Introduction
L'adrénaline injectable est utilisée en aérosol dans certains services d'oto-rhino-laryngologie (ORL), y compris en pédiatrie. Bien que cette pratique puisse être hors-AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), elle est parfois courante et prescrite de manière empirique. Cet article vise à fournir un guide complet sur l'utilisation de l'adrénaline en aérosol en pédiatrie, en s'appuyant sur les données disponibles et les pratiques actuelles.
Indications cliniques
L'adrénaline en aérosol est principalement utilisée pour traiter la dyspnée aiguë laryngée chez l'enfant. Cette dyspnée peut être causée par divers facteurs, notamment :
- Œdème laryngé
- Laryngite aiguë virale
- Autres causes obstructives des voies aériennes supérieures
Protocoles d'administration
Il n'existe pas de protocole standardisé pour l'administration d'adrénaline en aérosol en pédiatrie, et les pratiques peuvent varier d'un établissement à l'autre. Cependant, les principes généraux suivants peuvent être appliqués :
Dosage : Le dosage de l'adrénaline en aérosol doit être adapté à l'âge et au poids de l'enfant. Il est crucial de consulter un médecin ou un pharmacien pour déterminer la dose appropriée.
Dilution : L'adrénaline est généralement diluée dans une solution de chlorure de sodium à 0,9 % avant d'être administrée en aérosol. La dilution permet d'obtenir une concentration plus faible d'adrénaline, ce qui réduit le risque d'effets indésirables.
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Fréquence d'administration : La fréquence d'administration de l'adrénaline en aérosol dépend de la gravité des symptômes et de la réponse de l'enfant au traitement. Les doses peuvent être répétées toutes les 15 à 20 minutes, si nécessaire, en surveillant attentivement la fréquence cardiaque et la tension artérielle de l'enfant.
Durée du traitement : La durée du traitement par adrénaline en aérosol est généralement courte, allant de quelques heures à quelques jours. Le traitement doit être interrompu dès que les symptômes s'améliorent.
Voies d'administration alternatives
Bien que l'adrénaline en aérosol puisse être utilisée dans certaines situations, d'autres voies d'administration peuvent être préférables dans certains cas. Les voies d'administration alternatives de l'adrénaline comprennent :
Voie intramusculaire (IM) : La voie intramusculaire est généralement privilégiée dans la prise en charge initiale du choc anaphylactique. ADRENALINE AGUETTANT 1 mg/mL est uniquement indiqué comme traitement d’urgence et doit être administrée par voie I.M.
Voie intraveineuse (IV) : La voie intraveineuse est plus appropriée dans les unités de soins intensifs (USI) ou dans les services d'urgence. En bolus de 1 mg d’adrénaline (1 mL) toutes les 3 à 5 minutes jusqu’au rétablissement de l’état hémodynamique. Ou 0,1 mg d’adrénaline après dilution, soit 1 mg (1 mL) dans 9 mL de chlorure de sodium à 0,9% puis administration intraveineuse en bolus de 1 mL de la solution diluée. Les bolus seront répétés jusqu’au rétablissement de l’état hémodynamique.
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Voie sous-cutanée (SC) : 0,3 mg d’adrénaline (0,3 mL de la solution non diluée). L’amélioration apparaît généralement dans les 3 à 5 minutes suivant l’injection sous-cutanée. Si nécessaire, ces doses peuvent être répétées plusieurs fois à intervalles de 5-15 minutes, en fonction de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque et de la fonction respiratoire.
Il est important de noter que l'injection d'adrénaline à 1 mg / mL (1:1000) ne convient pas pour une administration intraveineuse. Si la solution injectable d’adrénaline à 0,1 mg / mL (1:10 000) n’est pas disponible, une solution d'adrénaline à 1:1000 doit être diluée à 1:10 000 avant toute administration par voie intraveineuse.
Surveillance et suivi
Une surveillance étroite de l'enfant est essentielle pendant et après l'administration d'adrénaline en aérosol. La surveillance doit inclure :
- Surveillance clinique : Disparition des signes de lutte respiratoire.
- Monitoring cardiovasculaire : Surveillance de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle pendant et jusqu’à 48-72heures après l’administration.
Effets indésirables potentiels
L'adrénaline peut entraîner des effets indésirables, en particulier à des doses élevées. Les effets indésirables fréquents comprennent :
- Palpitations
- Tachycardie
- Sueurs
- Nausées
- Vomissements
- Dyspnée
- Pâleur
- Étourdissements
- Faiblesse
- Tremblements
- Céphalées
- Inquiétude
- Nervosité
- Anxiété
- Refroidissement des extrémités
La déclaration des effets indésirables suspectés après autorisation du médicament est importante. Elle permet une surveillance continue du rapport bénéfice/risque du médicament.
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Surdosage
Un surdosage ou une injection intra-vasculaire accidentelle d’adrénaline peut provoquer une hypertension artérielle sévère responsable d’accidents cérébraux, cardiaques et vasculaires potentiellement mortels (hémorragie cérébrale, troubles du rythme tels que bradycardie transitoire suivie d’une tachycardie pouvant conduire à une arythmie, nécrose myocardique, œdème aigu pulmonaire, insuffisance rénale). En cas de surdosage, un traitement symptomatique doit être mis en place immédiatement.
Interactions médicamenteuses
L'adrénaline peut interagir avec d'autres médicaments, notamment :
- IMAO (Inhibiteurs de la Monoamine Oxydase) : Par extrapolation à partir des IMAO non sélectifs : risque d’augmentation de l’action pressive.
- Anesthésiques volatils halogénés : Troubles du rythme ventriculaire graves par augmentation de l’excitabilité cardiaque.
Il est important d'informer le médecin de tous les médicaments que prend l'enfant avant de commencer un traitement par adrénaline.
Grossesse et allaitement
En clinique, l’utilisation de l’adrénaline au cours d’un nombre limité de grossesses n’a révélé aucun effet malformatif ou foetotoxique particulier à ce jour. Le passage de l’adrénaline dans le lait maternel n’est pas connu. Par conséquent, l'adrénaline ne doit être utilisée pendant la grossesse ou l'allaitement que si les bénéfices potentiels l'emportent sur les risques potentiels pour le fœtus ou le nourrisson.
Propriétés pharmacologiques
L'adrénaline est un agoniste des récepteurs alpha et bêta-adrénergiques. Elle agit en stimulant le système nerveux sympathique, ce qui entraîne une augmentation de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle et de la force de contraction cardiaque. L'adrénaline provoque également une bronchodilatation et une vasoconstriction.
Données pharmaceutiques
ADRENALINE AGUETTANT 1 mg/mL est disponible en ampoules de 1 mL en verre incolore de type I. Elle doit être conservée à une température ne dépassant pas +25°C.
État des lieux des pratiques en ORL
Un audit téléphonique a été réalisé en 2015 auprès de services d'ORL d'Île-de-France (IdF) pour connaître les pratiques de prescription d'adrénaline en aérosol. Les résultats ont montré que :
- L'indication principale était la dyspnée aiguë laryngée.
- Le protocole majoritairement utilisé chez l'adulte était de 1mg toutes les 8h diluée dans 3-5mL de NaCl±corticoïdes (i.v., per os, en aérosol) pendant 2-3jours.
- La surveillance de l'efficacité et de la sécurité était uniquement clinique.
Étant donné la faible proportion de services ORL ayant répondus, il serait intéressant de réaliser cet audit à échelle nationale.
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