L'allaitement en public est un sujet qui suscite régulièrement des débats passionnés en France. Bien que la loi ne l'interdise pas explicitement, des femmes sont encore confrontées à des remarques désobligeantes, voire à des agressions, lorsqu'elles allaitent leur enfant dans un lieu public. Face à cette situation, des voix s'élèvent pour mieux protéger les mères et encadrer l'allaitement dans l'espace public.
Un vide juridique et des interprétations divergentes
En France, l’allaitement en public n’est ni autorisé, ni interdit par la loi. Il y a un vide à ce sujet et chacun interprète donc la loi comme il le souhaite. Or, par essence, tout ce qui n’est pas interdit, est autorisé. En effet, l'allaitement n'est pas explicitement mentionné dans les textes de loi, ce qui laisse place à des interprétations divergentes. Pour certains, il relève de la liberté individuelle et du droit de l'enfant à être nourri. Pour d'autres, il peut être perçu comme un manque de pudeur, voire une exhibition sexuelle.
Des agressions qui choquent et indignent
Malheureusement, dans les faits, on reproche aux femmes de le faire, on leur demande de sortir, ou elles se font agresser. Les violences faites aux femmes qui allaitent sont de plus en plus fréquentes. Récemment, plusieurs faits divers ont mis en lumière les difficultés rencontrées par les mères qui allaitent en public. En mai, Maÿlis a été giflée par une dame parce qu'elle avait, discrètement dit-elle, donné le sein à son bébé de six mois pour le calmer, alors qu'elle était dans une file d'attente d'un relais colis. À Bordeaux, une dame présente dans la rue s’est alors retournée contre elle violemment, criant que la situation n’était pas normale et allant même jusqu’à gifler cette mère devant le silence assourdissant des passants et des personnes présentes sur place. Mise à part l’agression subie par Maÿlis, Fiona Lazaar constate « une multiplication d’événements similaires en France comme à Biscarrosse où une femme a été priée de sortir d’un commerce pour allaiter ». Ces agressions, souvent accompagnées d'insultes et de remarques désobligeantes, choquent et suscitent l'indignation.
Réactions et mobilisation
Ces incidents ont provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux. Suite à l'agression de Maÿlis, le hashtag #soutienamaylis a commencé à se propager. Une maman a même créé le hashtag #iwanttobreatsfree (je veux nourrir au sein librement) qui est également un clin d'œil au tube du groupe Queen « I want to break free ». Le 19 mai, une amie de Maÿlis a même lancé une pétition « Soutien pour Maylïs et son bébé ». Elles se résignent alors à donner le biberon alors que l’allaitement leur semblait idéal.
Propositions de loi pour mieux encadrer l'allaitement
Face à ce vide juridique et à la multiplication des agressions, plusieurs parlementaires ont déposé des propositions de loi visant à mieux encadrer l'allaitement dans l'espace public et à protéger les mères qui font ce choix.
Lire aussi: Baby-sitting et maltraitance infantile
Proposition de loi de Fiona Lazaar
La députée du Val-d’Oise, Fiona Lazaar (ex-LREM) a déposé devant l’Assemblée nationale une proposition de loi créant le délit d’entrave à l’allaitement. Cette proposition de loi contient deux articles. Le premier crée un délit passible de 1 500 euros d’amende pour qui interdit ou tente d’interdire à une femme d’allaiter dans l’espace public ou dans un établissement accueillant du public. C’est le cœur de ma proposition, explique la députée à 20 Minutes. Le second article vient, quant à lui, écrire noir sur blanc que le fait d’allaiter en public, n’est pas constitutif d’une exhibition sexuelle. En plus de punir les personnes qui empêcheraient l'allaitement en public, ce projet de loi, par sa simple promulgation, entend démystifier et désexualiser le regard de la société sur la poitrine. Depuis la présentation de son projet de loi, l'élue LREM affirme avoir reçu de nombreux témoignages de femmes "rassurées de savoir que la loi est de leur côté".
Proposition de loi de Bérangère Poletti
Fin mars, la députée LR Bérangère Poletti avait déjà déposé une proposition de loi pour promouvoir l'allaitement, notamment pour clarifier son autorisation dans les lieux publics, constatant aussi que de moins en moins de mères en France faisaient ce choix pour leur enfant. Le texte a été renvoyé à la Commission des affaires sociales. Une autre députée, Bérengère Poletti (Les Républicains), a également déposé une proposition de loi sur le sujet, qui vise à sanctionner les établissements ou les personnes qui interdiraient à une femme d’allaiter.
Allaitement et droit du travail
La seule mention de l’allaitement dans la loi concerne l’allaitement au travail. Il s’agit des articles L1225-30 et L1225-31 du Code du travail qui stipulent qu’une salariée peut allaiter son enfant dans l’établissement où elle travaille et que « pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail ». Par ailleurs, le code du travail prévoit des dispositions qui garantissent et sécurisent l'allaitement maternel sur le lieu de travail.
Recommandations de l'OMS et objectifs du PNNS
Aujourd'hui, l'organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d'allaiter « jusqu'aux six mois du nourrisson au moins » et de le faire « à la demande » et non à heure fixe ; ainsi qu'un allaitement « partiel » au moins jusqu'à l'âge de deux ans. La promotion de l'allaitement figure parmi les objectifs spécifiques du Programme national nutrition santé (PNNS) depuis 2001. Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a défini notamment comme objectif spécifique pour le PNNS 4 2019-2023 d'augmenter de 15 % au moins le pourcentage d'enfants allaités à la naissance pour atteindre un taux de 75 % d'enfants allaités à la naissance ; d'allonger de 2 semaines la durée médiane de l'allaitement total (quel que soit son type), soit la passer de 15 à 17 semaines. Il est recommandé d'allaiter jusqu'aux 6 mois de l'enfant, une durée inférieure reste néanmoins bénéfique à sa santé et à la santé de la mère.
Actions mises en place dans le cadre du PNNS 4
Afin de promouvoir et faciliter encore plus l'allaitement maternel, plusieurs actions relatives à l'allaitement maternel sont mises en place dans le cadre du PNNS 4. L'objectif est à la fois d'inciter les femmes à choisir, à la naissance de leur enfant, l'allaitement maternel exclusif, de les aider à surmonter les éventuelles difficultés de l'initiation de l'allaitement et de faciliter son maintien dans la durée. Le PNNS 4 définit ainsi des actions afin d'agir auprès des professionnels de santé et en milieu de soin ; d'étudier les conditions du succès des actions en direction des femmes et de leur entourage ; de favoriser un environnement favorable à l'allaitement maternel.
Lire aussi: Traumatismes liés à l'agression maternelle
Campagne de communication et brochure d'information
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a publié en juin 2019 un avis d'expertise en vue d'élaborer les recommandations de consommation alimentaire du PNNS actualisées pour les enfants, dès la naissance. Sur cette base scientifique, le Haut Conseil de la Santé Publique a publié en octobre 2020 un avis relatif à la révision des repères sur l'alimentation des enfants, qui intègre l'allaitement maternel. Ces avis scientifiques vont permettre à Santé publique France de formuler des messages sur l'alimentation des jeunes enfants en général et plus particulièrement sur l'allaitement maternel. Une campagne de communication sera déployée à l'automne 2021 sur ce sujet. Une brochure sur l'alimentation des tout-petits est en cours de réalisation par Santé publique France et sera diffusée à cette occasion.
Lire aussi: Habillage pluie Loola Bébé Confort : Test complet
tags: #agression #allaitement #en #public #loi