Bien que l'accident vasculaire cérébral (AVC) soit souvent perçu comme une maladie touchant principalement les personnes âgées, il peut également survenir chez les nouveau-nés et les femmes enceintes ou en post-partum. Cet article vise à explorer les causes, les conséquences et la prise en charge de l'AVC pendant l'accouchement, en s'appuyant sur les données disponibles et les études récentes.
Introduction à l'AVC Périnatale
L'AVC périnatal, qui survient pendant la grossesse et jusqu'à 28 jours après la naissance, est un événement rare mais grave qui touche environ 300 à 500 enfants chaque année en France. Contrairement à une idée reçue, les AVC ne concernent pas uniquement les adultes. Chez les nouveau-nés, l'AVC peut être une cause importante de paralysie cérébrale (PC), un handicap moteur fréquent chez l'enfant.
Causes et Facteurs de Risque de l'AVC Pendant la Grossesse et l'Accouchement
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la survenue d'un AVC pendant la grossesse et l'accouchement. Il est important de noter que les causes et les effets d'un AVC peuvent varier en fonction de l'âge de l'enfant.
Facteurs Maternels
- Hypertension artérielle : La grossesse peut entraîner une hypertension artérielle chez environ 15 % des femmes enceintes, ce qui augmente le risque d'AVC.
- Hypercoagulabilité sanguine : La femme enceinte présente une hypercoagulabilité sanguine, ce qui signifie que son sang a une plus grande tendance à coaguler, augmentant ainsi le risque de formation de caillots sanguins.
- Modifications hémodynamiques : La grossesse est associée à une augmentation du débit cardiaque et du volume sanguin total, ainsi qu'à des modifications de la structure des parois des artères, ce qui peut accroître le risque d'AVC.
- Pathologie vasculo-placentaire : Les théories actuelles mettent en avant le rôle du placenta, avec des facteurs de risque liés à une pathologie vasculo-placentaire pouvant induire un dysfonctionnement de la circulation materno-fœtale, l'occlusion de capillaires et la constitution d'infarctus placentaires.
- Autres facteurs de risque cardiovasculaires : La prévalence accrue de certains facteurs de risque cardiovasculaires, tels que l'excès de cholestérol, le diabète, l'obésité, le tabagisme et la sédentarité, peut également augmenter le risque d'AVC chez la femme enceinte.
Facteurs liés à l'Accouchement
- Traumatisme obstétrical : Chez les nouveau-nés de gros poids (>3,375 kg), une souffrance néonatale est plus souvent mise en évidence, et le mécanisme des lésions pourrait être lié à une lésion des artères cervicales ou cérébrales en rapport avec un traumatisme obstétrical.
- Manque d'oxygène : La cause principale de paralysie cérébrale pendant l'accouchement réside souvent dans le manque d'oxygène apporté au cerveau du bébé.
- Accouchement difficile : Un accouchement difficile peut également augmenter le risque d'AVC chez le nouveau-né.
- Naissance prématurée et petit poids de naissance : La naissance prématurée du bébé ainsi que le petit poids de naissance sont des facteurs de risque supplémentaires.
- Cordon enroulé autour du cou : Un cordon enroulé autour du cou du bébé pendant la naissance peut également contribuer à un AVC.
Facteurs liés au Nouveau-né
- Infections graves : Une infection grave, comme une méningite, une encéphalite ou encore une septicémie, peut provoquer des lésions cérébrales et entraîner une paralysie cérébrale.
Types d'AVC chez le Nouveau-né
Il existe différents types d'AVC chez le nouveau-né, notamment :
- Infarctus cérébral artériel périnatal : C'est la forme la plus fréquente d'AVC chez l'enfant, avec une prévalence de 1/4000 naissances. Il se caractérise par un mécanisme et une présentation clinique spécifiques au nouveau-né.
- Infarctus cérébral présumé périnatal : Il est diagnostiqué chez les enfants de plus de 28 jours chez lesquels il est supposé que l'AVC est survenu entre la 20ème semaine de vie fœtale et le 28ème jour post-natal.
- Thromboses veineuses cérébrales et AVC hémorragiques : Ces types d'AVC partagent de nombreuses caractéristiques avec les accidents survenant chez les enfants plus âgés.
Diagnostic de l'AVC chez le Nouveau-né
Le diagnostic de l'AVC chez le nouveau-né peut être difficile, car les signes cliniques peuvent être subtils et non spécifiques. Cependant, certains signes d'alerte peuvent inclure :
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- Convulsions : Après la naissance, un infarctus cérébral peut parfois se révéler par des convulsions d'un seul côté du corps.
- Troubles du développement : Dans la majorité des cas, c'est quand l'enfant a entre 3 et 4 mois que les parents et les professionnels de santé se rendent compte de la survenue de troubles du développement.
- Latéralisation précoce : Une présentation motrice inhabituelle, telle qu'une latéralisation précoce, un manque de souplesse du membre supérieur et la persistance d'un poing fermé, peut être observée par les parents lors des jeux ou de l'habillage.
- Spasticité et asymétrie motrice : Entre le 4ème et le 9ème mois, une spasticité et une asymétrie motrice de plus en plus patente, prédominant au membre supérieur, peuvent apparaître.
- Crises d'épilepsie : Plus rarement, le signe d'appel peut être une crise d'épilepsie.
Les examens complémentaires suivants peuvent être utilisés pour confirmer le diagnostic :
- Électroencéphalogramme (EEG) : Il peut confirmer les crises, voire un état de mal, toujours du même côté, sur un rythme de fond conservé.
- Échographie transfontanellaire : Elle peut montrer une hyperéchogénicité triangulaire à base corticale, typiquement bien limitée, et parfois des anomalies de la vascularisation en doppler.
- Imagerie par résonance magnétique (IRM) : C'est la méthode la plus sensible pour détecter l'ischémie cérébrale, avec un hypersignal et un hypo ADC de systématisation artérielle.
Conséquences de l'AVC Périnatale
Les conséquences d'un AVC périnatal peuvent être variables et dépendent de la localisation et de l'étendue de la lésion cérébrale. Les séquelles les plus fréquentes sont :
- Paralysie cérébrale : C'est la complication la plus courante, se manifestant par des troubles du mouvement et de la posture. Une étude a révélé que 68 % des enfants ayant subi un AVC périnatal étaient également concernés par la paralysie cérébrale.
- Hémiplégie cérébrale infantile : Quasiment tous les enfants avec infarctus cérébral présumé périnatal auront ce type de séquelles, puisque la déficience motrice est le signe révélateur habituel de cette forme d'accident. Chez les enfants avec infarctus néonatal, le risque est de l'ordre de 30 %.
- Séquelles cognitives : À distance, les séquelles cognitives sont les plus à craindre.
- Épilepsie : L'épilepsie est plus rare.
- Troubles sensoriels : Un enfant atteint de paralysie cérébrale peut perdre l'usage de ses sens, comme la vue ou l'ouïe. D'autres facteurs sensoriels peuvent également être mal perçus, comme les sons environnants ou encore la lumière.
- Déficience intellectuelle et difficultés d'apprentissage : Dans certains cas, un retard intellectuel peut être détecté. Avec ou sans retard, des difficultés d'apprentissage peuvent apparaître, notamment sous la forme de difficulté à se concentrer ou de problèmes de mémoire.
- Troubles de la parole : Des troubles de la parole peuvent également survenir.
Prise en Charge de l'AVC Périnatale
La prise en charge de l'AVC périnatale doit être rapide et multidisciplinaire afin de limiter les séquelles et d'améliorer la qualité de vie de l'enfant. Elle comprend :
- Phase aiguë : Le maintien de l'homéostasie néonatale (hydratation correcte, conservation d'une glycémie et d'une température normales, prévention de l'anémie/polyglobulie…) et le traitement des convulsions sont recommandés à la phase aiguë des infarctus néonatals.
- Rééducation : Une rééducation précoce et pluridisciplinaire (kinésithérapie et orthophonie, notamment) est essentielle pour aider l'enfant à acquérir des fonctions motrices et cognitives. Le cerveau du nouveau-né a des capacités d'adaptation souvent plus importantes que celui de l'adulte, avec la création de nouvelles connexions nerveuses.
- Médecine physique et de réadaptation : La médecine physique et de réadaptation a pour mission de reconnaître les difficultés des patients et de mettre en œuvre les moyens d’optimiser leurs performances fonctionnelles, de promouvoir la réadaptation, de favoriser la réinsertion dans l’environnement et d’une manière générale la qualité de la vie.
- Soutien aux familles : L'accompagnement des familles est également crucial, car elles doivent faire face aux défis liés au handicap de leur enfant. Des associations comme Envoludia offrent un accompagnement spécialisé aux personnes touchées par la paralysie cérébrale et à leurs familles.
Prévention de l'AVC Pendant la Grossesse
La prévention de l'AVC pendant la grossesse repose principalement sur le dépistage et le traitement des facteurs de risque vasculaires, tels que l'hypertension artérielle, l'excès de cholestérol, le diabète, l'obésité, le tabagisme et la sédentarité. Il est également important d'assurer un suivi médical régulier pendant la grossesse et de signaler tout signe d'alerte à un professionnel de santé.
Recherche et Perspectives d'Avenir
La recherche sur l'AVC périnatale est en constante évolution, avec pour objectif d'améliorer le diagnostic, le traitement et la prise en charge des enfants touchés. Des projets de recherche, tels que le projet "Ensemble" porté par la Fondation Paralysie Cérébrale, visent à mettre en commun l'expertise de différents centres européens pour développer des traitements individualisés plus efficaces. De plus, des études récentes ont montré l'efficacité de thérapies telles que la thérapie HABIT-ILE pour améliorer la motricité des enfants atteints de paralysie cérébrale.
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