La naissance de quadruplés par Annegret Raunigk, une Allemande de 65 ans, a suscité un vif débat éthique sur les grossesses tardives et les limites de la médecine reproductive. Déjà mère de 13 enfants et grand-mère de 7 petits-enfants, Annegret Raunigk a défrayé la chronique en devenant la mère de quadruplés la plus âgée au monde. Cet événement soulève des questions fondamentales sur la responsabilité, l'éthique médicale et le bien-être des enfants nés de telles grossesses.
Un accouchement hors du commun
Mme. Raunigk, une enseignante d'anglais et de russe sur le point de prendre sa retraite, a subi de multiples fécondations in vitro en Ukraine avec des donneurs anonymes. La dernière tentative s'est avérée être un succès, les quatre ovules implantés ayant été fécondés. Les bébés, trois garçons et une fille, sont nés par césarienne après seulement 26 semaines de grossesse, ce qui les place dans une situation de grande prématurité. Ils ont été placés en couveuse et ont nécessité une assistance médicale intensive.
Selon le professeur Wolfgang Heinrich, directeur du service d'obstétrique de l'hôpital universitaire de Berlin, cette naissance de quadruplés d'une mère si âgée est "à ma connaissance un cas unique au monde".
Risques et complications liés à la prématurité
La naissance prématurée des quadruplés expose les enfants à des risques accrus de complications et de handicaps. Comme l'a souligné le professeur Israël Nisand, chef du pôle de gynécologie-obstétrique du CHRU de Strasbourg, une naissance à 26 semaines de grossesse expose les enfants à des handicaps qui peuvent être lourds. Même si tout se passe bien pour eux, il faut songer à leur vie plus tard. Deux des quatre nouveaux-nés ont nécessité une assistance respiratoire, et l'un d'eux a subi une intervention chirurgicale en raison de "petits trous" dans l'intestin.
Débat éthique et responsabilité
Cette naissance extraordinaire a suscité un vif débat, de nombreuses personnes reprochant à cette enseignante de russe et d'anglais son manque de responsabilité. Des questions se posent sur l'avenir de ces grands prématurés, qui de l'avis même des médecins peuvent connaître des retards de développement, voire des handicaps. En outre, quand ils entreront à l'école, leur mère aura déjà plus de 70 ans et leurs parents biologiques sont des donneurs anonymes. Qui s'occupera éventuellement d'eux si leur mère meurt avant leur âge adulte alors que cette femme, qui a eu ses 13 enfants précédents de 5 partenaires différents, entend les élever seule?
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Le professeur Nisand a exprimé sa consternation face à cette situation, soulignant qu'il ne faut surtout pas y voir un exploit, ni un record à célébrer. Il a également critiqué les médecins qui ont aidé Mme Raunigk dans cette démarche, estimant qu'ils n'ont pas de quoi être fiers.
Le point de vue de la mère
Annegret Raunigk a balayé les critiques sur son manque de responsabilité, affirmant que c'était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent. Elle a également déclaré que les enfants lui permettaient de rester jeune. Interviewée en avril sur ce thème, Annegret Raunigk, avait rejeté les critiques sur son manque de responsabilité « On ne peut jamais savoir ce qui va se passer. Il peut aussi se passer des choses à 20 ans », avait-elle estimé affirmant que c’était à chacun de décider pour soi-même de devenir parent.
Réglementation et limites de l'AMP
Le professeur Nisand a déploré l'absence de réglementation internationale permettant d'éviter ce type de bavures médicales. Selon lui, plusieurs pays, dont l'Ukraine, la Grèce et la Turquie, sont connus pour abriter certains médecins qui acceptent de favoriser ces grossesses tardives via les techniques d'assistance médicale à la procréation. En France, les techniques d'AMP sont réservées aux couples confrontés à une infertilité médicalement constatée ou pour éviter la transmission d'une maladie grave. La loi ne fixe pas un âge limite précis au-delà duquel il n'est plus possible de bénéficier de ces techniques, mais stipule simplement que le couple doit être en "âge de procréer".
Risques accrus avec l'âge de la maternité
Les grossesses tardives sont associées à des risques accrus pour la mère et l'enfant. Au-delà de 45 ans, les chances de grossesses naturelles sont quasiment nulles, et au-delà de 50 ans, on est carrément dans le déraisonnable. Plus on avance en âge, plus les risques sont élevés de faire une fausse-couche notamment. De même, le risque de voir survenir une malformation foetale (anomalie cardiaque, trisomie…) augmente de manière exponentielle à partir de 40 ans. Des études ont démontré que les risques de mort maternelle sont multipliés par 200 lorsque la femme a dépassé 55 ans.
Une faute médicale et déontologique ?
Certains experts estiment que la grossesse d'Annegret Raunigk relève d'une faute médicale et déontologique. Ils critiquent le transfert de quatre embryons lors de la fécondation in vitro, estimant qu'il s'agit d'une pratique contre nature, avec un risque mortel à la fois pour la mère et pour les enfants à naître.
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L'exploitation médiatique
L'histoire d'Annegret Raunigk a été largement médiatisée, notamment par la chaîne de télévision RTL, qui a acquis les droits exclusifs sur cette grossesse hors normes. Cette exploitation médiatique soulève des questions sur la dignité et le respect de la vie privée de la mère et des enfants.
Évolution positive pour les quadruplés
Trois mois après leur naissance, les quadruplés nés grands prématurés en Allemagne d'une mère de 65 ans sont sortis de l'hôpital et rentrés chez eux. Les trois garçons Dries, Bence et Fjonn ainsi que leur soeur Neeta ne pesaient qu'entre 655g et 960g à leur naissance le 19 mai. Aujourd'hui, les nouveaux nés font tous plus de 2,5 kilos. Ils reviendront toutefois régulièrement à l'hôpital pour des examens de suivi.
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