L'accouchement est un événement majeur dans la vie d'une femme, marqué par des bouleversements physiques et émotionnels importants. Bien que souvent idéalisé, il peut parfois s'avérer difficile, voire traumatisant, avec des conséquences potentielles sur l'allaitement et la relation mère-enfant. Cet article explore les différentes complications liées à un accouchement difficile et leur impact sur l'allaitement, tout en proposant des pistes de prise en charge pour favoriser un allaitement serein et épanouissant.
Le Post-Partum : Une Période de Transformations
Le post-partum, période s'étendant de l'accouchement au retour de couches (environ 40 jours), est une phase de profondes transformations psychiques, familiales et physiques. La surveillance clinique en maternité est essentielle, incluant la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la gestion de la douleur, les signes de phlébite, les saignements, les mictions spontanées, la température, la reprise du transit et l'involution utérine.
Dans les 6 à 8 semaines suivant l'accouchement, une consultation post-natale est recommandée, réalisée par un médecin ou une sage-femme, afin de surveiller l'état de santé de la mère et de dépister d'éventuelles complications. Cette consultation est l'occasion d'aborder des sujets tels que la perte de poids, l'arrêt des toxiques, la contraception, et le repérage des troubles psychiques maternels, des difficultés de la relation mère-enfant et de l'allaitement.
Complications Post-Partum et Impact sur l'Allaitement
Plusieurs complications peuvent survenir durant le post-partum et impacter l'allaitement :
Pathologies des Mamelons
Les pathologies des mamelons, telles que les rougeurs, irritations, crevasses ou fissures, sont fréquentes et peuvent rendre l'allaitement douloureux. L'incidence de la douleur et des traumatismes des mamelons varie entre 34 et 96 % des cas. L'application préventive de lanoline et de lait maternel pourrait être bénéfique. En cas de persistance de la douleur, un prélèvement bactériologique peut être réalisé pour rechercher une infection.
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Engorgement Mammaire
L'engorgement mammaire survient généralement dans les premiers jours après l'accouchement, se manifestant par un gonflement généralisé des seins, des douleurs, un œdème diffus, une rougeur cutanée, une diminution du débit de lait, et parfois une légère élévation de la température. L'application de compresses chaudes et humides avant la tétée et le massage doux du sein peuvent aider à soulager l'engorgement.
Mastite et Abcès Mammaire
La mastite est une complication inflammatoire ou infectieuse des seins, se manifestant par des douleurs, une chaleur locale, une tension mammaire, un œdème unilatéral, un érythème cutané, accompagnés parfois de frissons, myalgies et fièvre. Un prélèvement bactériologique du lait est nécessaire pour décider d'une antibiothérapie. L'allaitement par le sein infecté doit être interrompu, tout en poursuivant son drainage au tire-lait. La mastite contribue au sevrage précoce dans les 3 premières semaines du post-partum. L'abcès mammaire est une collection de pus dans le sein, responsable de douleurs intenses. Le diagnostic est clinique, mais une échographie peut être nécessaire en cas de doute. Le germe le plus souvent retrouvé est Staphylococcus aureus. La succion du sein affecté doit être interrompue. L'incision suivie du drainage de l'abcès est la technique de référence.
Agalactie et Impression d'Insuffisance de Lait
L'agalactie correspond à un défaut organique de production de lait. En revanche, l'impression d'insuffisance de lait est l'une des causes principales de l'arrêt de l'allaitement. Elle serait favorisée par des troubles émotionnels chez les mères, ou par le refus de l'enfant de téter. La perception que l'enfant n'est pas suffisamment rassasié par le lait maternel seul est la raison la plus communément citée par les femmes qui arrêtent l'allaitement.
Anémie
L'anémie par carence martiale ne doit pas être recherchée de façon systématique en l'absence de facteur de risque. Une NFS est recommandée en cas de saignements abondants au cours de l'accouchement ou devant des signes évocateurs. Le traitement dépend de la sévérité.
Hémorragies Secondaires
Les hémorragies secondaires surviennent entre 24 heures et 6 semaines après l'accouchement. Des saignements abondants imposent une hospitalisation. Une échographie pelvienne est indiquée, à la recherche d'une rétention placentaire.
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Hématome Puerpéral
Des douleurs périnéales intenses font suspecter un hématome puerpéral, dont la localisation est généralement paravaginale ou vulvaire. Son diagnostic est clinique, devant une tuméfaction vaginale expansive et douloureuse. La prise en charge est volontiers chirurgicale.
Endométrite Aiguë
Le diagnostic d'endométrite aiguë est évoqué devant l'association douleurs pelviennes, hyperthermie et lochies fétides. On traite par antibiothérapie IV.
Infections des Cicatrices
Devant toute fièvre du post-partum, les cicatrices périnéales ou abdominales doivent être inspectées avec minutie. Une infection est suspectée devant une cicatrice douloureuse et inflammatoire, associée à une fièvre souvent élevée et à un écoulement purulent. Un drainage chirurgical est nécessaire.
Infections Urinaires
Les infections urinaires sont fréquentes, favorisées par les sondages au cours du travail. Après ECBU, une antibiothérapie probabiliste doit être démarrée sans attendre.
Dépression du Post-Partum
La dépression du post-partum concerne 13 % des accouchées, avec un pic au cours des 4 premières semaines. Un entretien évaluant les facteurs de risque de dépression devrait être mené par une sage-femme au 4e mois de grossesse. La dépression du post-partum est largement sous-diagnostiquée et insuffisamment prise en charge.
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Lésions Périnéales
Les lésions périnéales sont classées selon leur étendue : 1er degré, 2e degré, 3e degré (sphincter anal), 4e degré (épithélium anal). Le suivi, clinique, doit être réalisé par le professionnel ayant suturé la déchirure périnéale.
Incontinence Urinaire du Post-Partum
L'incontinence urinaire du post-partum est définie comme l'apparition ou la persistance d'une incontinence dans les 3 à 6 mois suivant l'accouchement.
L'Impact des Interventions Médicales sur l'Allaitement
De nombreuses femmes souhaitent un accouchement le plus naturel et physiologique possible, élaborant un "projet de naissance". Certaines interventions médicales peuvent avoir un impact sur l'allaitement :
- Péridurale : Certaines études suggèrent qu'elle pourrait avoir des conséquences sur les capacités de coordination succion-déglutition-respiration du bébé et sur le démarrage de l'allaitement.
- Ocytocine : L'administration d'ocytocine en perfusion pendant le travail semble avoir un impact négatif sur les réflexes primitifs liés à l'alimentation et sur l'allaitement dans la durée.
- Aspiration gastrique : Elle peut perturber les réflexes qui amèneront le bébé à prendre le sein, voire provoquer une aversion orale.
- Césarienne : Elle peut retarder la première tétée et poser des obstacles à l'allaitement en raison de la douleur et de la mobilité réduite.
Il est important de noter que ces interventions ne compromettent pas systématiquement l'allaitement. Un accompagnement adapté et une information claire peuvent aider à atténuer les éventuels effets négatifs.
Le Stress et l'Allaitement : Un Cercle Vicieux
Le stress peut affecter l'allaitement en interférant avec le réflexe d'éjection du lait. Dans l'idéal, il est important de se détendre pendant l'allaitement. Pour cela, il est conseillé de travailler à faire confiance à son corps, de demander de l'aide si nécessaire, de relaxer son corps et de créer une atmosphère calme et agréable.
L'allaitement peut également aider à réduire le stress physique et à réguler le stress, et même réduire le risque de dépression post-partum.
Traumatisme de la Naissance et Allaitement
Un accouchement peut être vécu comme traumatique, avec des conséquences psychologiques importantes pour la mère et son partenaire. Le traumatisme de la naissance est unique et complexe, car la société perçoit la naissance comme un événement positif, plusieurs personnes sont impliquées, et il y a un contact permanent inévitable avec des rappels de l'événement déclencheur.
Il est important de trouver un thérapeute spécialisé dans le soutien de la santé mentale et des traumatismes des nouveaux parents. Des thérapies telles que l'EMDR ou la thérapie d'exposition peuvent être efficaces.
Prévention et Soutien : Clés d'un Allaitement Réussi
Pour favoriser un allaitement serein après un accouchement difficile, il est essentiel de :
- Privilégier l'allaitement maternel exclusif en ne donnant aux nouveau-nés allaités aucun aliment ni aucune boisson autre que le lait maternel, sauf indication médicale.
- Connaître le nombre de nouveau-nés allaités exclusivement, le taux de complément et l'indication des compléments afin d'orienter les pratiques de l'équipe.
- Offrir une écoute active aux mères qui souhaitent donner des compléments, même en l'absence d'indication médicale.
- Mieux se préparer pendant la grossesse en parlant librement de ses émotions, de ses craintes ou de ses antécédents psychologiques.
- Savoir repérer les signes de mal-être et demander de l'aide.
- Développer un réseau de soutien émotionnel, familial, amical ou professionnel.
- Favoriser l'allaitement, quand c'est possible, car cela permet un bon attachement mère-enfant et semble être un facteur de protection contre le développement d'un trouble psychique du post-partum.
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