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Accompagner une Maman Après un Avortement : Un Chemin d'Apaisement et de Reconstruction

Bien qu’une fausse couche ou un avortement soit aujourd’hui considéré en France comme un « événement médical courant », dans les deux cas, cet événement reste trop souvent entouré de silence et vécu très douloureusement par la femme dont la grossesse s’est arrêtée. Les conséquences psychologiques sont encore peu abordées et trop souvent sous-estimées. Or, il faut du temps pour s’en remettre, dans son corps comme dans sa tête, et chaque femme a son rythme personnel. L’entourage ne comprend pas toujours ce que traverse la personne et pense l’aider en l’encourageant à tourner la page le plus vite possible (ce qui est bien éloigné de ce qu’elle ressent). Cet article vise à offrir des perspectives et des conseils pour accompagner une femme après un avortement, qu'il s'agisse d'une interruption volontaire de grossesse (IVG) ou d'une interruption spontanée de grossesse (fausse couche). Il explore les émotions complexes vécues, les besoins spécifiques et les ressources disponibles pour favoriser un chemin d'apaisement et de reconstruction.

Comprendre les Émotions Complexes Post-Avortement

Dans le cas d’un avortement, la femme qui a fait ce choix peut vivre des émotions multiples et se trouver tiraillée entre des sentiments contradictoires. Par exemple, elle peut d’abord éprouver du soulagement et se sentir « libérée d’un problème » puis ressentir un malaise difficile à exprimer. Le « petit vélo dans la tête » peut venir harceler par des questions telles que : “est-ce que c’était le bon choix ? J’aurais peut-être pu faire autrement ? Pourquoi me suis-je laissée influencer ? Pourquoi ai-je pris une décision si vite ?”, etc. Il n’est pas anormal de se sentir mal après une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), même des années plus tard. Heureusement, tout peut finir par s’apaiser si l’on accepte de regarder les faits avec objectivité.

L'avortement, qu'il soit volontaire ou spontané, est une expérience profondément personnelle et émotionnellement chargée. Une femme peut ressentir une multitude d'émotions, souvent contradictoires, telles que :

  • Soulagement : Surtout dans le cas d'une IVG, la femme peut ressentir un soulagement immédiat face à une situation non désirée.
  • Tristesse et Deuil : La perte d'une grossesse, même précoce, peut engendrer un sentiment de deuil, de tristesse et de vide.
  • Culpabilité : La culpabilité est un sentiment fréquent, en particulier après une IVG, où la femme peut remettre en question son choix et se sentir responsable. Toutes les femmes ayant subi un avortement, même celles qui sont totalement incroyantes, assistent à une culpabilité inconsciente, par-delà toutes les justifications rationnelles ou idéologiques affichées. Un jour j’ai entendu une personne que j’accompagnais me dire : « Dans ma religion, l’avortement est interdit.
  • Colère : La colère peut être dirigée vers soi-même, vers le partenaire, ou vers les circonstances qui ont mené à cette décision.
  • Anxiété : L'anxiété peut être liée à la peur de l'infertilité future, aux conséquences sur la relation de couple, ou au jugement social.
  • Confusion : La femme peut se sentir perdue, ne sachant pas comment gérer ses émotions et comment avancer.

Il est essentiel de reconnaître que ces émotions sont valides et légitimes. Chaque femme vit cette expérience de manière unique, et il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" façon de se sentir.

Le Silence et le Tabou : Des Obstacles à la Guérison

Bien qu’une fausse couche ou un avortement soit aujourd’hui considéré en France comme un « événement médical courant », dans les deux cas, cet événement reste trop souvent entouré de silence. Simone Veil disait : « Personne ne recourait à l’avortement de gaieté de cœur » ; même s’il peut être pratiqué librement en France, c’est dans la société que les tabous persistent.

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L'un des principaux obstacles à la guérison après un avortement est le silence et le tabou qui entourent cette expérience. Les femmes peuvent se sentir isolées, honteuses et incapables de parler ouvertement de leurs émotions. Cette absence de dialogue peut exacerber la souffrance et retarder le processus de deuil.

Dans le cas d'un avortement, la femme qui a fait ce choix peut vivre des émotions multiples et se trouver tiraillée entre des sentiments contradictoires. Par exemple, elle peut d’abord éprouver du soulagement et se sentir « libérée d’un problème » puis ressentir un malaise difficile à exprimer. Le « petit vélo dans la tête » peut venir harceler par des questions telles que : “est-ce que c’était le bon choix ? J’aurais peut-être pu faire autrement ? Pourquoi me suis-je laissée influencer ? Pourquoi ai-je pris une décision si vite ?”, etc.

Il est crucial de briser ce silence et de créer un espace sûr où les femmes peuvent partager leurs expériences sans crainte de jugement. Cela peut passer par :

  • L'écoute active : Offrir une oreille attentive et empathique, sans interrompre ni donner de conseils non sollicités.
  • La validation des émotions : Reconnaître et accepter les émotions de la femme, même si elles sont difficiles à comprendre.
  • L'évitement des jugements : S'abstenir de tout commentaire moralisateur ou culpabilisant.
  • Le soutien discret : Proposer une présence réconfortante et un soutien pratique, sans forcer la femme à parler si elle n'est pas prête.

L'Importance de la Reconnaissance et du Deuil

Que vos croyances rejoignent les miennes ou pas, à partir du moment où la grossesse est investie, la fausse-couche est un événement qui doit être reconnu. Il y a l’idée d’un embryon, d’un fœtus et par prolongement/futurisation, d’un bébé qui a été porté. Il est donc primordial qu’il soit pleinement reconnu (que la mère soit enceinte de quelques semaines ou de plusieurs mois).

Pour surmonter la souffrance liée à un avortement, il est essentiel de reconnaître la perte et d'autoriser le processus de deuil. Cela implique de :

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  • Reconnaître la réalité de la perte : Accepter que la grossesse était réelle et que la perte est significative, quelle que soit la durée de la grossesse.
  • Exprimer ses émotions : Permettre à la femme d'exprimer sa tristesse, sa colère, sa culpabilité, ou toute autre émotion qu'elle ressent, sans la juger.
  • Créer un rituel de deuil : Organiser une cérémonie symbolique pour dire adieu à l'enfant perdu, comme planter un arbre, écrire une lettre, ou allumer une bougie. Mais vous pouvez également créer un rituel en vous laissant guider par votre âme. Pour avoir traversé quatre fausses couches avant de mettre au monde mon bébé, à chaque fois, j’ai pris le temps d’accueillir ma tristesse, ma colère, mon incompréhension, mon mal-être, ma blessure d’injustice comme d’abandon… avant de personnaliser mon rituel de deuil. Personnellement, j’ai écrit une lettre à chacune des âmes qui m’avait appelé et que j’avais accueilli, puis je suis allée choisir à chaque fois une fleur ou un arbre selon le cas, que je suis allée planter, en choisissant minutieusement un endroit dans la forêt (notre terre-mère).
  • Se souvenir de l'enfant : Garder un souvenir de l'enfant perdu, par exemple en conservant une photo de l'échographie, en lui donnant un nom, ou en parlant de lui avec ses proches.
  • S'accorder du temps : Le deuil prend du temps, et il est important de ne pas se précipiter. Laisser la femme prendre le temps dont elle a besoin pour guérir.

Le Rôle de l'Entourage : Un Soutien Essentiel

Pour aider une proche, amie, compagne, fille… après une fausse couche, c’est important de lui montrer qu’on ne minimise pas sa douleur, que sa peine est réelle et qu’elle est en droit de ressentir de la tristesse, de pleurer, de se sentir en deuil. La fausse couche est bien la perte d’un être cher. Une femme qui vient de vivre une fausse couche a particulièrement besoin de marques d’affection et d’être écoutée sans recevoir de conseils.

L'entourage joue un rôle crucial dans le processus de guérison après un avortement. Un soutien empathique, compréhensif et non jugeant peut faire une grande différence dans la vie d'une femme qui traverse cette épreuve. Voici quelques conseils pour offrir un soutien efficace :

  • Écouter sans juger : Offrir une oreille attentive et empathique, sans interrompre ni donner de conseils non sollicités.
  • Valider les émotions : Reconnaître et accepter les émotions de la femme, même si elles sont difficiles à comprendre.
  • Éviter les banalités : S'abstenir de phrases toutes faites ou de conseils simplistes qui peuvent minimiser la douleur de la femme. Ces mots dits avec les meilleures intentions du monde, n’aident pas la femme qui a fait une fausse couche… Ils laissent entendre que sa perte n’est pas réelle, qu’elle n’a pas perdu un vrai bébé, que ça n’a pas vraiment d’importance, que ce n’est pas grave…Alors que pour elle il se passe quelque chose de tellement important !
  • Proposer une aide concrète : Offrir une aide pratique pour les tâches quotidiennes, comme faire les courses, préparer les repas, ou garder les enfants.
  • Respecter le rythme de la femme : Ne pas forcer la femme à parler ou à faire des choses qu'elle n'est pas prête à faire. Laisser-lui le temps dont elle a besoin pour guérir.
  • Encourager la recherche d'aide professionnelle : Si la femme a du mal à gérer ses émotions, l'encourager à consulter un professionnel de la santé mentale.

Ressources et Accompagnement Professionnel

Du côté de l’interruption spontanée de grossesse (fausse-couche), il n’existe pas en France de protocole pour l’accompagnement psychologique post fausse-couche. La prise en charge est très variable d’une structure à l’autre et il est rare qu’on propose aux femmes un soutien psychologique. Il arrive même qu’elles soient laissées à l’abandon face à leur souffrance physique et psychique.

Il existe de nombreuses ressources et professionnels de la santé mentale spécialisés dans l'accompagnement des femmes après un avortement. Ces ressources peuvent offrir :

  • Un soutien psychologique individuel : Un thérapeute peut aider la femme à explorer ses émotions, à surmonter sa culpabilité, et à développer des stratégies d'adaptation.
  • Des groupes de parole : Partager son expérience avec d'autres femmes qui ont vécu la même chose peut briser l'isolement et apporter un sentiment de communauté.
  • Un accompagnement spirituel : Pour les femmes qui le souhaitent, un accompagnement spirituel peut les aider à trouver un sens à leur expérience et à se reconnecter avec leurs valeurs. Laurent Spriet est prêtre. Il accompagne des jeunes femmes après l'interruption de leur grossesse. Elles viennent librement se confier à lui, il leur propose alors le chemin qui est le sien : la miséricorde de Dieu.
  • Des associations de soutien : De nombreuses associations offrent un soutien émotionnel, des informations, et des ressources aux femmes après un avortement.

Voici quelques associations qui aident les personnes vivant ce deuil :

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  • Le Groupe de libération de la parole post-IVG à Lyon : un mercredi par mois de 18h30 à 20h30 au sanctuaire de Fourvière, dans un local proche de la basilique. Une équipe de bénévoles est présente : écoutante, médecin, psychologue et prêtre catholique.
  • L’association Mère de Miséricorde propose une écoute téléphonique anonyme et sans jugement aux personnes ayant été confrontées à l’IVG ou l’IMG. Cela peut être le lieu pour déposer son fardeau. Cette association pro-vie est catholique, mais l’écoute proposée est aconfessionnelle. Mère de Miséricorde propose aussi des sessions spirituelles catholiques pour les personnes, femmes et hommes, confrontées, parfois depuis longtemps, au deuil d’un enfant non né. « Portées par une communauté de prière, elles comportent des temps d’enseignements et de méditation, des ateliers créatifs, des veillées, un accompagnement individuel et personnalisé.
  • L’association SOS bébé est un site d’information et de soutien aux femmes qui se posent la question de l’IVG, aux personnes confrontées au regret de l’avortement ou à la douleur d’une fausse-couche.
  • L’association Agapa accompagne les femmes confrontées au deuil périnatal, y compris celles qui regrettent un avortement. Elle propose un accompagnement personnel des femmes ou des hommes ayant été confrontés à l’IVG ou à l’IMG, à travers des rencontres (en différents lieux de France) ou à distance (téléphone ou visio). Agapa propose aussi des groupes de parole qui réunissent des parents confrontés au deuil périnatal et à l’IMG (interruption médicale de grossesse).

Le Rôle du Père : Une Expérience Différente

Le vécu entre le papa et la maman sera différent. Par exemple dans le cas d’une IMG, la mère ira au bloc opératoire seule pour faire le foeticide. Certaines femmes demeurent partagées car une partie d’elles veulent garder leur bébé, mais elles doivent faire face à la réalité. Ainsi le corps peut vouloir retenir le bébé sans vie dans le ventre afin de retarder l’acceptation que l’enfant est réellement décédé. Les papas sont plutôt dans une attente. Il faudra souvent travailler sur la culpabilité de ne pas avoir été présent pendant le foeticide et le sentiment d’impuissance de ne pouvoir aider. N’ayant pas porté l’enfant, certains papas pourront même avoir une certaine difficulté à comprendre l’ampleur de la peine de leur conjointe.

Il est important de ne pas oublier le rôle du père dans cette expérience. Bien qu'il ne porte pas l'enfant, il est également touché par la perte et peut ressentir des émotions similaires à celles de la mère, telles que la tristesse, la culpabilité, ou l'anxiété. Il faudra souvent travailler sur la culpabilité de ne pas avoir été présent pendant le foeticide et le sentiment d’impuissance de ne pouvoir aider. N’ayant pas porté l’enfant, certains papas pourront même avoir une certaine difficulté à comprendre l’ampleur de la peine de leur conjointe.

Il est important de :

  • Reconnaître sa douleur : Valider ses émotions et lui permettre d'exprimer sa tristesse.
  • Lui offrir un espace d'écoute : L'encourager à parler de ses sentiments et à partager ses inquiétudes.
  • L'impliquer dans le processus de deuil : L'inviter à participer aux rituels de deuil et à se souvenir de l'enfant perdu.
  • Rechercher de l'aide ensemble : Si le couple a du mal à gérer ses émotions, l'encourager à consulter un thérapeute de couple.

Préparer l'Avenir : Espoir et Reconstruction

Finalement, dans les jours, semaines ou mois qui vont suivre, il y aura un travail sur le deuil, bien sûr, mais il y aura aussi une préparation pour plus tard, pour préparer une éventuelle grossesse si tel est le désir. La préparation pourra alors débuter avec, par exemple, la visualisation de la reconstruction de l’utérus qui suit. Vous pourriez aussi faire une métaphore avec l’oiseau qui prépare son nid.

Après un avortement, il est possible de se reconstruire et de retrouver l'espoir. Cela peut impliquer :

  • Se pardonner : Accepter son choix et se pardonner pour les erreurs du passé. Se pardonner, même si cette démarche est complexe et longue : on est souvent plus intransigeant envers soi-même qu’avec les autres.
  • Apprendre de l'expérience : Tirer des leçons de cette expérience et l'utiliser pour grandir et devenir plus forte.
  • Se fixer de nouveaux objectifs : Se concentrer sur l'avenir et se fixer de nouveaux objectifs personnels et professionnels.
  • Prendre soin de soi : Accorder une attention particulière à sa santé physique et mentale, en faisant de l'exercice, en mangeant sainement, et en pratiquant des activités relaxantes.
  • Envisager une nouvelle grossesse : Si tel est son désir, se préparer physiquement et émotionnellement à une nouvelle grossesse.

Parler aux Enfants du Deuil Périnatal

Dans la tourmente du deuil périnatal, de nombreux parents cherchent naturellement à protéger leurs autres enfants. Ils souhaitent les épargner, éviter d’ajouter de la peine à leur peine. Pourtant, même tout-petits, les enfants perçoivent intensément ce qui se passe: un changement de ton, une absence prolongée, un regard fuyant ou une ambiance différente à la maison. Comme le racontait une maman : « Elle ne parlait pas encore, mais elle avait saisi que quelque chose de grave s’était passé. Face à ce flou, les enfants tentent de comprendre par eux-mêmes, et peuvent se faire des idées très justes… ou, au contraire, très angoissantes et culpabilisantes. C’est pourquoi il est essentiel, autant que possible, de poser des mots simples sur ce qu’ils vivent. Parler à son enfant, c’est aussi lui montrer qu’il peut faire confiance à ce qu’il ressent.

Il est essentiel d'aborder le sujet du deuil périnatal avec les enfants de manière adaptée à leur âge et à leur niveau de compréhension :

  • Utiliser des mots simples et honnêtes : Expliquer la situation de manière claire et concise, en évitant les euphémismes ou les mensonges.
  • Valider leurs émotions : Reconnaître et accepter leurs émotions, qu'il s'agisse de tristesse, de colère, ou de confusion.
  • Répondre à leurs questions : Être prêt à répondre à leurs questions de manière honnête et ouverte, même si elles sont difficiles.
  • Les rassurer : Leur assurer qu'ils ne sont pas responsables de la mort du bébé et qu'ils sont aimés et soutenus. « Tu n’es pas responsable de la mort du bébé. » L’enfant peut croire que c’est à cause de lui - d’un mot, d’un geste, d’une pensée ou même de la jalousie - que le bébé est mort. « Ce n’est pas contagieux. » Il peut avoir peur que d’autres membres de la famille meurent, ou que cela lui arrive aussi. « On va s’occuper de toi. Voilà ce qui va se passer. » Quand tout bouge autour de lui, l’enfant a besoin de repères.
  • Les impliquer dans le processus de deuil : Les inviter à participer aux rituels de deuil et à se souvenir de l'enfant perdu. « Le bébé qui est mort restera toujours important pour toi. Et moi aussi, je continuerai de te parler de lui / d’elle. Il ne s’agit pas de tout dire, ni de forcer un moment si l’on ne s’en sent pas capable. Il est tout à fait possible d’y revenir plus tard, quand vous vous sentez plus prête. « Ce n’est pas la parole qui fait de la peine, c’est l’événement. Et si l’on ne peut pas changer ce qui s’est passé, on peut choisir ce qu’on en fait : parler, transmettre, inclure.

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