La mise bas chez la chèvre, ou parturition, est un événement crucial qui nécessite une attention particulière de la part de l'éleveur. La reconnaissance des signes précurseurs et la préparation adéquate sont essentielles pour assurer la santé de la mère et des chevreaux. Cet article détaille le déroulement normal de l'accouchement chez la chèvre, les signes avant-coureurs, les précautions à prendre et les éventuelles complications.
Déroulement Général de la Gestation
La gestation chez la chèvre dure en moyenne 150 jours, avec une variation de 145 à 155 jours après l’accouplement. Généralement, une chèvre met au monde 1 ou 2 chevreaux lors de sa première mise bas, et plus de 2 lors des suivantes. Pendant la gestation, il est possible de sentir bouger les chevreaux en palpant le côté droit de la chèvre. La lactation précédente diminue progressivement jusqu'au tarissement complet, qui intervient 1 à 2 mois après la saillie.
Il est primordial de bien soigner la chèvre pendant toute la durée de la gestation. Une alimentation riche et équilibrée est indispensable pour assurer une bonne lactation et prévenir la toxémie de gestation. Une attention particulière doit être portée aux jeunes primipares, car elles sont encore en pleine croissance.
Signes Précurseurs de la Mise Bas
Quelques jours, voire quelques heures, avant la mise bas, plusieurs signes peuvent indiquer que l'événement est imminent :
- Isolement ou recherche de calme: La chèvre recherche un coin tranquille et s'isole du troupeau. AMBRE est inquiète, s'isole du troupeau.
- Mamelle tendue: Le pis (mamelles) gonfle de lait, avec parfois quelques gouttes perlant des trayons. La montée laiteuse est souvent l’un des premiers signes. Chez les chèvres pluripares, elle se produit environ une semaine avant la mise-bas, tandis que pour les primipares, elle peut être observée seulement deux à trois jours avant l’accouchement.
- Vulve relâchée: La vulve devient plus lâche et se dilate légèrement. La dilatation et le relâchement vulvaires sont d’autres signes importants à surveiller. À l’approche de la date prévue, la vulve de la chèvre devient plus lâche et se dilate légèrement.
- Nidification possible: La chèvre peut gratter la paille, préparant ainsi un endroit confortable pour la mise bas.
- Changement de forme du ventre : Le ventre, auparavant rond, s'affaisse vers le bas et prend une forme de poire.
- Pertes blanches: De nombreux éleveurs constatent que des pertes blanches, un liquide visqueux et transparent, peuvent également signaler une mise bas imminente.
- Perte d'appétit: Avant la mise-bas, de nombreuses chèvres montrent une tendance à ne pas manger ou à réduire fortement leur consommation de nourriture.
Préparation à la Mise Bas
La réussite de la lactation de la chèvre se joue dès la préparation à la mise-bas. Au cours de cette période, qui englobe le dernier mois de gestation, les risques métaboliques sont les plus importants. Il est crucial de préparer un espace adéquat pour la mise bas. La chèvre doit être isolée dans une case propre, désinfectée et bien paillée. Prévoyez un endroit où la chèvre pourra s'isoler du troupeau, sans pour autant être trop loin (ce qui pourrait la stresser). Paillez bien le sol pour le rendre confortable et pour absorber tous les liquides expulsés lors de la mise bas. Prévoyez de l'eau propre à disposition, éventuellement tiédie dans le cas de températures basses pour inciter la maman à boire. Mettez du bon foin à disposition. Et prévoyez une lampe chauffante dans le cas de températures froides (pour les élevages caprins, il est conseillé de maintenir un chevreau nouveau-né dans une ambiance de 18°C et de descendre à 16°C les jours suivants…).
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Il est également important d'avoir à portée de main le matériel nécessaire pour gérer la naissance, notamment :
- Des gants de fouille
- Des torchons propres
- Des antiseptiques
- De l’eau froide
Déroulement de la Mise Bas
La mise bas dure en moyenne entre 30 minutes et 1 heure. Elle se déroule en plusieurs phases :
Phase de préparation: La chèvre montre des signes d'inconfort, se lève et se couche fréquemment, et les contractions commencent. Quelques heures à quelques minutes avant la mise bas, la chèvre recherchera un coin tranquille et s'isolera du troupeau. Les contractions seront alors de plus en plus fortes.
Sortie des chevreaux: S'en suivra rapidement l'arrivée de la poche amniotique contenant un liquide jaune sombre, avec le chevreau positionné tel un plongeur avec ses pattes-avant semi-tendues sur lesquelles est posée sa tête. Le passage de la tête et des épaules sont les étapes les plus difficiles pour la chèvre, particulièrement si elle n'est pas parfaitement dilatée. Le reste du corps du chevreau sortira plus facilement et rapidement avec le reste des eaux contenues dans les poches. L'expulsion du ou des chevreaux suivants sera plus rapide que le premier. Tout cela devra se dérouler rapidement, en 5 ou 10 minutes en moyenne par chevreau. En général, la chèvre met bas 1 à 3 chevreaux, rarement plus. Voici une mise bas rapide et sans difficulté, celle de Praline et de sa fille Mélusine.
Expulsion des annexes (placenta): Le placenta restera accroché à la chèvre quelques minutes à quelques heures après l'expulsion. N'y touchez pas et laissez-le se décrocher seul (c'est la délivrance).
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La mère se lèvera rapidement pour lécher son bébé, cela permettra de le nettoyer, le sécher et le stimuler. Elle lui "parlera" avec de petits bêlements répétés auquel il répondra, ce sera alors un moment primordial pour développer le lien mère/chevreau (les 3 premiers jours sont cruciaux pour cela et il est parfois nécessaire d'isoler momentanément la petite famille du troupeau pour l'établissement de ce lien) et chacun sera alors capable de se reconnaître par l'odeur et la voix. Ces léchouilles, bêlements, petits coups de nez et de pattes sont de forts stimuli pour inciter le chevreau à se lever et à aller téter.
Complications Possibles et Interventions
Dans la majorité des cas, la chèvre met bas seule, sans intervention humaine. Cependant, il est important de surveiller le déroulement de la mise bas et d'intervenir si nécessaire. Les problèmes à la mise bas sont généralement dûs à une mauvaise position du chevreau qui bloque le déroulement de la naissance (cf. Un problème de dilatation insuffisante peut être également en cause. Il existe alors des produits (allopathique ou homéopathique) à avoir dans sa pharmacie qui peuvent aider la chèvre à se dilater. Si la mise bas dure trop longtemps (au-delà d'une heure ?), alors que la chèvre est prête, c'est-à-dire qu'elle a fait les eaux, qu'elle est correctement dilatée… alors il est probable que la mise bas se déroule mal. Naissance du premier jumeau de Floria, qui s'avère de bon gabarit pour la petite taille de Floria… de ce fait, la mise bas est difficile.
Il n'est pas toujours évident de détecter qu'une mise bas se déroule mal. Dans les cas extrêmes, une chèvre aura commencé sa mise bas en votre absence (perte des eaux et premières contractions) mais quelques heures plus tard, il n'en restera plus de traces alors que le chevreau ne sera pas arrivé à naître pour une raison quelconque. Lorsque la chèvre sent que la mise bas se déroule mal et que le chevreau n'arrive pas à naître, elle tente de bloquer les contractions. Ainsi, lorsque vous arrivez en chèvrerie quelques heures après, vous pouvez retrouver une chèvre sans trace d'écoulement et sans contraction apparente et avec une vulve qui n'est plus vraiment dilatée. Seul le comportement de la chèvre pourra nous alerter mais… sont-ce les premiers signes de la mise bas qui peuvent apparaître jusque plusieurs jours avant l'échéance ? Ou est-ce la chèvre qui a un problème de mise bas ?
Si vous devez aider le chevreau à naître, et après s'être assuré que la maman n'a pas de problèmes particuliers et que le chevreau est bien positionné (car inutile de tirer sur le chevreau si sa mauvaise position l'empêchera inexorablement de naître) : tirer en suivant le rythme des contractions. Dans le cas d'une naissance par le siège ou par les pattes arrière… Si vous ne pouvez pas résoudre le problème, appelez immédiatement votre vétérinaire qui pratiquera une césarienne. Dans tous les cas, il est très difficile de pouvoir intervenir sur des chèvres naines et toys à cause de leur petite taille, et le plus souvent, la césarienne est la seule solution possible (cf.
Dans tous les cas et au moindre doute (mise bas difficile, un peu longue, naissance par le siège…), vérifiez que les voies respiratoires (bouche et nez du chevreau) ne soient pas obstruées par des mucosités. Pour les cas graves d'asphyxie et de suspicion de pénétration de liquide amniotique dans les voies respiratoires (que le chevreau soit conscient ou non), mettez immédiatement le chevreau la tête en bas en le tenant par les postérieurs, secouez-le fermement dans un mouvement de balancier. Il existe un produit qui aide à dilater les bronches pour que le liquide ressorte mieux, il doit être appliqué dans les minutes qui suivent la naissance. Cependant, si un chevreau "a bu la tasse" et que l'on n'a pas pu immédiatement faire ressortir le liquide à la naissance… ses chances de survie sont très faibles, même si certains chevreau se portent bien l'espace de quelques jours !
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Troubles Métaboliques et Prévention
La réussite de la lactation de la chèvre se joue dès la préparation mise-bas. Au cours de cette période, qui englobe le dernier mois de gestation, les risques métaboliques (toxémie de gestation, hypocalcémie, non-délivrance, …) sont les plus importants. Parmi les troubles métaboliques rencontrés chez la chèvre gestante, la toxémie de gestation est le plus fréquent. Elle apparaît principalement dans les six semaines précédant la mise-bas et est la conséquence d’une alimentation inadaptée. Or, dans le même temps, la chèvre voit ses besoins énergétiques s’accroitre considérablement. Le risque de toxémie sera d’autant plus important en cas de portées multiples, de potentiel de production élevé et de chèvres grasses au tarissement. Les premiers signes qui doivent alerter en élevages sont un état de faiblesse, la baisse d’ingestion, des chèvres couchées et qui s’isolent. Quant à la fièvre de lait, elle est nettement moins fréquente chez la chèvre que chez la vache laitière.
Un régime alimentaire et une complémentation adaptés aux besoins de fin de gestation permettent de diminuer l’incidence des troubles métaboliques. En février, c’est le début de la période de mise-bas de printemps dans les élevages caprins. En vous préparant aux mises-bas, vous pourrez prévenir de multiples problèmes, plus particulièrement l’apparition des troubles métaboliques et notamment la toxémie de gestation.
Qu’est-ce que la toxémie ? En fin de gestation, le rumen est comprimé par l’occupation de l’utérus. En effet, en moyenne, une chevrette en fin de gestation possède une capacité d’ingestion d’environ 1.6 kg de matière sèche quand une chèvre adulte dispose d’une capacité de 2.3kg. Les besoins énergétiques de l’animal étant en parallèle importants à cette période, si l’apport par les aliments est insuffisant, la chèvre mobilise sa masse graisseuse.
Il existe plusieurs recommandations pour prévenir la toxémie sur le long terme. Tout d’abord, il est conseillé de ne pas avoir de chèvres trop grasses ou trop maigres à la mise à la reproduction. Vous êtes dans une situation à risque proche ? Il est dans ce cas recommandé de donner 50 à 60 gr par jour et par animal de propylène en granulé, de 4 semaines avant jusqu’à 3 semaines après la mise-bas. Vous pouvez aussi réaliser un drainage hépatique. Si de premiers symptômes apparaissent, réalisez rapidement une perfusion de glucose et d’anti-inflammatoires. Pour ce faire, dans la pratique, les fourrages de qualité et les concentrés distribués en lactation sont introduits progressivement avant la mise-bas.
Des aides au fonctionnement digestif, comme l’apport d’hépato protecteur ou de propylèneglycol, pourront être envisagées (après déparasitage le cas échéant) dans le cas d’une ration riche en sucre, ou s’il y a eu une transition alimentaire rapidement effectuée.
Après la Mise Bas
Permettre une mise-bas et un démarrage des chevreaux / chevrettes de renouvellement dans les meilleures conditions ! La période de mise bas est une étape clé dans la réussite de la lactation à venir, et de l'élevage des chevrettes de renouvellement.
Pour cela, retirer les chevrettes de leur mère dès la naissance pour éviter la transmission de certains agents pathogènes par léchage, tétée, contact avec la litière. Le logement : il va conditionner l'hygiène de vie des chevrettes. Essayer de maintenir une température de 18°C la première semaine puis entre 10 et 16°C par la suite, attention à la surchauffe qui favorise le développement des agents pathogènes. En cas de température trop basse veillez à éviter les étouffements par entassement des chevrettes en aménageant les coins des cases et en prévoyant des abris de faible profondeur. Prévoyez un écoulement des jus, des caillebotis sous les blocs-tétines pour limiter les zones humides et permettre de mieux gérer la hauteur sous tétines. L'alimentation : l'utilisation d'une louve permet l'accès en permanence à un aliment d'allaitement à température constante. Il faut cependant respecter rigoureusement le plan de contrôle et d'entretien (nettoyage du local tous les jours, contrôle de la concentration et de la température 1 fois par semaine, contrôle et changement des tétines usées quotidiennement…).
Cycle de Reproduction
La puberté chez la chèvre intervient généralement entre 4 et 8 mois. Cela dit, il est déconseillé de la faire reproduire avant l’âge de 10 à 12 mois, une fois qu’elle a atteint sa maturité physiologique et un poids suffisant. Une gestation trop précoce peut nuire à la santé de l’animal et à celle de ses petits. La chèvre est une espèce à reproduction saisonnière (d’où l’absence de fromage en hiver) : les chaleurs apparaissent naturellement à l’automne, de septembre à février.
Comprendre le cycle de reproduction des chèvres, c’est aussi mieux comprendre leur rythme de vie, leur santé, et la qualité de leur production laitière pour faire de bons fromages. Chez Pampilles & Compagnie, nous respectons ce cycle naturel sans chercher à forcer la cadence.
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