonctionnels.
- Circuits courts : Certains éleveurs pluriactifs choisissent de valoriser leur production en circuits courts, ce qui leur permet de mieux maîtriser leurs prix et de diversifier leurs revenus.
L'importance de la synchronisation et du monitoring de la reproduction
La gestion de la reproduction est un aspect crucial de l'élevage bovin allaitant. Pour optimiser les performances et faciliter l'organisation du travail, les éleveurs peuvent recourir à la synchronisation des chaleurs ou au monitoring.
Synchronisation des chaleurs
La synchronisation des chaleurs permet de regrouper les vêlages sur une période plus courte, ce qui facilite la surveillance et l'organisation du travail. Elle consiste à utiliser des hormones pour contrôler le cycle des vaches et déclencher l'ovulation à un moment précis.
Le protocole de synchronisation comprend généralement les étapes suivantes :
- Pose d'un dispositif imbibé de progestérone : Ce dispositif est inséré dans le vagin de la vache pendant 7 à 9 jours pour bloquer son cycle.
- Injection de prostaglandines et retrait du progestagène : Ces actions induisent la destruction du corps jaune et le recrutement du follicule, préparant ainsi la vache à l'ovulation.
- Injection de GnRH : Cette injection déclenche l'ovulation.
- Insémination artificielle (IA) : L'IA est réalisée 56 heures après le retrait du progestagène pour une génisse laitière ou allaitante, et 72 heures pour une vache.
La synchronisation des chaleurs présente plusieurs avantages :
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- Maîtrise de l'emploi du temps : Elle permet à l'éleveur de choisir les dates d'insémination et de vêlage, ce qui facilite l'organisation du travail.
- Gestion des femelles en retard : Elle permet de récupérer les vaches dont les chaleurs n'ont pas été détectées ou de tenter des inséminations groupées sur quelques vaches vides en fin de saison de reproduction.
- Amélioration des performances de reproduction : En combinant IA et synchronisation des chaleurs, il est possible d'obtenir un taux de gestation plus élevé qu'avec un taureau.
Cependant, la synchronisation des chaleurs a un coût, qui varie entre 24 et 30 € par bovin, sans compter le coût de l'IA. Il est donc important de mettre ce coût en parallèle avec le coût de la main-d'œuvre nécessaire pour la surveillance des chaleurs.
Monitoring de la reproduction
Le monitoring de la reproduction consiste à utiliser des colliers ou des boucles d'oreille équipés de capteurs pour suivre l'activité des vaches et détecter les chaleurs. Ces capteurs analysent les mouvements des animaux et envoient une notification à l'éleveur lorsqu'une vache est en chaleur.
Le monitoring de la reproduction présente plusieurs avantages :
- Réduction du temps de surveillance : Il permet de réduire considérablement le temps passé à surveiller les chaleurs.
- Détection précise des chaleurs : Il permet de détecter les chaleurs de manière plus précise qu'avec une surveillance visuelle.
- Amélioration des performances de reproduction : Il permet d'inséminer les vaches au moment optimal, ce qui augmente les chances de réussite.
Cependant, le coût du monitoring de la reproduction est plus élevé que celui de la synchronisation des chaleurs. Il faut compter environ 140 € pour équiper une vache d'un collier. Il est donc important de prendre en compte la taille du troupeau et la durée de vie du matériel pour évaluer la rentabilité de cet investissement.
Le regard de la profession
Le regard des éleveurs sur leurs collègues pluriactifs a évolué au fil du temps. Autrefois perçue comme un signe de faiblesse, la pluriactivité est aujourd'hui de plus en plus acceptée et même encouragée. Les syndicats agricoles reconnaissent que la double activité peut être une solution viable pour assurer la pérennité des exploitations et favoriser le renouvellement des générations.
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L'installation en bovins allaitants peut sembler décourageante, mais de nombreux éleveurs prouvent qu'il est possible de réussir en analysant les résultats économiques et les pratiques pour assurer la viabilité de l'exploitation.
Prix d'une vache
Le prix d'une vache adulte standard en France se situe en moyenne entre 700 € et 2 000 €. Plusieurs facteurs influencent ce prix, notamment :
- La race : Les races laitières, comme la Holstein, peuvent coûter entre 1 000 € et 2 000 €, tandis que les races à viande sont généralement un peu moins chères. Les races rares, comme les mini-vaches, peuvent atteindre des prix beaucoup plus élevés, entre 1 800 € et 3 500 €.
- L'âge : Les vaches laitières plus jeunes sont souvent plus chères, car elles produisent pendant plus longtemps et permettent un meilleur rendement.
- L'état de santé : Une vache en mauvaise santé coûte moins cher en raison du manque à gagner potentiel et du coût des soins.
- L'inflation : L'inflation a un impact sur le prix de la viande et des produits laitiers, ce qui se répercute sur le prix d'achat des bovins.
Il est donc important de se renseigner sur le marché local avant d'acheter ou de vendre une vache pour s'assurer d'obtenir le meilleur prix.
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