Introduction
Adolphe Pinard, médecin obstétricien et homme politique français, a marqué l'histoire de la médecine et de la puériculture. Cet article explore son parcours, son influence sur la création de maternités modernes et sa vision de la puériculture, notamment à travers le prisme du solidarisme.
Adolphe Pinard : Un parcours brillant
Né de Désir Pinard, fabricant de bas et bonnetier, et d’Amable Antoinette Thomas, Adolphe Pinard a mené de brillantes études tout en travaillant. Il soutient une thèse de doctorat en 1874 et devient Professeur agrégé de chirurgie et d’accouchement de la Faculté de Médecine de Paris en 1878. Son parcours témoigne de son engagement envers la médecine et la santé des femmes et des enfants.
L'héritage d'Adolphe Pinard : Des maternités modernes
Dès le début du XXe siècle, des figures comme le professeur Alphonse Hergott ont lancé l'idée de construire une maternité moderne. La maternité de Nancy, par exemple, a été construite en remplacement de la maison départementale de secours située rue des Quatre-Églises. Les travaux, validés en 1914, ont été interrompus par la guerre, mais repris et supervisés par le professeur Albert Frunhinsholz, élève du Pr Hergott.
La maternité de Nancy, inaugurée le 27 juillet 1929, a été nommée en l'honneur d'Adolphe Pinard et est considérée comme l'un des établissements les plus modernes de France. Elle incarne une prise en charge à la fois médicale et sociale de la mère et de l'enfant, réunissant « valeur morale, valeur sociale, valeur hospitalière et valeur didactique et éducative ». Le Pr Frunhinsholz a mis en place l'aide sociale aux mères pauvres et a fondé une maison maternelle. Dès les années 30, des consultations prénatales et de gynécologie liée à la maternité, ainsi que des consultations pour les nourrissons, ont été proposées aux femmes.
L’ancienne maternité Adolphe Pinard représente un des bâtiments les plus emblématiques de Saint-Vincent-de-Paul. À partir de 1930, la vocation sociale originelle de l’hospice cède la place à une orientation plus spécifiquement hospitalière. D’importantes constructions sont lancées pour héberger des disciplines médicales de plus en plus spécialisées et leurs équipements. Première de ces nouvelles constructions, une grande maternité est réalisée à partir de 1930.
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La maternité, dessinée par l’architecte Félix Debat (1867-1938), se composait de trois ailes disposées autour d’une cour centrale, dotées de planchers de béton armé et habillées de briques jaunes apparentes. La première de ces ailes, située en face de l’ancien noviciat de l’Oratoire, comportait un sous-sol, un rez-de-chaussée et deux étages couverts d’un toit à deux pentes. Les deux autres ailes communiquant avec la première via une galerie et ne comptaient qu’un rez-de-chaussée et un étage, le tout couvert en terrasses.
À sa création, largement commentée par la presse spécialisée, la maternité incarne l’entrée de l’hospice dans sa nouvelle phase d’évolution. Par la fonctionnalité de ses distributions, d’abord, avec des cours anglaises assurant aux sous-sols un généreux éclairage et une abondante aération. Par l’efficacité de l’organisation fonctionnelle, ensuite, et de ses instruments et équipements, les plus en pointe de l’époque.
La maternité de Nancy est aussi moderne dans son architecture, offrant des chambres de plusieurs catégories : salles communes et chambres particulières se côtoient. Les premières sont destinées aux femmes « sans ressource », qui s’engagent notamment « à ne pas abandonner leur enfant durant leur séjour postnatal de trois mois ».
Adolphe Pinard et la puériculture : Une vision progressiste
Adolphe Pinard est considéré comme un promoteur de la puériculture, un néologisme inventé par le médecin Alfred Caron et réinvesti par Pinard. Il est vu comme l’un des précurseurs de l’eugénisme en France. Contrairement à d’autres pionniers de l’eugénisme en France, Pinard dispose d’une assise institutionnelle qui lui permet de développer et propager le contenu de cette nouvelle science. Maire de sa commune natale, puis député radical de 1919 à 1928, il utilise la tribune que lui confère la présidence d’âge à partir de 1924 pour promouvoir la puériculture lors des discours d’ouverture des sessions parlementaires et tente de transformer ses idées en lois par le dépôt de propositions législatives en 1920 et en 1926, qui ne sont toutefois pas débattues.
Le médecin définit la puériculture comme « [l]a science ayant pour but la recherche des connaissances relatives à la reproduction, à la conservation et à l’amélioration de l’espèce ». Cette définition est assimilable à une définition de l’eugénisme, bien que la puériculture ne soit pas limitée à la reproduction. Elle est composée de trois chapitres : la puériculture avant la procréation, de la procréation à la naissance, et après la naissance jusqu’à la fin de la première enfance. La définition et le champ assignés à cette discipline portent la recherche et son domaine d’action sur la sélection du conjoint, la sexualité, les comportements des membres du couple, notamment ceux de la femme ou mère, ainsi que sur l’éducation des enfants, dans une théorie sociale cohérente construite et martelée pendant une quarantaine d’années par son artisan qui revendique le titre de puériculteur.
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Si la littérature scientifique est féconde sur la position de Pinard et sur sa centralité dans la reconfiguration de la gynécologie-obstétrique, dans de nombreuses associations ou organisations publiques hygiénistes et populationnistes, ainsi que sa proximité avec des personnalités politiques comme Paul Strauss, force est de constater que peu de travaux concentrent leurs recherches sur les liens entre l’eugénisme théorisé par Pinard et les pensées politiques et économiques élaborées à la même époque.
Adolphe Pinard et le solidarisme : Une convergence idéologique
Cet article examine les rapports entre la puériculture d’Adolphe Pinard et le solidarisme théorisé par Léon Bourgeois. Dans une tentative de constitution d’une forme d’eugénisme pensée comme progressiste et humaniste, Pinard noue l’eugénisme qu’il développe avec les impératifs de justice sociale promus par ce dernier. En découle, d’une part, la subordination de la puériculture à des principes d’égalité et à des droits fondamentaux pour tous les individus et, d’autre part, l’idée d’une nécessaire amélioration biologique de la population comme condition de l’extension de la liberté et de la solidarité.
Le solidarisme est une doctrine philosophique, juridique, économique et sociale qui émerge à la fin du XIXe siècle sous la plume de divers penseurs, dont Alfred Fouillée, Charles Gide ou encore Émile Durkheim. Fouillée conceptualise la société comme étant le résultat d’un processus contractuel implicite fondateur d’un système relationnel de droits et de devoirs sociaux. Dans son versant socio-économique, le solidarisme repose sur la volonté d’améliorer les conditions de vie du plus grand nombre par le biais de l’intervention de l’État pour mener à bien des réformes sociales et éducatives, le tout au sein du système capitaliste.
Léon Bourgeois (1851-1925) est considéré comme l’auteur le plus influent de ce courant. Juriste et homme politique, il est président d’honneur de la première réunion de la Société française d’eugénique tenue le 22 décembre 1912 alors qu’il est ministre du Travail et de la Prévoyance sociale.
L’objectif de cet article est l’analyse de la pensée politique déductible des propos d’Adolphe Pinard afin de dégager les connexions, explicites et implicites, qu’il noue avec le solidarisme. L’hypothèse de cette étude est que, contrairement à d’autres eugénistes français dont les approches racialistes et les recommandations de stérilisation d’une partie de la population « heurtent les convictions solidaristes d’un Léon Bourgeois », le puériculteur tente de faire de son eugénisme une composante essentielle d’une solidarité universelle. Cette inscription se comprend comme le choix du puériculteur de proposer une forme d’eugénisme, pensée comme progressiste et humaniste, tendant, d’une part, à l’amélioration des conditions matérielles d’existence de l’humanité et étant, d’autre part, soumise au respect de droits fondamentaux reconnus à tous les individus.
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Pour tester cette hypothèse, il est d’abord nécessaire de comparer les structures théoriques du solidarisme et de la puériculture qui basent leur scientificité sur les sciences du vivant alors en plein épanouissement. Cette première partie montre le paradigme commun qui anime les deux théories dont l’origine, comme pour d’autres auteurs français, se situe davantage du côté du néo-lamarckisme que du darwinisme.
Le néo-lamarckisme : Un fondement scientifique commun
Le développement de l’eugénisme à la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle est parallèle à celui des travaux, encore balbutiants, sur l’hérédité. En France, deux camps s’opposent plus ou moins frontalement : les weismanniens et les néo-lamarckiens. Les premiers sont accusés par les seconds de réduire les causes d’apparition, de manifestation et de transmission des tares à la seule transmission héréditaire, condamnant les individus au déterminisme biologique. Les seconds, qui nous intéressent davantage, défendent l’effet transformateur de l’environnement sur l’organisme. À partir d’une actualisation des thèses transformistes de Lamarck, qui pensait l’acquisition par l’individu de modifications qui peuvent parfois être transmises de manière héréditaire, des penseurs réfléchissent aux moyens de transformer positivement l’individu ou d’empêcher sa dégénérescence par l’effet de l’environnement. La modification du milieu permettrait alors d’orienter les traits physiologiques de l’humain potentiellement transmissibles héréditairement. Le néo-lamarckisme n’est pas une négation de l’hérédité, mais centre plutôt son intérêt sur la transmission des caractères acquis.
Si le puériculteur ne participe pas aux discussions sur la validité des différentes théories en biologie, il adopte une réflexion néo-lamarckienne dominante en France. Il reconnaît l’existence de ces débats qui font toutefois ressortir « ce fait capital, vérifié chaque jour, du reste, aussi incontesté qu’incontestable, à savoir : l’influence dominante des procréateurs, c’est-à-dire la transmission des parents aux enfants de leurs qualités physiques, psychologiques et morales, physiologiques et pathologiques ». Ces différentes perspectives se retrouvent dans les diverses théories eugénistes.
Ces approches dépassent toutefois les cercles de la médecine et de l’eugénisme. Léon Bourgeois, extérieur à ces débats du fait de sa formation de juriste, essaie d’apporter une valeur scientifique à sa nouvelle doctrine. Il apporte au radicalisme une épaisseur idéologique lorsqu’il publie, en 1896, Solidarité. L’objectif de Bourgeois est de démarquer le radicalisme à la fois du libéralisme et du socialisme par la conciliation des notions a priori contradictoires de justice et de liberté. Le solidarisme se fonde sur un postulat à la fois moral et scientifique. Pour Bourgeois, l’être humain « n’est plus une fin pour lui et pour le monde : il est à la fois une fin et un moyen. Il est une unité, et il est la partie d’un tout ». L’individu est donc toujours dans un rapport au collectif qui le lie au destin de la communauté. Il est ainsi « soumis à des rapports de dépendance réciproque ».
Bourgeois s’oppose à ce qu’il considère être le libéralisme et au social-darwinisme : « La thèse d’indifférence des économistes n’est, au fond, que la justification des excès de la force ; dans la libre lutte pour l’existence, le fort détruit le faible : c’est le spectacle que nous offre l’indifférente nature ». La référence à la nature et aux travaux en biologie évolutionniste, par l’utilisation de la formule « lutte pour l’existence », permet à Bourgeois de se distancier de la doctrine du laissez-faire tout en rejetant la stricte transposition d’une loi naturelle aux sociétés humaines. Ce recours aux sciences naturelles n’est pas unique dans l’ouvrage de Bourgeois.
D’abord, le quasi-contrat, concept construit à partir des écrits de Fouillée, désigne l’idée que la loi doit représenter « l’accord qui eût dû s’établir préalablement entre [les membres de la société] s’ils avaient pu être également et librement consultés ». Les individus arrivent au monde et grandissent dans une société déjà constituée. Ils en profitent donc et cette jouissance est considérée comme une forme de consentement. Les avantages que confère la vie en société impliquent une dette que chacun doit rembourser pour garantir la reproduction de la société. La communauté humaine solidaire est la condition de la possibilité d’existence de la liberté. Effectivement, contre la définition négative de la liberté défendue par des libéraux comme Spencer, Bourgeois défend une définition positive : « La liberté n’est autre chose que la possibilité pour l’être de tendre au plein exercice de ses facultés, au plein développement de ses activités ; en développant incessamment l’organe, la fonction élève l’être vers le degré supérieur d’existence où tend toute vie ». Cette compréhension admet l’intervention de l’État pour garantir et approfondir le plein exercice des facultés de chacun. Elle se manifeste par l’éducation, à l’époque de la généralisation progressive de l’enseignement en France, un ré…
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Pinard est notamment un fervent partisan de l'allaitement au sein. Il affirme que « le lait de la mère appartient à l'enfant » et condamne l'usage de la tétine.
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