Abnousse Shalmani est une figure marquante du paysage intellectuel français contemporain. Journaliste, écrivaine et réalisatrice d'origine iranienne, elle s'est imposée par son regard acéré sur les faits de société, son engagement pour la laïcité et sa défense des libertés individuelles. Son parcours personnel, marqué par l'exil et la découverte d'une nouvelle culture, nourrit une œuvre riche et engagée.
De Téhéran à Paris : un exil formateur
Née à Téhéran le 1er avril 1977, Abnousse Shalmani quitte l'Iran en 1985, à l'âge de huit ans, avec sa famille, fuyant le régime islamique instauré par la révolution de 1979. Cet exil marque profondément son identité et son rapport au monde. Elle arrive à Paris et apprend le français en dévorant "Les Misérables" de Victor Hugo avec l'aide d'un dictionnaire. Cette immersion dans la langue et la culture françaises est une véritable révélation pour elle.
Dès son arrivée en France, elle perçoit le potentiel d'émancipation que ce pays offre, notamment pour les femmes. Elle se souvient avoir été frappée par la liberté des femmes attablées aux terrasses des cafés parisiens, buvant parfois de l'alcool. Elle considère la France comme un "paradis" où l'émancipation féminine est un signe de liberté, de bonheur et de civilisation.
L'expérience de l'exil forge également sa conscience politique. Elle observe les dynamiques complexes entre l'Orient et l'Occident, notamment en ce qui concerne le rapport au corps. Elle perçoit en France une affirmation du corps, contrairement à la négation qu'elle observe dans certains contextes orientaux.
Une plume engagée : journalisme et critique sociale
Abnousse Shalmani se lance dans le journalisme et devient chroniqueuse à L'Express en janvier 2021. Elle y décrypte l'actualité avec un regard critique et incisif, abordant des thèmes variés tels que la politique, la religion, l'éducation et les questions de société.
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Ses chroniques témoignent de son engagement pour la défense des valeurs républicaines et de la laïcité. Elle dénonce avec virulence les atteintes aux libertés individuelles et les dérives communautaristes. Elle s'inquiète notamment de la montée des extrémismes et des tentatives de censure qui menacent, selon elle, la démocratie libérale.
Elle n'hésite pas à prendre position sur des sujets sensibles, tels que le conflit israélo-palestinien, le port du voile, ou encore les dérives du féminisme radical. Ses prises de position suscitent parfois la controverse, mais témoignent de son indépendance d'esprit et de son refus du conformisme intellectuel.
Elle s'intéresse également aux questions liées à l'identité et à l'intégration. En tant que Française d'origine iranienne, elle se sent profondément attachée à la France, tout en gardant un regard critique sur certains aspects de la société française. Elle explore la complexité de l'identité multiple et les défis de l'intégration dans un pays marqué par son histoire coloniale.
Une œuvre littéraire à la croisée des cultures
Parallèlement à son activité journalistique, Abnousse Shalmani développe une œuvre littéraire originale et engagée. Elle publie trois romans remarqués chez Grasset : Khomeiny, Sade et moi (2014), Eloge du métèque (2020) et Les exilés meurent aussi d'amour (2018).
Ses romans explorent les thèmes de l'exil, de la mémoire, de l'identité et de la liberté. Elle y mêle autofiction, roman d'apprentissage et allégorie pour livrer une critique politique et sociale. Son écriture se caractérise par une diction frontale, dépouillée de faux-semblants, et par une verve polémique assumée.
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Dans Les exilés meurent aussi d'amour, elle met en scène deux figures féminines fortes : la poétesse iranienne Forough Farrokhzad et l'écrivaine française Marie de Régnier. À travers ces deux portraits croisés, elle interroge la condition féminine et la quête de liberté dans des contextes culturels différents. Elle explore notamment la question du désir féminin et de la liberté sexuelle, qu'elle considère comme des éléments essentiels de l'émancipation.
Elle s'intéresse également à la figure du métèque, de l'étranger, de celui qui est toujours perçu comme "autre". Dans Eloge du métèque, elle revendique cette identité multiple et hybride, qu'elle considère comme une richesse et une source de créativité. Elle y dénonce les nationalismes étroits et les replis identitaires qui menacent, selon elle, la diversité culturelle.
Défense de la laïcité et des libertés
Abnousse Shalmani est une fervente défenseure de la laïcité, qu'elle considère comme un rempart contre les intégrismes religieux et les communautarismes. Elle s'inquiète de la remise en question de ce principe fondamental de la République française et appelle à une vigilance accrue face aux atteintes à la liberté de conscience.
Elle a reçu le prix de la Laïcité, une distinction qui salue son engagement en faveur de ce principe. Elle considère que la laïcité a longtemps protégé la France et qu'il est désormais de notre devoir de la protéger à notre tour. Elle étend cette nécessité de protection à nos mœurs libres et à notre culture.
Elle dénonce également les dérives d'un certain féminisme radical, qu'elle accuse de tomber dans la "paranoïa anti-masculine" et de menacer l'émancipation des femmes. Elle met en garde contre les "sophismes tentateurs" et les "grilles de lecture en peau de toutou" qui, selon elle, détournent la cause féministe de ses objectifs initiaux.
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Elle plaide pour un féminisme universaliste, qui défend les droits de toutes les femmes, quelles que soient leur origine, leur religion ou leur orientation sexuelle. Elle considère que la liberté de penser et la liberté du corps sont indissociables et que la lutte pour l'égalité des sexes doit passer par la reconnaissance du droit des femmes à disposer de leur corps et de leur sexualité.
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