L'allaitement est un sujet qui suscite de nombreuses opinions et idées préconçues. Avant de devenir mère, j'avais moi-même des opinions bien arrêtées sur la question, influencées par des préjugés et un manque d'information. Cependant, ma propre expérience de l'allaitement a radicalement transformé ma perception. J'ai allaité mon enfant pendant trois ans, une expérience que je qualifie de "folle" et à laquelle je ne m'attendais pas du tout.
Dans cet article, je souhaite partager mon parcours personnel, sans prétention de donner des conseils médicaux ou de convaincre qui que ce soit. Mon objectif est simplement de relater une expérience qui a été extrêmement positive pour moi, et de partager les ressources qui m'ont passionnée sur le sujet.
Mes préjugés avant la maternité
Avant de devenir mère, j'avais une vision assez négative de l'allaitement. Je le percevais comme une contrainte, une entrave à la liberté. J'étais même dégoûtée à l'idée du lait maternel et je pensais que tirer son lait était une activité étrange. Bien que j'aie été allaitée pendant six mois par ma mère, une pratique peu courante en France dans les années 80, j'étais pleine de préjugés et mal informée. J'étais également convaincue que l'allaitement était anti-féministe.
Avec le recul, je réalise que j'avais des opinions similaires à celles que je reproche aujourd'hui aux autres. Cette prise de conscience m'aide d'ailleurs à mieux comprendre l'origine de leurs préjugés et à y répondre de manière appropriée.
Préparation à l'allaitement pendant la grossesse
Heureusement, pendant ma grossesse, j'ai découvert des lectures qui mettaient en avant les besoins physiologiques de la mère et de l'enfant. Le livre "Attendre bébé autrement" a été une révélation pour moi, car il abordait le maternage proximal et l'allaitement. J'ai également commencé à suivre des mères allaitantes sur Instagram, ce qui m'a permis de me faire une autre représentation de l'allaitement.
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Tout cela m'a donné envie d'essayer l'aventure de l'allaitement, sans me mettre trop de pression. J'ai compris que cela pouvait être difficile et je ne voulais pas m'y forcer à tout prix. Je me suis donc préparée en m'informant au maximum.
Pour cela, j'ai :
- Regardé toutes les vidéos de "La maison des maternelles" sur YouTube concernant l'allaitement.
- Suivi le cours de préparation à l'allaitement proposé par ma maternité.
- Pris contact avec une conseillère en lactation à Paris, anticipant les difficultés d'accès aux soins pendant le mois d'août.
- Récupéré un maximum de contacts grâce à un fascicule de ma maternité.
Je me suis également renseignée sur les raisons de la mauvaise image de l'allaitement en France et j'ai trouvé des réponses dans le livre de Bernadette Lavollay "Les vrais besoins de votre bébé" et dans des articles de La Leche League. J'ai ainsi compris comment les femmes avaient été dépossédées de l'allaitement dans les années 50, avec la création des premières maternités en France. Cela m'a confortée dans mon choix et m'a convaincue qu'allaiter était un choix aussi féministe que de donner le biberon.
Après coup, j'ai également lu le livre de Marjolaine Solaro sur l'allaitement, une mine d'informations très utile et non culpabilisante. J'aurais aimé le lire avant de commencer l'allaitement !
Pendant ma grossesse, j'avais également lu qu'il était conseillé d'utiliser de la lanoline pour éviter les crevasses. J'en ai donc acheté un petit tube de la marque Lansinoh, un produit sûr pour le bébé qui ne nécessite pas de rinçage. J'ai mis tout cela dans mon sac de maternité, avec des patchs pour laisser poser le produit. Avec mes connaissances et ces préparatifs, je me sentais prête.
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Un démarrage inattendu
L'allaitement n'a pas commencé comme je l'avais imaginé. Mon fils a dû être transféré d'urgence dans une autre maternité par le SAMU, une heure après ma césarienne. Je l'ai à peine vu et j'en ai été séparée pendant 24 heures. J'avais rêvé de le prendre contre moi, de faire la tétée d'accueil, mais cela a été impossible. J'étais très malheureuse de ne pas pouvoir lui offrir cet accueil doux dans ce monde, et cela reste un grand regret.
Quand on m'a annoncé son transfert, j'ai tout de suite pensé que cela sonnait le glas de mon projet d'allaitement. J'avais beau m'être renseignée, je pensais que la tétée d'accueil était essentielle pour lancer l'allaitement.
De retour dans ma chambre sans mon bébé, les sages-femmes m'ont immédiatement demandé si je souhaitais allaiter et m'ont proposé de tirer mon lait pour lancer la machine. J'ai été ravie et j'ai vu le tire-lait arriver comme un messie. Elles m'avaient dit que quelques gouttes seraient déjà géniales, mais j'ai rapidement tiré beaucoup de colostrum. J'étais très heureuse de préparer ces petites bouteilles pour mon fils.
L'allaitement a donc commencé pour moi par une grande histoire d'amour avec le tire-lait, un Harmony de chez Medela. Et ensuite, cela a été une grande histoire qui m'a réconciliée avec mon rôle de mère.
La première vraie rencontre
Quand je suis allée voir mon fils en néonat, l'ambiance était particulière. Les puéricultrices s'occupaient de lui avec des gestes sûrs et il avait une petite sonde gastrique pour se nourrir. Je me sentais inutile et je me disais qu'elles lui apportaient sûrement de meilleurs soins que les miens. De plus, après la césarienne, j'avais du mal à faire le lien entre le bébé que j'avais porté et celui que je voyais dans son berceau.
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Puis, elles m'ont proposé de le mettre au sein, pendant qu'elles lui donnaient mon colostrum avec un DAL (Dispositif d'Aide à la Lactation) pour qu'il associe la tétée à la sensation d'être nourri. À ce moment précis, quand il s'est collé à moi, qu'il m'a attrapé le sein et qu'il a tété avec avidité, tout s'est connecté dans ma tête : "Je suis ta mère, tu es mon fils".
Je ne sais pas ce qui se serait passé si je ne l'avais pas allaité, mais cela a été salvateur pour moi. Je me sentais tellement coupable de cette naissance difficile et de cet accueil violent qu'il avait eu en venant au monde, que l'allaitement m'a permis de me réconcilier avec tout cela.
C'est mon histoire personnelle, mais dans ma tête, l'allaitement a sauvé les meubles pour moi et peut-être pour lui à sa naissance. J'étais donc très motivée pour continuer.
Les premières semaines d'allaitement
Pendant deux jours, je suis allée voir mon fils en néonat. À chaque visite, je le tenais contre moi et il tétait quand il voulait. C'était formidable.
Quand on l'a récupéré à la maternité, on a vécu ce que les professionnels appellent "la nuit de la java", c'est-à-dire la nuit de la première montée de lait où le bébé tête tout le temps et se réveille très fréquemment. Mon conjoint était épuisé, mais j'étais tellement heureuse d'être enfin avec mon bébé et de lui donner le sein que j'ai bien vécu cette période.
Après chaque tétée, j'appliquais de la lanoline à titre préventif et je la laissais agir sous un patch pendant 15 minutes. La puéricultrice m'a dit que c'était une très bonne idée et m'a même complimentée sur la forme de mes seins, les jugeant "parfaits pour l'allaitement". J'étais très fière et cela m'a donné confiance pour la suite.
Il est essentiel d'être soutenue et encouragée pendant cette période, cela aide énormément.
Une fois à la maison, on a loué un tire-lait à la pharmacie, car je voulais avoir du lait en réserve et désengorger mes seins lorsque mon fils dormait. C'était très utile. La location à la pharmacie était un peu chère, alors j'ai commandé le même tire-lait chez Suckle.fr, qui propose la location avec remboursement par la sécurité sociale.
Pendant tout mon congé maternité, c'est ce tire-lait que j'ai utilisé. Par la suite, j'ai acheté le tire-lait Freestyle flex de chez Medela, qui était très pratique pour tirer mon lait au bureau. J'ai également acheté des embouts mieux adaptés et une brassière qui me permettait d'avoir les mains libres.
Pour allaiter à la maison, j'avais installé un coin "allaitement" confortable dans le salon, avec un coussin d'allaitement, des coussins supplémentaires, de quoi boire, des snacks vitaminés Jolly Mama, un chargeur de téléphone et des livres à portée de main, car mon fils tétait longtemps et s'endormait souvent sur moi après.
Globalement, tout se passait bien. Je n'ai pas eu de difficultés majeures au démarrage de l'allaitement, pas de crevasses, pas de douleurs aux seins. Je n'ai rencontré aucun des problèmes auxquels je m'étais préparée. Mais j'en ai eu d'autres…
Les défis rencontrés
Les premières semaines, j'ai découvert la difficulté d'allaiter la nuit, car mon fils se réveillait très souvent pour téter. Nous avions installé son berceau à côté de notre lit, comme le préconise l'OMS, et nous avions décidé que la nuit, ce serait plutôt mon rôle et que mon conjoint prendrait le relais le matin pour me laisser récupérer.
Mon fils avait une tétine qu'on lui avait donnée en néonat, mais au bout d'une semaine, il n'en a plus voulu. Pour le calmer, j'avais tendance à le mettre au sein, ce qui, avec le recul, n'était pas une bonne idée. Je suis sûre que souvent, il avait un autre problème que la faim et je le collais au sein quand même. Mais avec mon conjoint, nous étions inexpérimentés et épuisés, et dès qu'il pleurait, on le mettait au sein.
Donc la nuit, s'il avait chaud, peur, froid, ou autre chose, il voulait le sein.
Et puis, rapidement, la grosse difficulté que j'ai rencontrée, ce sont les pics de croissance. Je n'y avais pas trop prêté attention pendant les cours de préparation à l'allaitement, ce qui était une erreur car c'est ce qui aurait pu me faire arrêter.
Quand mon fils a eu neuf jours, nous avons vécu un pic de croissance violent. Je ne savais pas ce que c'était et je ne comprenais rien. Il a commencé à se réveiller toutes les heures pour téter, j'étais épuisée.
Un pic de croissance est une période pendant laquelle le bébé va téter très souvent pour envoyer un message au corps de la mère, lui indiquant de lancer une production de lait adaptée à ses nouveaux besoins. On dit que cela intervient à 3, 6, 9 jours, semaines et mois après la naissance.
C'était très dur, mon fils s'énervait au sein, j'avais l'impression que rien n'allait, les tétées sont devenues un calvaire pendant quelques jours et j'étais paniquée. Je savais que j'avais du lait, mais je ne comprenais pas ce qui se passait. Puis cela s'est calmé.
Et à trois semaines, rebelote, cela a été l'enfer. J'ai décidé de consulter une conseillère en lactation. Je remercie le centre Véronique Darmangeat à Paris, qui tient une permanence au mois d'août et qui a probablement sauvé mon allaitement. Cette consultation, bien que coûteuse et non remboursée, m'a apporté énormément d'informations, de réconfort et de solutions. Sans cela, j'aurais probablement arrêté à ce moment-là.
Nous avons également découvert pendant cette consultation que mon fils avait un frein de langue court, ce qui était probablement la raison pour laquelle il tétait pendant 45 minutes et avalait beaucoup d'air.
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