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Adèle Van Reeth : Entre Maternité, Deuil et Quête de l'Ordinaire

Adèle Van Reeth, figure emblématique de la philosophie à la radio, notamment connue pour son émission "Les Chemins de la philosophie" sur France Culture, explore les complexités de la vie, de la mort et de la maternité dans ses œuvres littéraires. Cet article se penche sur son parcours, ses réflexions philosophiques et ses récits intimes, en particulier son livre "Inconsolable", qui aborde le deuil de son père et l'annonce de sa seconde grossesse.

Une Voix Philosophique Ancrée dans le Réel

Longtemps productrice à France Culture, où elle animait chaque jour « Les Chemins de la philosophie », Adèle Van Reeth est aujourd’hui directrice de France Inter. Son parcours, marqué par une soif de connaissance et une curiosité insatiable, l'a menée des rayonnages de bibliothèques, où son père archiviste l'emmenait, aux studios de radio, où elle a trouvé sa vocation. Elle se décrit comme "très ancrée" et "terrestre", revendiquant un amour pour les choses simples de la vie, comme un simple jambon-beurre. Cette simplicité se retrouve dans son approche de la philosophie, qu'elle considère comme un moyen de regarder "droit dans les yeux l'ordinaire de nos vies".

"La Vie Ordinaire" : Une Exploration Philosophique et Intime

Déjà autrice d’un essai où elle traversait La Vie ordinaire comme expérience et comme problème (Gallimard, 2020), elle signe un nouveau livre intitulé Inconsolable, récit consacré à la disparition de son père. Son livre "La Vie Ordinaire" est une exploration de ce concept philosophique à travers le prisme de son expérience personnelle. Elle y mêle réflexions sur la philosophie américaine, en particulier l'œuvre de Ralph Waldo Emerson, et son expérience de la maternité.

L'Ordinaire comme Obstacle et Révélation

Adèle Van Reeth perçoit l'ordinaire comme un "obstacle à la pensée", une "saturation du presque-rien" qui peut engendrer un sentiment de dégoût. Elle se questionne sur la nature de la vie quotidienne, sur ce qui reste quand tout a changé, sur l'impossibilité de s'installer et de perdurer dans une situation donnée.

Cependant, elle découvre également dans l'ordinaire une source de révélation. Elle observe ses proches, note chaque détail, et trouve dans sa grossesse la preuve de son existence. Elle réalise que "l'ordinaire n'est ni le banal ni le quotidien", mais plutôt "le rejet de l'extraordinaire et de l'aventure au profit des petites choses et des scènes fugaces".

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Maternité et Retour au Réel

Une partie du livre ayant été écrite alors qu’elle est enceinte, permet à l’écrivaine de faire l’expérience d’un violent (et salvateur) retour au réel. La grossesse, vécue comme un "violent (et salvateur) retour au réel", lui permet de comprendre l'essentiel et de s'en satisfaire. Elle écrit drôlement : « Écrire enceinte, c’est écrire sur écoute. » Elle s’étonne même : « Des décennies de combat féministe pour finalement affirmer que l’attente de mon enfant m’apporte la stabilité que je recherche depuis que je sui née ». La naissance de son premier enfant est une véritable métamorphose du corps et de l'esprit, une renaissance qui lui permet d'assumer pleinement son "je".

La Question du "Je" et la Véracité du Récit

Si trouble il y a entre narrateur et écrivain, entre vie réelle et fiction, on comprend mal la déclaration d’Adèle Van Reeth dans une récente interview : « La Vie ordinaire, ce n’est pas le récit de ma propre vie, et je tiens beaucoup à ce distinguo ». L'utilisation du "je" dans ses récits soulève la question de la frontière entre autobiographie et fiction. Adèle Van Reeth insiste sur le fait que ses livres ne sont pas des journaux intimes, mais plutôt des "dispositifs littéraires" où chacun peut s'identifier. Elle se réserve le droit de transformer la réalité pour servir son propos, créant des personnages qui, bien que inspirés de son entourage, ne sont pas des portraits fidèles.

"Inconsolable" : Un Récit de Deuil et de Vie

Dans Inconsolable, l’autrice met en scène une narratrice, enceinte, qui traverse la fin de vie puis le deuil de son père. Quelques jours avant la disparition de son père, Adèle Van Reeth lui avait annoncé qu’elle attendait son deuxième enfant. Bouleversant. Son livre "Inconsolable" est un récit poignant sur la perte de son père, emporté par une tumeur au cerveau. Elle y décrit l'expérience du deuil, les moments à l'hôpital, les souvenirs qui surgissent, et la vie qui continue malgré la tristesse.

L'Inconsolable comme Compagnonnage

Elle explique : « Je voulais créer un compagnonnage entre ce que j’ai vécu et les lecteurs qui ont connu cette épreuve ou vont la traverser. » Adèle Van Reeth ne cherche pas à consoler, mais plutôt à créer un "compagnonnage" avec les lecteurs qui ont vécu ou vivront une expérience similaire. Elle offre un témoignage sincère et émouvant sur la douleur de la perte, sans tomber dans le pathos ou la recherche d'une consolation facile.

Entre Deuil et Maternité

Le récit est d'autant plus poignant qu'il se déroule alors qu'elle est enceinte de son deuxième enfant. La vie et la mort se côtoient, créant un contraste saisissant et une profonde émotion. Elle décrit la difficulté de faire face à la perte de son père tout en se préparant à accueillir une nouvelle vie.

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Un Style d'Écriture Singulier

Adèle Van Reeth possède un style d'écriture singulier, qui mêle réflexions philosophiques, observations du quotidien et récit intime. Elle manie la langue avec finesse et émotion, créant des textes à la fois profonds et accessibles. Certains critiques reprochent à son écriture un certain romantisme du désenchantement et une paupérisation de la langue, mais reconnaissent la sincérité de son propos et la force de son témoignage.

La Question de la Littérature

Adèle Van Reeth nous offre un typique produit de ce qu’est devenue la littérature au XXIe siècle : le romantisme du désenchantement, la confrontation douloureuse avec le réel, la paupérisation de la langue configurée pour la mass-médiatisation voire le divertissement mercantile, le solipsisme moaïque dans lequel le regard s’agrandit vaniteusement. La question se pose de savoir si son œuvre relève de la littérature au sens strict du terme. Certains critiques estiment qu'elle privilégie l'expérience vécue et la transmission d'idées à la recherche d'une esthétique littéraire. Ils regrettent l'absence d'une "incantation susceptible de le transfigurer, le promouvoir de façon poétique".

Une Personnalité Engagée

Depuis qu’elle est devenue une personnalité publique, Adèle Van Reeth tente de casser les idées reçues à propos des auteurs et des philosophes : « Tout le monde n’a pas le loisir de s’isoler trois mois à Ibiza pour écrire, sourit-elle. Et puis, les philosophes ne songent pas, assis dans la pénombre en grattant leur barbe blanche. » Au-delà de son travail d'écriture, Adèle Van Reeth est une personnalité engagée dans la diffusion de la philosophie et la lutte contre les idées reçues. Elle utilise la radio comme un outil pour rendre la philosophie accessible à tous, créant un lien entre celui qui pose la question, celui qui répond et celui qui écoute.

Directrice de France Inter : Une Nouvelle Forme de Transmission

Depuis qu’elle a été nommée directrice de France Inter, la sienne se fait rare. Est-elle devenue une femme de pouvoir ? « Je n’ai jamais été fascinée par le pouvoir, ça ne me fait pas vibrer, assure-t-elle. Je vis cette transformation comme une continuité. Ça n’a pas révolutionné mon existence. » Elle considère sa nomination à la direction de France Inter comme une continuité de son travail de transmission, mais à une plus grande échelle. Elle voit cette nouvelle responsabilité comme une opportunité de toucher un public plus large et de promouvoir des idées qui lui sont chères.

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