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Deuil périnatal : Réflexions et Actualités

Le deuil périnatal, une réalité souvent tue, continue de susciter des interrogations et des efforts de sensibilisation. Cet article explore les différentes facettes de ce deuil, en s'appuyant sur des témoignages poignants et des initiatives récentes visant à briser le silence et à offrir un soutien adapté aux familles endeuillées.

Le poids du silence : Témoignages et perspectives

Le deuil périnatal est une expérience douloureuse et complexe, souvent entourée de silence et d'incompréhension. Marie Piquemal, journaliste à Libération, s'est penchée sur cette réalité en interrogeant Odette Pichard, une femme de 99 ans, qui porte encore le deuil de son bébé décédé à la naissance en 1949. Ce témoignage poignant met en lumière le long cheminement du deuil et la nécessité de reconnaissance pour ces parents endeuillés.

Odette Pichard, alerte et solide malgré son âge, se bat pour obtenir l’inscription de son bébé, Pierre-Alain, sur le livret de famille. Décédé quatre heures après sa naissance, elle n'a jamais vu le corps de son enfant. Soixante-quinze ans après, elle aimerait que ce soit inscrit sur le livret de famille. « Ce serait un rendu. Comme quoi il fait partie de la famille. » Ce combat symbolique souligne l'importance de la reconnaissance sociale et administrative de l'existence de ces enfants disparus.

L'histoire d'Odette révèle également les pratiques médicales et sociales de l'époque. Les pères n'étaient pas présents lors de l'accouchement, et les visites étaient limitées. Après la mort de Pierre-Alain, Odette n'a pas posé de questions, acceptant la situation comme une fatalité. Elle se souvient avec douleur de sa réponse à la question du docteur concernant le corps du bébé : « J’ai dit que nous n’avions pas d’argent ». Ce regret la hante depuis des décennies. « Je l’ai laissé tomber ce gosse. Il n’a pas eu de câlin. Je l’ai abandonné. »

Myriam Morinay, vice-présidente de l'association Naître et Vivre, souligne que le silence entourant le deuil périnatal peut empêcher les parents de faire leur deuil correctement. « Parler aide à traverser. Sans ça, cela reste enfoui comme si cela venait de se passer. A cette époque, on se taisait, la société considérait que la mort d’un tout-petit n’était pas un deuil. »

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Initiatives et avancées récentes

Malgré le chemin à parcourir, des avancées significatives ont été réalisées ces dernières années pour mieux accompagner les familles endeuillées. Des protocoles existent avec des équipes pédiatriques de soins palliatifs et l'intervention de psychologues formés. Dans les cimetières, on trouve de plus en plus d’espaces dédiés aux tout-petits. Un effort est aussi fait pour mieux informer. Dans les hôpitaux parisiens, par exemple, une brochure explique que «si les parents ne peuvent pas prendre en charge l’organisation des obsèques, une procédure clairement codifiée et respectueuse est mise en place. Une crémation a lieu dans un crématorium, c’est-à-dire un établissement réservé aux personnes.

En Guadeloupe, l'association Nanm an nou a organisé une cérémonie émouvante sur le parvis du Mémorial ACTe, avec une dispersion de fleurs à la mer pour honorer la mémoire des bébés partis trop tôt. Ce geste symbolique vise à briser le silence et à sensibiliser la population à cette cause. « Il y a un tabou énorme sur la mort de façon générale et encore plus sur la mort des bébés », explique un membre de l'association. « Il est important pour nous, aujourd'hui, au sein de l'association, de vulgariser, de sensibiliser la population à cette cause car le deuil périnatal touche de plus en plus de familles. »

Des initiatives similaires se multiplient, comme la création de groupes de parole pour les parents en deuil, des consultations individuelles dédiées et la mise à disposition de ressources informatives et de soutien. Lise-Marie Pottiez, psychologue clinicienne au CH Eure-Seine, constate que les consultations sont en hausse, signe que le tabou se brise petit à petit.

Les défis persistants

Malgré ces avancées, de nombreux défis persistent. Les parents endeuillés sont souvent confrontés à des remarques maladroites et blessantes, telles que « Tu en feras vite un autre » ou « Il n’a pas vécu, tu n’as pas eu le temps de t’y attacher ». Ces paroles peuvent renforcer leur sentiment d'illégitimité et les empêcher de demander de l'aide.

Myriam Morinay souligne que « Nous n’avons pas la culture du deuil. Le tabou est fort. Ne pas dire, c’est faire comme si cela n’existait pas. » Il est essentiel de reconnaître la légitimité de la peine des parents endeuillés et de leur offrir un espace d'écoute et de soutien sans jugement.

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Un autre défi est la prise en charge administrative et juridique du deuil périnatal. L'histoire d'Odette Pichard illustre les difficultés rencontrées par les parents pour faire reconnaître l'existence de leur enfant décédé. Aude Denarnaud, sa petite-fille et avocate, se bat pour faire inscrire Pierre-Alain sur le livret de famille, invoquant l’article 79-1 du code civil.

De plus, l'augmentation du nombre d'IVG pour des raisons financières ou familiales compliquées soulève des questions éthiques et psychologiques. Lise-Marie Pottiez constate que « L’IVG peut être mal vécue et nécessiter un travail de deuil d’autant plus lorsqu’il est demandé pour des raisons financières. Nous recevons de plus en plus de patientes dans ce cadre. »

Ressources et soutien disponibles

Face à ces défis, il est crucial de connaître les ressources et le soutien disponibles pour les parents endeuillés. L'association Naître et Vivre propose une ligne d'écoute tenue sept jours sur sept par des bénévoles. De nombreux hôpitaux et centres de santé offrent des consultations individuelles et des groupes de parole animés par des professionnels. Des ouvrages et des outils pédagogiques, tels que l'album jeunesse « Comme une graine - Raconter la grossesse arrêtée », peuvent également aider les familles à exprimer leur deuil et à trouver des mots pour en parler.

Il est également important de sensibiliser l'entourage des parents endeuillés. Comprendre la nature du deuil périnatal et les besoins spécifiques des parents peut permettre d'offrir un soutien plus adapté et de minimiser les maladresses.

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tags: #deuil #périnatal #actualités

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