L'accouchement, souvent perçu comme un événement naturel de la vie, est en réalité une épreuve physique et mentale intense pour la femme. Des études récentes suggèrent que les exigences énergétiques de la grossesse et de l'accouchement sont comparables à celles des athlètes d'endurance de haut niveau, voire les dépassent dans certains cas. Cet article explore cette analogie surprenante, examine les similitudes physiologiques et les défis rencontrés par les femmes enceintes et les sportifs d'endurance, et offre des conseils pour mieux accompagner les femmes pendant cette période cruciale.
La Grossesse : Un Ultra-Marathon de 9 Mois
Une étude menée par des chercheurs de l'université Duke a révélé que les dépenses énergétiques des femmes enceintes ou allaitantes atteignent presque le plafond que le corps humain peut supporter sur une longue période. Cette découverte place les femmes enceintes dans la même catégorie que les ultra-marathoniens, capables de courir 250 kilomètres par semaine pendant des mois.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont examiné les données métaboliques d'athlètes participant à des courses d'endurance extrêmes, telles que la Race Across the USA (un marathon par jour, six jours par semaine, pendant 14 à 20 semaines) et le Tour de France. Ils ont constaté que le maximum d'énergie qu'un être humain peut dépenser sur une période de 300 jours est de 2,5 fois son métabolisme de base. Or, les femmes enceintes dépensent environ 2,2 fois leur métabolisme de base pendant environ 270 jours, ce qui les place très près de cette limite. Il est important de noter que, contrairement aux athlètes qui perdent du poids lorsqu'ils dépassent ce seuil, les femmes enceintes parviennent à maintenir leur poids, voire à en prendre, une nécessité pour assurer le bon développement du bébé.
Herman Pontzer, l'un des co-auteurs de l'étude, souligne que "la grossesse est la chose la plus longue et la plus difficile que les humains puissent réaliser", et que les limites atteintes sont comparables à celles du Tour de France.
Les Traumatismes Physiques : Des Similitudes Surprenantes
Une autre étude, menée par des chercheurs de la Nursing School de l'Université du Michigan, a révélé des similitudes frappantes entre les traumatismes physiques subis par les femmes lors de l'accouchement et ceux que connaissent les sportifs de haut niveau. Grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM), les chercheurs ont constaté que les accouchements peuvent entraîner des fractures, des déchirures musculaires et des blessures pelviennes similaires à celles observées chez les athlètes après un entraînement intensif.
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Plus précisément, un quart des femmes présentaient des fractures semblables à des fractures post-entraînement, et deux tiers montraient des signes d'entorse grave. De plus, 41 % des femmes souffraient d'un déchirement des muscles pelviens, avec un muscle en partie ou totalement détaché de l'os pubien. Ces déchirures peuvent mettre jusqu'à huit mois à cicatriser et, dans 15 % des cas, elles sont irréversibles.
Ces résultats soulignent l'importance d'un suivi post-accouchement adéquat, similaire à celui dont bénéficient les sportifs de haut niveau. Janis Miller, l'une des responsables de l'étude, déplore le manque d'attention accordée aux femmes après l'accouchement : "On dit trop souvent aux femmes : 'Vous avez accouché il y a six semaines, nous n'avons plus besoin de vous suivre, tout va bien !' Mais toutes les femmes ne se sentent pas bien six semaines après leur accouchement, et ne sont pas toutes prêtes à retourner au travail. Et elles ne sont pas folles !"
L'Importance de la Préparation Mentale
Tout comme les athlètes se préparent mentalement pour une compétition, les femmes peuvent bénéficier d'une préparation mentale à l'accouchement. Mme Elisa TARTRE, sage-femme spécialisée en hypnose, propose une préparation en hypnose permettant aux patientes de récupérer plus rapidement entre chaque contraction. Elle souligne que l'accouchement est une étape intense, tant sur le plan physique que mental, et que la préparation mentale peut aider les femmes à mieux gérer la douleur et le stress.
L'hypnose peut aider les femmes à se détendre, à visualiser un accouchement positif et à développer des stratégies de gestion de la douleur. Elle peut également renforcer leur confiance en leur capacité à donner naissance et à faire face aux défis de l'accouchement.
Activité Physique Pendant la Grossesse : Bénéfices et Précautions
L'activité physique pendant la grossesse est généralement encouragée, car elle apporte de nombreux bénéfices tant pour la mère que pour le bébé. Carole Maitre, gynécologue à l'INSEP, souligne que les sportives enceintes ont tendance à présenter moins de symptômes de grossesse, moins de troubles du sommeil et moins d'anxiété.
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Une étude récente suggère même que l'activité physique pendant la grossesse peut stimuler les capacités intellectuelles du futur bébé, en améliorant le développement du langage et des capacités cognitives.
Cependant, il est important de prendre certaines précautions :
- Intensité et durée : Il est recommandé de ne pas pratiquer de sport avec des efforts intenses et prolongés au-delà de 7 heures par semaine pendant les 18 premières semaines de grossesse. Les séances ne doivent pas excéder 60 à 90 minutes.
- Types d'activités : Il est préférable d'opter pour des exercices aérobiques moins intensifs, mais continus, comme la marche rythmée, le vélo stationnaire, le ski de fond et la natation. Il faut éviter les sports avec des risques de chute ou de contact, comme les sports de combat ou les sports collectifs.
- Conditions environnementales : Il est conseillé d'éviter l'exposition aux conditions environnementales hypotoxiques (faibles en oxygène), humides, hyperthermiques ou hyperbares, comme en plongée sous-marine.
- Signaux d'alerte : Il est important d'arrêter l'activité en cas de douleurs dans le ventre ou de saignements, et de consulter un professionnel de santé.
Fanny, une autre experte, conseille aux femmes enceintes de toujours s'hydrater, de s'écouter et d'écouter leurs sensations. Elle recommande de pratiquer une activité physique à intensité modérée, permettant de parler en courant, et d'éviter l'essoufflement extrême.
Le Phénomène des "Fitmoms" : Entre Inspiration et Culpabilisation
Le phénomène des "fitmoms", ces femmes enceintes ou jeunes mamans qui affichent une silhouette athlétique et continuent à pratiquer une activité sportive intense, suscite des réactions mitigées. Si certaines y voient une source d'inspiration, d'autres critiquent l'aspect culpabilisant de ces images, qui peuvent mettre la pression sur les femmes qui prennent du poids pendant la grossesse.
Carole Maitre met en garde contre les excès et les risques inutiles. Elle souligne que la prise de poids pendant la grossesse varie beaucoup d'une femme à l'autre, et qu'un faible gain de poids peut être néfaste pour les femmes ayant un poids de départ déjà bas. Elle explique que "l'apport en oxygène peut venir à manquer à l'utérus, et donc au fœtus, puisqu'il est en premier lieu utilisé pour faire respirer le muscle."
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Elle soulève également la question du déni de la grossesse chez certaines "fitmoms", qui semblent nier d'un point de vue physique leur future situation de mère. Elle s'interroge sur la manière dont ces femmes donneront à l'enfant la place dont il a besoin au sein de la famille et de la vie des futurs parents, si elles ne la lui donnent pas déjà pendant la grossesse.
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