L'accouchement, un événement à la fois physiologique et profondément humain, est un passage marquant dans la vie d'une femme et d'un couple. Au-delà de l'acte médical, il représente une expérience transformatrice, riche en émotions et en spiritualité. Cet article explore les différentes facettes de l'accouchement, en mettant en lumière les enjeux liés à sa médicalisation, les violences obstétricales et l'importance du vécu des femmes.
L'Accouchement : Un Acte Clinique et Culturel
En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, l'accouchement est devenu un acte clinique pratiqué à plus de 99 % dans des structures hospitalières publiques ou privées. Cette médicalisation de la naissance est une évolution relativement récente, amorcée en Europe dès le siècle des Lumières et qui s'est accélérée au XXe siècle.
Historiquement, l'obstétrique française s'est structurée à partir d'une conception de l'accouchement comme situation à risque vital pour la mère et l'enfant. Cette perception a justifié une prise en charge systématique en milieu médicalisé, par différents professionnels (sages-femmes, obstétriciens, pédiatres et anesthésistes) qui gèrent chaque mise au monde en fonction d'un risque vital potentiel.
Cependant, l'accouchement ne se limite pas à un acte médical. Il est aussi un événement culturel, entouré de croyances, de pratiques rituelles et de significations spirituelles. Le passage du monde utérin à celui que nous connaissons est mystérieux, voire inquiétant. Ainsi, à travers l’histoire et les cultures, croyances et pratiques rituelles permettent d’y donner sens et de l’accompagner.
La Spiritualité de l'Accouchement : Une Dimension Souvent Ignorée
La spiritualité lors de l’accouchement peut revêtir plusieurs formes. L’analyse secondaire des nombreuses études menées par Lynn Clark Callister auprès de femmes à travers le monde (Australie, Europe, Moyen-Orient, Amérique du Sud, Amérique centrale et du Nord, sud et ouest de l’Afrique, Asie de l’Ouest, du Nord et de l’Est, Sud-Ouest Pacifique) identifie cinq catégories : a) l’accouchement comme un temps de se rapprocher de Dieu ; b) l’utilisation des croyances et rituels religieux comme mécanisme d’adaptation (coping) puissant ; c) la naissance comme un temps pour rendre la religiosité plus signifiante ; d) l’influence d’une Puissance Supérieure sur les résultats d’accouchement ; et e) la naissance comme une expérience spirituelle transformatrice.
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Quelques études indiquent l’importance du contexte d’accouchement. Alors qu’un environnement et un accompagnement soutenant améliorent l’expérience des femmes, inversement, le manque d’empathie, de compassion et de soin spirituel est lié avec des expériences d’accouchement traumatiques. Les protocoles et procédures institutionnalisés peuvent restreindre la capacité des soignants à pratiquer avec empathie et conscience spirituelle : inversement, le fait de considérer les croyances religieuses et spirituelles de la parturiente est un facteur facilitant une approche de soins humaniste en contexte d’accouchement hospitalier.
Dans ce contexte qu’émergent les recherches interdisciplinaires SPIN (Spiritualité et Naissance) à l’Université de Sherbrooke en 2009. Le défi premier est de situer ce que l’on entend par « spiritualité » dans une perspective interdisciplinaire alors que la compréhension qu’on s’en fait se transforme dans le temps de sa généalogie ancrée dans le christianisme à sa popularité actuelle. En soins, où une approche pragmatique est nécessaire, plusieurs modèles de besoins spirituels émergents. Celui de Kœnig et Büssing (2010) décrit la spiritualité comme un construit multidimensionnel : si certain.es patient.es peuvent interpréter leurs besoins spirituels comme religieux, d’autres personnes non-religieuses envisagent ces mêmes besoins comme existentiels et humanistes. La spiritualité telle qu’elle se présente dans le contexte contemporain est donc à « traquer » autrement, notamment par l’expérience spirituelle vécue, laïque et plurielle, afin de rejoindre des expériences trop souvent ignorées par l’histoire religieuse, notamment celle de l’accouchement.
Rationalisation et Techniques d'Aide à l'Accouchement
Initialement mis au point pour provoquer une naissance par les voies naturelles lorsque survient, en fin de grossesse, un risque pour l’enfant, le déclenchement est actuellement utilisé pour « convenance personnelle » dans la plupart des maternités. En effet, en dehors d’indications médicales précises, un accouchement peut être programmé et déclenché si certaines conditions sont réunies. D’après les chiffres donnés dans les revues spécialisées, les déclenchements artificiels du travail, pour les grossesses à terme, sont estimés à environ 20 % ; c’est-à-dire qu’un accouchement « normal » sur cinq serait déclenché artificiellement.
Programmer et déclencher les accouchements dès le matin devient un mode de répartition de la charge de travail que l’on oblige, autant que faire se peut, à se produire sur la journée. Le déclenchement programmé est alors une façon de « réduire les contraintes de l’urgence », c’est-à-dire un moyen de planifier une activité qui par nature est imprévisible.
Quant au « travail dirigé », au « coup de pouce », pour reprendre l’expression la plus couramment employée, que l’on soit en niveau I, II ou III, il semble que ce soit une pratique des plus courantes. Utilisé initialement pour accélérer le travail en cas de souffrance fœtale, le travail dirigé s’est largement développé, au point de devenir la norme, c’est-à-dire que pratiquement toutes les femmes qui viennent accoucher sont mises sous Syntocinon® : « J’aurais du mal à me rappeler le dernier accouchement que j’ai pu faire sans donner un coup de pouce… non, je ne me souviens pas… c’est terrible ! (rires) »
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Violences Obstétricales : Quand l'Accouchement Devient Traumatisant
Malgré les progrès accomplis ces dernières années par les professionnels de santé pour développer des pratiques plus respectueuses de la diversité des attentes des femmes, l’émergence dans le débat public des violences obstétricales vient rappeler qu’il reste encore du chemin à parcourir. La maltraitance en obstétrique peut s’exercer durant un parcours d’assistance médicale à la procréation, la grossesse (y compris IVG), l’accouchement et le post-partum, dans des consultations en cabinet libéral ou en établissement de santé.
Le concept de “violences obstétricales” fait polémique. L’absence de vision partagée a contribué à brouiller le débat, très médiatisé depuis l’été 2017. Pour certains, à partir du moment où une femme se sent victime de violence, cette violence est avérée et doit être reconnue. Pour d’autres, ce sont les actes médicaux eux-mêmes qui seraient porteurs de violence, parce qu’ils iraient à l’encontre de la physiologie féminine.
Les conséquences des violences obstétricales sont encore mal documentées. Il est cependant clair que, dans les cas les plus graves, les violences obstétricales sont l’une des causes du syndrome de stress post-traumatique après un accouchement. Ce stress post-traumatique peut avoir des conséquences dramatiques : renoncement aux soins, vie sexuelle en berne, peur ou refus de grossesses ultérieures, remise en cause de l’idéal familial, sentiment de culpabilité, perte d’estime et de confiance en soi, etc.
Le Vécu de l'Accouchement : Un Facteur Essentiel
Un tiers des femmes décrivent leur accouchement comme une expérience traumatisante. Parmi ces femmes, certaines développent un véritable stress post-traumatique lié à l’accouchement, avec des conséquences très importantes sur leur santé mentale, mais aussi sur leur relation avec leur bébé et leur conjoint.
Il est très fréquent de ressasser les émotions négatives autour de son accouchement. Souvent, c’est parce qu’on se retrouve à tout subir, à ne pas être la « cheffe » de son accouchement. Le manque d’informations en amont, ou l’absence d’explications pendant l’accouchement font que les femmes ne se sentent pas actrices de ce qui est en train de se passer.
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Le moment de l’accouchement est tellement intense que par instant on peut « déconnecter », le spectre de prise en charge de l’information est réduit. Parfois, les femmes ont besoin qu’on leur réexplique ce qui s’est passé et pourquoi ça s’est passé. Et juste ça peut aider à sortir des ruminations.
Améliorer le Vécu de l'Accouchement : Pistes et Solutions
Plusieurs pistes peuvent être explorées pour améliorer le vécu de l'accouchement chez les femmes :
- Informer et accompagner : Le manque d'informations et d'accompagnement peut engendrer un sentiment de perte de contrôle et d'impuissance. Il est essentiel de fournir aux femmes des informations claires et complètes sur le déroulement de l'accouchement, les différentes options disponibles et leurs droits.
- Respecter les choix : Chaque femme a le droit de faire des choix éclairés concernant son accouchement. Les professionnels de santé doivent respecter ces choix et s'efforcer de les mettre en œuvre dans la mesure du possible.
- Lutter contre les violences obstétricales : Il est impératif de sensibiliser les professionnels de santé aux violences obstétricales et de promouvoir des pratiques respectueuses de la dignité et de l'autonomie des femmes.
- Proposer un suivi postnatal adapté : Après l'accouchement, il est important de s'intéresser systématiquement au vécu des femmes et de prévoir des temps d'échange avec une sage-femme ou un psychologue pour aborder le sujet.
- Encourager la parole : Il est essentiel de créer un espace sûr et bienveillant où les femmes peuvent exprimer leurs émotions et partager leurs expériences, sans crainte d'être jugées ou minimisées.
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