Loading...

La Loi et les Embryons Congelés: Une Question de Propriété et d'Origines

Dans le domaine de la procréation médicalement assistée (PMA), la question de l'appartenance des embryons congelés est un sujet complexe, tiraillé entre les droits des parents, le statut juridique de l'embryon et les considérations éthiques. La loi de bioéthique de 2021 a introduit des changements significatifs en France, notamment en ce qui concerne l'accès aux origines pour les personnes nées de dons de gamètes, soulevant des questions sur le sort des embryons conçus avant cette loi et sur les droits des individus qui en sont issus.

Le Cadre Légal Français et les Embryons Congelés

En France, contrairement à une vision de propriété absolue observée aux États-Unis, le droit sur les embryons congelés est perçu comme un droit d'usage limité dans le temps. L'article 2141-4 IV du Code de la santé publique (CSP) stipule que les couples ou femmes célibataires ayant eu recours à la PMA doivent décider du sort de leurs embryons surnuméraires dans les cinq ans suivant leur congélation. Les options incluent l'utilisation pour une future grossesse, le don à un autre couple ou à la recherche, ou la destruction. En l'absence de décision, la conservation est interrompue après cinq ans.

Le décès ou le divorce des parents met fin au projet parental, entraînant la destruction de l'embryon, sauf si le conjoint survivant choisit de faire don de l'embryon.

La loi de bioéthique de 2021 a introduit la possibilité pour les personnes nées de PMA d'accéder à l'identité du donneur de gamètes à leur majorité (articles 16-8-1 du Code civil et L 2143-2 du CSP), ce qui a un impact sur les embryons conçus à partir de dons anonymes avant cette loi.

Les Dilemmes Éthiques et les Inégalités

La nouvelle législation soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne les embryons issus de dons de gamètes anonymes avant la loi de 2021. Si un embryon congelé issu d'un don anonyme est implanté après le 31 mars, l'enfant né de cette PMA pourrait ne pas avoir accès à ses origines, créant une rupture d'égalité de traitement par rapport aux enfants conçus grâce à des dons postérieurs à 2021.

Lire aussi: Pampers : Découvrez qui se cache derrière la marque

Des spécialistes de la PMA ont exprimé des préoccupations quant à la possible destruction de ces embryons, arguant que les couples ont le droit d'y recourir jusqu'à un certain âge de la femme. Le ministère de la Santé a tranché en précisant que les embryons issus d'une FIV avec un tiers donneur réalisée avant cette date ne sont pas concernés par la fin de la période transitoire, mais que leur utilisation pourrait limiter l'exercice du droit d'accès aux origines.

Cette situation met en lumière les inégalités générées par la PMA, où les intérêts de l'enfant à naître, des donneurs et des parents potentiels sont parfois dissociés.

La Loi de Bioéthique de 2021 et l'Accès aux Origines

La loi de bioéthique votée en 2021 a introduit une modification majeure en permettant aux personnes nées de PMA d'accéder, à leur majorité et sur demande, à l'identité du donneur (nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance) ainsi qu'à ses données non identifiantes. Une Commission d'accès des personnes nées d'une assistance médicale à la procréation aux données des tiers donneurs (CAPADD) a été créée pour répondre à ces demandes.

Cette modification a créé une distinction entre les dons de gamètes antérieurs et postérieurs à la loi, avec une période de moratoire pendant laquelle des gamètes recueillis avant 2021 ont été utilisés. Un décret fixe la date à compter de laquelle seuls les gamètes et embryons pour lesquels les donneurs ont consenti à la transmission de leurs données pourront être utilisés pour une tentative de PMA.

Le Don d'Embryons: Un Acte Encadré

Le don d'embryons est un acte non rémunéré et volontaire, réalisé dans des établissements autorisés. Aucun lien de filiation n'est possible entre la personne issue du don d'embryons et les donneurs. Les personnes receveuses doivent signer un consentement pour une AMP avec tiers donneur auprès d'un notaire afin de sécuriser la filiation de l'enfant.

Lire aussi: FIV : Ce qu'il faut savoir

Les couples ou femmes non mariées ayant bénéficié d'une AMP et disposant d'embryons congelés pour lesquels ils n'ont plus de projet parental peuvent consentir à l'accueil de leurs embryons par un autre couple ou une femme non mariée. Ce processus est encadré par des conditions de gratuité, de volontariat et d'anonymat.

Depuis le 1er septembre 2022, il n'est possible de donner ses embryons qu'après avoir consenti à donner accès à ses données identifiantes et non identifiantes. Les enfants nés de don d'embryons ont la possibilité de demander, à leur majorité, à connaître l'identité et/ou les données non identifiantes du ou des tiers donneur(s).

Modalités et Procédure pour le Don et l'Accueil d'Embryons

Les couples ou femmes non mariées qui envisagent de consentir à l'accueil de leurs embryons par un tiers sont reçus en consultation pour expliquer les modalités et les implications de l'accueil. Un dossier médical est créé, et des examens sont réalisés pour vérifier l'absence d'infection virale ou bactérienne. Un entretien avec un psychologue est obligatoire.

Après un délai de réflexion d'au minimum 3 mois, les candidats au don peuvent renvoyer les formulaires de consentement. La signature du deuxième consentement entraîne la renonciation du couple ou de la femme non mariée à faire valoir ses droits sur les embryons. Aucune information ne pourra leur être communiquée sur le devenir des embryons.

Pour les couples ou les femmes non mariées qui demandent à bénéficier d'un accueil d'embryon, les embryons transférés ont été obtenus lors de tentatives d'AMP réalisées chez des couples ayant eux-mêmes connu des difficultés à procréer naturellement et qui ont consenti à leur accueil. Les candidats à l'accueil doivent répondre aux conditions légales applicables à l'AMP et se rendre auprès d'un notaire pour recueillir le consentement à l'AMP avec tiers donneur.

Lire aussi: Facteurs influençant la réussite de la FIV ICSI

Les Questions Persistantes et l'Avenir de la Législation

Malgré les avancées législatives, des questions persistent quant au statut des embryons congelés et aux droits des personnes concernées. La loi de bioéthique est révisée tous les cinq ans, ce qui soulève des interrogations sur la stabilité des règles et sur l'évolution des pratiques en matière de PMA.

Des questions spécifiques se posent, telles que la possibilité pour un couple de contourner la règle des cinq ans en conservant ses embryons à l'étranger, ou la transmission des embryons aux ascendants ou collatéraux en cas de décès des parents.

La maxime "infans conceptus" (l'enfant conçu est considéré comme né chaque fois qu'il s'agit de son intérêt) est également pertinente dans ce contexte, notamment en ce qui concerne la responsabilité médicale en cas d'implantation d'un embryon défectueux.

tags: #a #qui #appartiennent #les #embryons #congelés

Articles populaires:

Share: